Le handicap de l’enfant, la crise oubliée

Helena, neuf ans, a crié de joie en voyant dans le miroir qu’elle était capable de se tenir debout, toute droite, à peine soutenue par sa rééducatrice. Un an plus tôt, dans le camp de déplacés de Mugunga II, à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, Helena avait fait l’objet d’un diagnostic d’infirmité motrice cérébrale, et il avait été décidé qu’elle suivrait une thérapie.



Jusque là, Helena, qui ne pouvait se déplacer qu’en rampant, avait été confinée dans des espaces très restreints, en raison de la présence de lave dans le camp de déplacés.



Helena fait partie des rares enfants du camp qui ont eu la chance de recevoir un traitement régulier. Robert Golden, médecin, a noté dans Monitoring Child Disability in Developing Countries (Prise en charge du handicap de l’enfant dans les pays en développement), un rapport publié en 2008 par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), qu’il s’agissait d’un problème « important mais largement négligé ». Cela est particulièrement vrai en RDC, où le handicap des enfants n’attire pas beaucoup l’attention, étant donné la multitude de crises qui affecte le pays.



D’après le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), deux millions de personnes sont déplacées dans l’est de la RDC. Si l’on combine ce chiffre avec l’estimation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) selon laquelle 10 pour cent de la population mondiale souffrent d’une forme de handicap, on peut supposer que parmi les déplacés, environ 200 000 personnes, dont beaucoup d’enfants, sont en situation de handicap.



« Les programmes de réponse au handicap reçoivent très peu d’attention et manquent de financements, dans le monde en général et au Congo en particulier », a affirmé Laura Keyser, de Heal Africa.



« La communauté internationale ne considère peut-être pas le handicap comme une urgence valant la peine qu’on s’y consacre pleinement dès maintenant, mais cela va devenir une réelle urgence si rien n’est entrepris », a dit Loran Hollander, de l’hôpital de Heal Africa à Goma.



Facteurs de risques supplémentaires



Tandis que les organisations spécialisées dans la prise en charge du handicap reçoivent une part minime des fonds destinés à financer les traitements médicaux, le nombre d’enfants en situation de handicap ou exposés à un risque de handicap continue à augmenter, en raison des facteurs de risques supplémentaires liés à l’effondrement des infrastructures de santé, aux violences incessantes et aux déplacements dans l’est de la RDC.



Du fait de l’accès limité aux soins de santé et à l’eau propre, et en raison de l’alimentation généralement pauvre des mères pendant la grossesse, un grand nombre d’enfants sont atteints de handicaps congénitaux tels que la spina bifida (malformation de la colonne vertébrale) ou des malformations des membres, et les jeunes enfants sont davantage prédisposés aux maladies de la petite enfance telles que la méningite et la polio, a expliqué Mme Keyser.



Les voies d’accès aux centres de santé sont souvent bloquées, empêchant les patients et les équipes médicales d’y accéder. Ces difficultés d’accès entraînent souvent des complications lors de l’accouchement, des retards de développement chez les enfants et un risque de mortalité maternelle plus élevé.



De plus, la prévalence des viols en RDC contribue également à une probable augmentation du nombre d’enfants en situation de handicap. « Il arrive souvent que les femmes victimes de viols ne demandent pas à recevoir des soins prénataux ou périnataux, ce qui peut conduire aux problèmes mentionnés précédemment, ainsi qu’à des traumatismes périnataux – qui touchent soit le bébé [manque d’oxygène provoquant une infirmité motrice cérébrale ou une forme de retard de développement], soit la mère [fistule susceptible d’entraîner une incontinence] », a dit Mme Keyser.















Photo: Aubrey Graham/IRIN
Laura Keyser aide Jusbeen à marcher, dans la clinique de Heal Africa, à Goma

Vulnérabilité




« Malheureusement, les enfants handicapés sont plus vulnérables aux abus, à l’exploitation, à la négligence et à la discrimination. Leur participation sociale est réduite, et ils ont moins accès aux services sociaux, notamment aux services d’éducation, que les enfants qui ne sont pas en situation de handicap », a indiqué M. Golden.



En outre, d’après Handicap International et Heal Africa, à l’intérieur comme à l’extérieur des camps, les enfants handicapés sont quotidiennement confrontés à la stigmatisation et à la discrimination.



D’après l’UNICEF, Handicap International and Heal Africa, un traitement adapté offre aux enfants atteints de handicap physique la possibilité de mieux s’intégrer à la société, tout en éduquant la communauté de façon à lutter contre les logiques de stigmatisation et de restrictions sociales.



L’UNICEF a observé qu’« une détection et une intervention précoces pourraient être bénéfiques aux enfants exposés à un risque de handicap, en empêchant l’apparition de limitations fonctionnelles à long terme ».



Lorsque Jusbeen, quatre ans, est arrivé à la clinique de Heal Africa, il était atteint de noma, une grave infection, qui avait abîmé sa bouche au point qu’il était difficile pour lui de manger et de boire. Les rééducateurs ont découvert que Jusbeen souffrait également de retards de développement.



Cependant, son handicap ayant été détecté très tôt, il a pu faire des progrès considérables. D’après Mme Keyser, grâce à une thérapie très régulière et aux encouragements constants de sa mère, Jusbeen « est aujourd’hui capable de marcher lorsqu’on le tient par la main, sourit, rit et se livre à des jeux qui lui étaient inaccessibles auparavant ».



En raison du peu d’attention accordée au handicap de l’enfant, un problème masqué par les multiples crises affectant la RDC, les enfants qui, comme Jusbeen et Helena, reçoivent des traitements, restent minoritaires. « Ces enfants ont besoin de toute l’aide que l’on peut leur apporter », affirme l’UNICEF. Pour l’instant, cette aide est limitée.



ag/mw/il/ail