Violence en hausse après le retrait du MDC du gouvernement

Les violences et l’intimidation à l’encontre des membres du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) ont connu une flambée dans les jours suivant le « désengagement » du parti du gouvernement d’unité du Zimbabwe, a dit à IRIN Luke Tamborinyoka, porte-parole du MDC.



Lors de l’un de ces incidents, trois hommes armés ont abordé la responsable de la sécurité du MDC, Edith Mashaire, 32 ans, alors qu’elle marchait, en plein jour, en direction de son bureau de la capitale, Harare, et ont tenté de la forcer à monter à bord d’un véhicule qui attendait.



« Deux hommes, l’un armé d’un AK47 et l’autre d’un pistolet, se sont approchés et ont menacé de me tirer dessus. Ils ont commencé à m’agresser avec leurs armes en m’ordonnant de monter à bord du camion », a dit Mme Mashaire à IRIN. Elle a crié aux autres piétons qu’elle était une responsable du MDC et a réussi à faire fuir les trois hommes.



« Nous avons appris que certains de nos supporters ont été battus ou leur maison, incendiée, et que ces actes seraient le fait de partisans de la ZANU-PF dirigés par des vétérans et des membres de l’armée », a ajouté M. Tamborinyoka. Le président Robert Mugabe est le chef de la ZANU-PF, l’autre aile du gouvernement d’unité nationale formé en février 2009.



Morgan Tsvangirai, chef du MDC et Premier ministre, s’est « désengagé » du gouvernement d’unité le 16 octobre dernier pour protester contre la seconde arrestation du trésorier du parti, également destiné à devenir vice-ministre de l’agriculture, Roy Bennett, qui a « fait prendre conscience de la fiction de la crédibilité et de l’intégrité du gouvernement de transition ».



Les enseignants pris pour cible



Il y a eu une flambée de violence dans la province du Mashonaland Central, autrefois un fief de la ZANU-PF dans le nord du pays. « La violence s’est intensifiée dans les zones rurales... Près de 100 enseignants ciblés par ces violences ont dû fuir la province », a indiqué M. Tamborinyoka.



« Les victimes les plus vulnérables de ce cycle de violence continuel, ce sont les enfants, parce qu’ils n’ont plus personne pour leur enseigner », a-t-il ajouté. Les partisans de la ZANU-PF ont accusé les enseignants d’apporter leur soutien au MDC. Ils leur ont dit que puisque leur parti s’était retiré du gouvernement, ils seraient désormais considérés comme des ennemis de la ZANU-PF.









« La violence se propage dans d’autres régions du pays, notamment dans les provinces du Mashonaland Ouest et Est, du Manicaland [dans l’est du pays] et du Masvingo [au sud] – tous des anciens fiefs de la ZANU-PF – et même à Harare »

« La violence se propage dans d’autres régions du pays, notamment dans les provinces du Mashonaland Ouest et Est, du Manicaland [dans l’est du pays] et du Masvingo [au sud] – tous des anciens fiefs de la ZANU-PF – et même à Harare. Nous croyons que la ZANU-PF cherche à se venger du retrait de notre parti du gouvernement, survenu il y a deux semaines », a ajouté M. Tamborinyoka.



Le week-end dernier, des policiers et des soldats lourdement armés ont fait une rafle dans une maison utilisée par des responsables du MDC et accusé le groupe de voler des armes dans les casernes de l’armée à Harare. Selon M. Tamborinyoka, les récents événements présentent toutes les caractéristiques d’un acte de répression à l’encontre du MDC et de ses partisans. « Récemment, un général de brigade a pointé son arme sur l’un de nos députés et menacé de tirer ».



Milices de jeunes déployées dans les zones rurales



Selon un rapport d’audit spécial sur les comptes ministériels, le ministère du Développement de la jeunesse aurait recruté 10 277 jeunes miliciens pour la ZANU-PF depuis mai 2008. Ils ont par la suite été déployés dans les zones rurales.



La période de recrutement aurait débuté lorsque la ZANU-PF a perdu la majorité au Parlement pour la première fois depuis l’indépendance du pays en 1980, au second tour des élections présidentielles de 2008. Elle coïncide avec une recrudescence des violences à l’encontre des partisans du MDC, et notamment des meurtres, des viols, des actes de torture et des déplacements de population.



M. Tsvangirai a obtenu la majorité des votes au premier tour de l’élection présidentielle, mais il n’a pas réussi à obtenir les 50 pour cent plus une voix nécessaires pour une victoire incontestée. Il s’est retiré de la course pour protester contre les violences que l’Etat est accusé d’avoir commanditées, ce qui a permis à M. Mugabe d’être réélu sans véritable adversaire, un scrutin invalidé par les observateurs internationaux.



« Les recrues [jeunes miliciens] n’ont pas été soumis à un examen médical comme l’exigent les règlements du service public ; les déclarations de secrets officiels n’ont pas été complétées ; et aucun dossier n’a été ouvert à leur nom au siège du ministère ou dans les centres provinciaux », a dit M. Tamborinyoka.



Collabos



Selon Raymond Majongwe, Secrétaire général de l’Union progressiste des professeurs du Zimbabwe (PTUZ), les jeunes miliciens de la ZANU-PF, qui travaillent comme « jeune officier ou officier d’unité », vont jusqu’à harceler les enseignants dans les écoles.



« Ils parlent parfois de la nécessité ‘d’enseigner aux enfants la véritable histoire de notre pays’. Et ils vont jusqu’à nommer les responsables chargés de la surveillance des élèves », a dit M. Majongwe à IRIN.



Au cours des deux derniers mois, les « collaborateurs de guerre » - ceux qui ont aidé les guérilleros pendant la guerre d’indépendance, dans les années 1980 et qui demeurent de fervents partisans de la ZANU-PF – ont commencé à tenir des réunions un peu partout à travers le pays. Ces réunions attisent les craintes d’une recrudescence encore plus marquée de la violence. Le ministre de la Défense du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, a récemment pris la parole lors de l’une d’elles.



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