Les mariages d’enfants aggravent la pression démographique

Ce n’était pas la première fois qu’Adama Sawadogo, directeur d’une école primaire burkinabè, voyait une de ses élèves arrêter l’école pour se marier, mais le mariage de Maimouna Tamboura, 11 ans, en février, était « un de trop ».



« J’ai décidé pour la première fois d’alerter mes supérieurs pour qu’ils interviennent et fassent annuler ce mariage, car je ne pouvais plus supporter que les élèves avec lesquels j’avais travaillé d’arrache-pied pour en faire les leaders de demain abandonnent et [rentrent] chez eux », a expliqué le directeur de l’école primaire de Gankouna, à 275 kilomètres au nord de Ouagadougou, la capitale.



Au Burkina Faso, l’âge minimum du mariage est de 17 ans pour les femmes, mais plus de la moitié des femmes âgées de 20 à 24 ans étaient déjà mariées à l’âge de 18 ans, selon le gouvernement.



D’après les démographes, un plus grand nombre de mariages précoces entraîne un taux de croissance démographique plus élevé, dans un pays de 14 millions d’habitants où le taux s’élève déjà à trois pour cent, selon le dernier recensement, réalisé par les autorités publiques en 2006.



« Il y a un lien clair entre les mariages précoces et la croissance démographique », a expliqué à IRIN Jean-Louis Dakuyo, démographe au Conseil consultatif national sur la démographie. « Plus elles [les jeunes filles] se marient jeunes, plus leur période génitale est longue ».



Le taux de fécondité est particulièrement élevé dans le Sahel, la région nord du pays, qui affiche également le taux le plus élevé de mariages d’enfants. Les femmes de la région ont en moyenne huit enfants contre une moyenne nationale de six (statistiques officielles 2006), selon M. Dakuyo.



« Dans la région du Sahel, des fillettes âgées de 12-13 ans sont mariées ; on imagine combien d’enfants [elles] auront [d’ici à l’âge de] 25 ans, étant donné que dans les régions rurales, les grossesses ne sont pas espacées », a expliqué M. Dakuyo à IRIN.



Pourquoi ?



Si la culture favorise les mariages d’enfants, la pauvreté est aussi un facteur, selon le Population Council. « Quand les parents ne peuvent pas nourrir leur fille, ni subvenir à ses besoins sanitaires, ils préfèrent la donner en mariage », selon Gisele Kaboré, du Population Council.



Selon Mme Kaboré, le phénomène s’aggrave à mesure que les filles deviennent sexuellement actives de plus en plus jeunes. « Les parents ont peur de devoir s’occuper d’une grossesse [précoce], alors quand la fille semble mûre, ils s’en débarrassent [en la mariant] ».



Si à l’école de Gankouna, on n’a pas réussi à faire annuler le mariage de la jeune Maimouna, 11 ans, on a néanmoins pu la convaincre de retourner à l’école, selon M. Sawadogo, le directeur. Quand bien même, l’avenir éducatif de la fillette reste incertain, a-t-il déploré. « Maintenant, j’ai peur qu’elle tombe enceinte et qu’elle ne vienne plus à l’école ».



En effet, la moitié des fillettes du Burkina Faso qui se marient avant la majorité tombent enceintes dans l’année qui suit leur mariage et quittent les bancs de l’école, selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA).



Risques de santé



Sur les 13 régions du Burkina Faso, le Sahel affiche le taux de mortalité maternelle le plus élevé, avec 840 morts pour 100 000 naissances vivantes, contre une moyenne nationale de 700 (statistiques 2006), selon l’UNFPA.



La plupart des jeunes mariées ne fréquentent pas les centres de santé, choisissant de faire appel aux guérisseurs traditionnels, selon le Population Council. En 2004, moins de 18 pour cent des femmes de la région du Sahel avaient accouché dans des centres de santé, selon le ministère de la Santé.



Les accouchements non-assistés sont responsables du problème de fistule observé dans la région, selon l’UNFPA. En 2007, 54 cas de fistules ont été signalés au Sahel, le taux le plus élevé du pays, selon le ministère de la Santé.



Pour lutter contre les mariages précoces, l’UNFPA a lancé en février un projet d’éducation par les pairs et de formation professionnelle doté d’un budget de 1,6 million de dollars, dans les 24 régions qui affichent les indicateurs de développement les plus faibles et les taux de mariages d’enfants les plus élevés du pays.



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