Un peu d’argent peut faire beaucoup pour les orphelins du sida

Vêtue de son uniforme scolaire, soigneusement repassé chez elle à Bangladesh, un bidonville de la région de Kwale, sur la côte kenyane, Winnie Adhiambo affiche une humeur enjouée qui ne laisse rien transparaître des difficultés qu’elle a dû surmonter pour pouvoir rester à l’école.



Lorsque son père est décédé, en 2003, personne ne lui a dit que sa mort était due au sida, mais l’adolescente a tiré ses propres conclusions.



« Beaucoup de gens du bidonville sont souffrants et leurs symptômes ressemblent à ceux de mon défunt père », a-t-elle confié à IRIN/PlusNews.



Au cours des mois qui ont suivi le décès de son père, il lui a semblé de plus en plus probable qu’elle soit contrainte d’arrêter l’école pour s’occuper de ses deux jeunes frères, surtout lorsque sa mère a elle aussi été déclarée séropositive.



Heureusement, un travailleur social de la région l’a aidée à s’inscrire à un programme de transferts de fonds directs pour les orphelins et les enfants vulnérables, lancé en 2004 par le gouvernement kenyan, avec l’aide du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF). 



La jeune fille reçoit aujourd’hui 1 500 shillings kenyans (20 dollars) par mois pour pouvoir continuer l’école. « Ma mère achète des vivres et s’assure que j’ai assez de serviettes hygiéniques et que j’ai les moyens d’aller à l’école sans problème », a déclaré Mlle Adhiambo.



Les 1 500 shillings par famille et par mois tiennent compte des revenus nationaux moyens perçus par mois et par habitant, soit environ 2 800 shillings (37 dollars). Cette subvention est destinée à aider les familles à couvrir les frais d’alimentation, de santé et d’éducation de base de leur enfant.



« Pour pouvoir bénéficier de cette subvention, les familles doivent remplir les critères suivants : elles doivent vivre dans la pauvreté absolue et un de leurs membres doit avoir succombé au VIH/SIDA », a expliqué Stephen Gitau, représentant des services de protection de l’enfance de Kwale.



Chaque mois, les fonds arrivent au bureau de poste de Kwale et sont retirés par les tuteurs des enfants. Le programme soutient désormais plus de 1 300 orphelins dans la région.



Depuis le succès du projet à Kwale, d’autres régions du pays ont adopté des systèmes semblables. 









« ...J’ai de quoi manger chaque jour et je vais aussi à l’école ; j’estime que j’ai un avenir ... »

Pascal Odhiambo, 17 ans, qui a perdu ses deux parents, emportés par des maladies opportunistes il y a trois ans, habite à deux pas de chez Mlle Adhiambo. Il a été accueilli par une habitante de la région qui reçoit l’allocation et s’assure qu’il va à l’école.



« J’ai de quoi manger chaque jour et je vais aussi à l’école ; j’estime que j’ai un avenir », a-t-il déclaré.



Mais le projet n’a pas toujours bien fonctionné. Selon les autorités de la région, sa réussite a été en quelque sorte éclipsée par les difficultés rencontrées dans le cadre du suivi de l’affectation des fonds.



« J’ai réglé une vilaine affaire où deux hommes qui s’occupaient d’enfants ont utilisé l’argent pour se marier à de nouvelles épouses », s’est souvenue Rose Mumbo, responsable des services publics de protection de l’enfance à Kilindini, près de la ville côtière de Mombasa, où 3 363 enfants bénéficient du projet.



En dépit de ces difficultés, les transferts de fonds directs sont de plus en plus considérés comme un moyen faisable d’aider les familles à faible revenu à échapper à la pauvreté.



Selon le Réseau régional sur le sida, les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire (RENEWAL), qui facilite les interventions visant à réduire les interactions entre le VIH/SIDA et la sécurité alimentaire, les projets comme celui qui a été mis en œuvre au Kenya « fonctionnent généralement bien, posent les fondements du consensus plutôt que du conflit, et permettent bel et bien d’aider les personnes ciblées, dont les foyers touchés par le sida ».



Le Kenya compte environ 1,8 million d’orphelins, dont 700 000 ont perdu leurs parents des suites de maladies opportunistes liées au sida. Plus de la moitié de la population du pays vit avec moins d’un dollar par jour. 



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