Les Tigres tamouls recrutent encore des enfants-soldats

Depuis quatre ans, R. Ganesh et son épouse Lakshmi gardent l’espoir de voir un jour leur fils revenir sain et sauf chez lui, dans le district de Trincomalee, dans l’est du Sri Lanka. Lakshmi n’a guère cessé de pleurer depuis le jour où son unique enfant, Jeggan, alors âgé de neuf ans, a été emmené par des membres des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (TLET) et recruté de force comme combattant.

Jeggan a été enlevé le 14 décembre 2002 par quatre combattants des TLET en uniforme de combat, qui sont entrés de force dans la maison où il vivait avec sa famille.
« Ils nous ont braqué des fusils sur la tempe et nous ont dit de ne pas crier », a raconté Lakshmi à IRIN. « Ils nous ont bandé les yeux, tous les trois, et nous ont dit que nous devions nous battre pour la cause des Tamouls », a-t-elle poursuivi. « Ensuite, ils ont emmené mon fils et nous ne l’avons pas vu depuis ce jour ».

Malgré un accord de cessez-le-feu signé en 2002 entre le gouvernement et les TLET, le recrutement d’enfants-soldats est encore pratiqué par les TLET et la faction Karuna, qui s’est désolidarisée des TLET en 2004, selon JoAnna van Gerpen, la représentante du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) au Sri Lanka.

Depuis 2001, les TLET ont recruté de force plus de 5 700 enfants-soldats, selon l’UNICEF, dont seuls 1 958 ont été libérés. L’UNICEF a également expliqué qu’en date du 31 mai 2007, il y avait 198 cas non résolus de recrutement de mineurs par les rebelles de la faction Karuna, et que seuls 60 enfants avaient été libérés.

Depuis l’enlèvement de Jeggan, ses parents ont porté plainte auprès de l’UNICEF et de la police de Trincomalee mais l’enfant n’a toujours pas été retrouvé. « Il aura 14 ans au mois d’octobre », a déclaré Lakshmi. « Mais je ne sais pas s’il est encore en vie. Je prie Dieu pour qu’il le soit ».

Des centaines d’autres parents des districts nord et est du Sri Lanka, ravagés par le conflit, continuent d’espérer que leurs enfants leur reviendront sains et saufs. Il est difficile de déterminer le nombre exact d’enfants recrutés de force, bon nombre de familles ne déclarant pas l’enlèvement de leurs enfants, selon plusieurs organisations humanitaires.

Certains enfants, âgés de sept ou huit ans à peine, ont été pris à leurs parents, d’après l’UNICEF. Sur les 1 591 cas non résolus de recrutement de mineurs par les TLET, 506 concernent des enfants de moins de 18 ans.

Les familles vivent dans la peur

En juin, les TLET se sont engagés à libérer d’ici fin 2007 les enfants-soldats qui combattent dans leurs rangs. Quant aux rebelles de la faction Karuna, ils ont affirmé qu’ils ne se livraient nullement au recrutement d’enfants-soldats. Pourtant, les parents des districts de Batticaloa, Trincomalee et Jaffna, dans l’est et le nord, restent sceptiques.

« Nous avons peur de dormir la nuit, car nous ne savons pas quand nos enfants nous seront enlevés », a confié à IRIN Jeyaraja Kandasamy, 48 ans, père de deux fils âgés de 12 et 14 ans, qui vit à Jaffna.

Selon M. Kandasamy, bien d’autres parents partagent ses craintes.

« La guerre se poursuit bien que le gouvernement et les TLET affirment tous deux que l’accord de cessez-le-feu est mis en application », a déploré L. Kumaraswamy, un habitant de Vavuniya. « Nous ne savons pas à quoi nous attendre à l’avenir, mais nous craignons que nos enfants ne soient pas en sécurité ici ».

« Les TLET se sont engagés tant de fois à ne pas faire combattre nos enfants ; pourtant, ils continuent à les enlever », a-t-il noté. « Où pouvons-nous aller ? Nous n’allons pas laisser emmener nos enfants ».

Les TLET, qui font partie des pires figures du recrutement d’enfants-soldats dans le monde, s’étaient également engagés en 1998 et en 2006 à libérer les enfants qui combattaient dans leurs rangs, mais, tout comme la faction Karuna, sont encore accusés par les Nations Unies et les associations de défense des droits humains de recruter des mineurs.

Andy Brooks, qui dirige la section Protection de l’enfance de l’UNICEF au Sri Lanka, a expliqué à IRIN qu’une psychose s’était installée chez les enfants et les parents du nord et de l’est du pays.

« Les gens ont peur. Les parents craignent pour leur vie et celle de leurs enfants », a déclaré M. Brook. « Chaque enfant doit être protégé et libéré de la cause militaire ».

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