Vie chère et nouveaux critères d’aide alimentaire, les patients séropositifs inquiets

Les associations de lutte contre le sida au Burkina Faso craignent d’être doublement victimes du phénomène de la hausse des prix des denrées alimentaires, après l’adoption de nouveaux critères d’attribution de l’aide alimentaire aux personnes vivant avec le VIH.

D’après les nouveaux critères, adoptés par le Conseil national de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles (CNLS/IST) il y a quelques mois mais dont les effets ont commencé à se faire sentir ces dernières semaines, seuls les malades débutant le traitement bénéficient désormais d’une aide nutritionnelle pendant une durée de six mois, afin de permettre une récupération nutritionnelle, avant de laisser la place à d’autres malades.

Auparavant, toute personne éligible au traitement antirétroviral (ARV) pouvait bénéficier d’une aide alimentaire, ainsi que les membres de sa famille, a expliqué Adama Konaté, du comité ministériel de l’action sociale et de la solidarité, dont la mission est de coordonner la prise en charge alimentaire des personnes vivant avec le VIH et d’orienter les activités du gouvernement dans ce domaine.

« Maintenant, on parle d’une aide centrée sur la personne infectée [au VIH] », a dit à IRIN/PlusNews M. Konaté, également membre du service de l’action sociale du CNLS. « Nous voulons normaliser les interventions afin qu’elles soient plus objectives, en accordant désormais la priorité à ceux qui sont dans le besoin. Ce n’est plus un partage systématique, mais [fondé] sur des difficultés réelles ».

La vulnérabilité économique du patient, évaluée lors d’une enquête sociale, doit donc désormais constituer l’un des principaux critères d’attribution d’une aide alimentaire, les personnes indigentes étant prioritaires, a-t-il expliqué. L’état de santé du patient, notamment son poids, est également pris en compte.

« Il y a eu beaucoup de mauvaise gestion dans le passé », a affirmé M. Konaté, expliquant qu’une étude avait révélé que les interventions dans ce domaine n’étaient pas structurées de manière à permettre une gestion rationnelle des ressources. Or, « plus l’intervention est structurée, organisée, plus on touche les personnes ciblées ».

Le soutien nutritionnel est inscrit dans le dernier cadre stratégique de la lutte contre le sida, adopté en 2006 pour la période menant jusqu’en 2010. Le budget 2008 et 2009 du CNLS pour l’appui alimentaire aux personnes vivant avec le VIH, en particulier les enfants sous ARV, les femmes enceintes et les nouveaux-nés, s’élève à environ 770 000 dollars.

Ces nouveaux critères doivent être appliqués par tous les partenaires de la lutte contre le sida. Le Programme d’appui au monde associatif et communautaire (PAMAC), un programme d’assistance technique et financière aux organisations de lutte contre le sida au Burkina Faso lancé en 2003 sous l’égide du Programme des Nations Unies pour le développement, fournira désormais une aide alimentaire à environ un tiers des 25 000 personnes vivant avec le VIH qu’il soutient à travers 130 associations.


Photo: Brahima Ouedraogo/IRIN
Des milliers de Burkinabè ont manifesté début 2008 dans plusieurs villes du pays pour protester contre la hausse du prix du carburant et des denrées alimentaires

« Nous avons des dotations de vivres pour les personnes qui démarrent un traitement, dans l’idée que son alimentation ne soit pas un frein pour sa prise de médicaments [ARV] [et que] si une personne commence un traitement, en six mois elle peut retrouver les forces physiques pour rentrer dans le cycle de production », a expliqué le docteur Jean-François Somé, directeur de programme du PAMAC, qui dépense environ 80 millions de francs CFA (180 000 dollars) par an pour l’appui nutritionnel.

Craintes d’une précarisation des patients

Sans nier la nécessité d’améliorer la gestion de l’aide alimentaire, ni se dire surpris, « on s’attendait à cela », a reconnu Mamadou Sawadogo, président du Réseau pour une grande implication des personnes infectées par le VIH (REGIPIV), les associations de personnes vivant avec le VIH au Burkina Faso s’inquiètent du fait que l’adoption de ces nouveaux critères intervient dans un contexte mondial de hausse des prix des denrées alimentaires.

A l’instar d’autres pays pauvres, notamment en Afrique, le Burkina Faso a été secoué en début d’année 2008 par des « émeutes de la faim », liées à la forte augmentation du prix du carburant et de certains produits de base, entre 10 et 65 pour cent en quelques mois.

Pour les associations de lutte contre le sida, les nouveaux critères d’octroi de l’aide alimentaire risquent d’aggraver la précarité des personnes vivant avec le VIH, en majorité déjà vulnérables, et de décourager les patients de suivre leur thérapie ARV –une alimentation riche et équilibrée étant reconnue par les spécialistes comme une composante essentielle de la thérapie.

«Il faut [manger correctement] pour être observant, celui qui ne mange pas ne peut pas prendre ses [ARV] », a rappelé Mme Somda, dont l’association REVS+, qui comptait quelque 2 000 bénéficiaires, va désormais fournir une aide alimentaire à 700 patients.

Pour M. Konaté du CNLS, cependant, les critères d’attribution de l’aide alimentaire sont flexibles et l’enquête sociale doit justement permettre de ne pas écarter des listes de bénéficiaires des personnes pour qui ce soutien est « une question de survie ».

Trouver des solutions locales

La hausse du prix des denrées alimentaires a de toute façon amené ces derniers mois de nombreux acteurs humanitaires, dont les intervenants de la lutte contre le sida, à réfléchir à des solutions durables en matière de sécurité alimentaire.

Le CNLS vient de publier un guide nutritionnel, destiné à aider les personnes vivant avec le VIH à identifier les produits locaux contenant des éléments nutritifs. Selon ce guide, des aliments comme les goyaves, le manioc, les pommes d’acajou et le néré sont riches en vitamines, d’autres aliments comme les feuilles de baobab, le gombo sec et le poisson étant riches en fer.

« Nous travaillons tous dans un esprit d’une certaine pérennité, et dans ce cadre nous ne pouvons pas toujours continuer à compter sur l’apport extérieur …il faut entreprendre des actions qui nous permettent d’aller le plus loin possible avec nos modeste moyens », a expliqué le docteur Joseph Aimé Bidiga, chargé du secteur santé au CNLS.

Les associations, de leur côté, plaident en faveur de l'autonomisation des patients, via la mise à disposition de fonds pour des activités génératrices de revenus qui leur permettraient notamment de varier leur alimentation.

Le PAMAC s’est engagé à les soutenir et va octroyer des prêts allant de 500 000 à 1,5 million de francs CFA (1 115 à 3 345 dollars), grâce entre autres à l'appui de la Principauté de Monaco.

Le REGIPIV plaide pour que les personnes vivant avec le VIH reçoivent des engrais et des semences afin de cultiver des céréales et autres produits, consommés ensuite par eux-mêmes et les membres d’autres associations. Le réseau a commencé à financer quelques associations, mais manque de fonds.

bo/ail