Le gavage des femmes en déclin, mais plus dangereux

Alors que les canons de beauté évoluent et que les maladies liées à l’obésité sont en augmentation, en Mauritanie de plus en plus de femmes se battent contre le gavage, selon le gouvernement. Mais même si certaines refusent « d’engraisser », jusqu’à un tiers des femmes du pays mettent toujours leur vie en danger pour aligner leur poids sur des critères esthétiques traditionnels.



Plus jamais, promet Mbarker Mint Mhaimid, âgée de 55 ans. « J’ai été forcée de manger par ma mère qui disait que la beauté et la culture l’ordonnaient. Quand je suis devenue plus âgée, je détestais sortir. Mes amis m’avaient surnommé la mère du groupe parce que j’avais développé de nombreuses maladies ».



Elle a déclaré à IRIN qu’elle prenait désormais un traitement contre l’hypertension et les problèmes cardiaques. « Ce n’est que récemment que j’ai compris à quel point c’était mortel [de trop manger] ».



Mhaimid a dit à IRIN qu’elle avait interdit à sa fille de manger au point de s’en rendre malade.



On parle de plus en plus des dangers de l’obésité, lors d’exposés dans les classes de jeunes filles, par des programmes de radio communautaire décourageant les pratiques malsaines d’alimentation et des films documentaires produits par des organisations locales à but non lucratif. Amintou Mint Moctar, directrice d’une organisation non-gouvernementale (ONG) locale, Female-Headed Households, a déclaré à IRIN que les films explicites sur le gavage avaient un réel impact.



« Nous avons montré une fille de 12 ans qui a la peau flasque et pendante comme celle d’une femme de 40 ans en mauvaise santé. Elle a été obligée de se marier [et] s’est retrouvée divorcée, avec des enfants, dans une maison abandonnée ou une tente. Le résultat, c’est ce que cela peut arriver à n’importe laquelle d’entre elles si elles n’évitent pas cette coutume de l’obésité », a raconté Mme Moctar à IRIN.



Le gouvernement mauritanien prévoit de lancer en 2010 un programme conjoint avec le Fond des Nations Unies pour la population, UNFPA, avec un financement du gouvernement espagnol, pour combattre les pratiques néfastes aux femmes, y compris le gavage.


«La
moitié des 300 patients que nous avons vu jusqu’à présent ont des
problèmes cardiaques à la suite de gavage ou d’obésité, [en partie] à
cause de médicaments sans ordonnance»

Conséquences sanitaires



Le Centre national de cardiologie, basé dans la capitale Nouakchott et créé en mars 2009, doit développer un programme délocalisé d’éducation sanitaire sur les problèmes cardiaques, selon le docteur Hadj Sarr. « La moitié des 300 patients que nous avons vu jusqu’à présent ont des problèmes cardiaques à la suite de gavage ou d’obésité, [en partie] à cause de médicaments sans ordonnance », a-t-il expliqué à IRIN.



L’Organisation mondiale de la santé estime que durant la prochaine décennie, l’Afrique connaîtra la plus forte hausse mondiale de mortalité due aux maladies chroniques – les maladies chroniques étant déjà la première cause de décès au monde. Les principales maladies chroniques sont les cardiopathies et le diabète, toutes deux liées à l’alimentation.



Abdurrahman Ould Abdel, pharmacien à Nouakchott, a dit à IRIN que les femmes consommaient de grandes quantités de multi-vitamines afin d’augmenter leur appétit.



« Elles veulent manger plus afin d’être grosses. C’est leur choix car on ne les force plus à le faire comme cela a été le cas ». A 10 dollars la boîte, la plupart des femmes achètent deux boîtes par mois, ou économisent de l’argent en les achetant au marché noir, a souligné le pharmacien.



Selon une étude du ministère des Affaires sociales, réalisée en 2008, au moins 20 pour cent des femmes mangent trop – soit de leur propre chef soit parce qu’elles sont forcées.



Mais le taux diminue, a précisé Mariem Mint Ahmed Sabar, chargée du projet Genre à l’UNFPA. « Cette pratique va disparaître parce que les critères de beauté ont changé, nous suivons lentement le rythme du monde ».



sos/pt/np/sk/ail