Faire évoluer les pratiques pour lutter contre le choléra

A Bafata, en Guinée-Bissau, des enfants font du porte à porte pour compter les moustiquaires, surveiller le lavage des mains et vérifier la distance séparant la cuisine des toilettes. Cette activité fait partie des initiatives prises par les autorités et des ONG (organisations non gouvernementales) de santé pour combler le fossé entre les messages de prévention du choléra et les pratiques des habitants, suite à une épidémie qui a fait environ 220 morts et au moins 13 000 personnes infectées.



La maison la plus propre est décorée d’un drapeau national, et la famille concernée est célébrée dans les écoles et à la radio locale, a dit à IRIN Ingrid Kuhfeldt, directrice de l’ONG Plan International à Bissau. Plan International, qui travaille à Bafata depuis 15 ans, a lancé ce programme pour éviter de nouvelles épidémies de choléra.



« Aujourd’hui, on observe beaucoup plus de compétition : c’est à qui aura le meilleur matériel d’hygiène, ou la maison la plus propre – nous n’avions jamais vu ce genre de rivalité auparavant », a raconté Mme Kuhfeldt.



Les enfants s’efforcent aussi de chasser certains mythes ancrés dans les familles – par exemple, la croyance selon laquelle le jus de citron désinfecterait l’eau – et de montrer aux habitants quelle quantité de chlore mettre dans un puits pour purifier l’eau, a dit Mme Kuhfeldt.



Loin d’en vouloir aux enfants, les adultes sont très réceptifs. D’après Mme Kuhfeldt, ce succès est en partie dû à l’évolution du statut des enfants, qui, depuis quelques années, occupent une place de plus en plus importante dans la société. « [Les gens] respectent de plus en plus leurs enfants, depuis qu’ils les voient tenir des discours en public dans les écoles, qu’ils les entendent à la radio, et qu’ils les voient mettre en place des comités », a-t-elle dit. « Ils commencent à se rendre compte qu’ils peuvent apprendre beaucoup de [leurs enfants]. »



En Guinée, une radio locale de Kindia contribue, avec le soutien d’agences humanitaires et des services de santé locaux, à la diffusion des messages d’hygiène, via des spots radiophoniques et l’organisation de concours dans les villages. Une équipe de la radio organise des jeux publics dans des communautés isolées, proposant aux habitants de répondre à des questions sur l’hygiène et la prévention du choléra, ou d’écrire des chansons sur un thème lié à l’hygiène, d’après Aboubacar Sylla, directeur de programmation de la radio. Les gagnants reçoivent des prix tels que des radios, des seaux, ou encore des outils agricoles.



« Des centaines de personnes participent à ces événements ; ces activités sont vraiment appréciées », a dit M. Sylla. « Et elles sont très interactives ; nous encourageons toutes les personnes présentes à s’exprimer sur le sujet abordé. »



Les villes de Bafata et de Kindia n’ont enregistré aucun cas de choléra en 2008, malgré des cas d’infection dans des zones voisines.



Selon Jeroen Ensink, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM) – qui a récemment étudié les efforts de prévention et de préparation en Guinée et Guinée-Bissau – il ne suffit pas de transmettre des connaissances ; il faut inventer des moyens permettant d’inciter les gens à adopter de nouvelles habitudes. D’après lui, des études de la LSHTM ont montré que seulement 60 pour cent des membres du personnel de l’université se lavaient les mains après être allés à la selle, bien que tous « [sachent] qu’ils devraient le faire ».



Mme Kuhfeldt, de Plan International, a expliqué que si des programmes tels que celui de Plan à Bafata sont efficaces, c’est parce que l’ONG a construit une relation de confiance à long terme avec les habitants et les autorités locales de la petite communauté. Présente à Bafata depuis 15 ans, l’ONG s’est investie dans l’éducation, la qualité de l’eau, les droits des enfants et la santé. « A Bafata, nous connaissons tout le monde – le gouverneur, les ministres de l’Education et de la Santé, et les communautés. »



Cependant, toutes les communautés à risque ne bénéficient pas de la présence d’une ONG internationale. Le service d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO), a observé, dans un rapport sur le choléra en Afrique de l’Ouest : « Les taux de létalité enregistrés dans certains pays révèlent la faiblesse des dispositifs de réponse aux épidémies [de choléra], en particulier dans les pays qui n’ont bénéficié d’aucune aide extérieure ; et si certains pays enregistrent des taux de létalité bas, c’est parce qu’ils ont reçu une aide extérieure. »



D’après les experts de la santé, il est essentiel que l’éducation à long terme et les mesures de prévention soient adoptées et perpétuées par les habitants.



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