Les Nations Unies exhortent les rebelles à mettre fin au recrutement d’enfants soldats

Tout au long de l’année 2006, les agences des Nations Unies présentes au Sri Lanka ont tenté d’attirer l’attention des communautés nationale et internationale sur l’un des aspects les plus regrettables du conflit civil qui déchire le pays : le recrutement d’enfants soldats.

Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), il y a actuellement 1 832 cas non-résolus de recrutement de mineurs par des mouvements rebelles.

« La situation s’améliore, mais il y a encore des cas non-résolus et le recrutement ne serait-ce que d’un seul enfant nous pose un problème », a expliqué à IRIN William Kollie, spécialiste de la protection de l’enfance à l’Unicef.

Le 10 mai, le directeur du groupe de travail du Conseil de sécurité des Nations unies sur les enfants dans les conflits armés a tenu des propos très sévères à l’égard du mouvement des Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE) et du groupe Karuna – deux parties au conflit qui, à en croire l’Unicef, continuent d’enlever et d’enrôler des enfants au Sri Lanka.

Le directeur du groupe de travail a sévèrement condamné l’enrôlement et l’utilisation d’enfants soldats par les deux factions armées qu’il a appelées à démobiliser toutes les recrues mineures et à interrompre les recrutements à venir. D’après les statistiques de l’Unicef, il y aurait 1 634 cas non-résolus d’enrôlement de mineurs par les Tigres et 198 par le groupe Karuna.

Avertissement

« Le groupe de travail du Conseil de sécurité des Nations unies sur les enfants et les conflits armés attire l’attention des dirigeants du LTTE sur le fait que le 20 décembre 2006, le Conseil de sécurité a reçu un rapport du Secrétaire général sur les enfants et le conflit armé au Sri Lanka.

Ce rapport fait notamment état d’enlèvements, d’enrôlement et d’utilisation systématiques d’enfants par le LTTE, en dépit des précédents engagements », a déclaré l’ambassadeur Jean-Marc de la Sablière, directeur du groupe de travail, qui a prévenu le LTTE que « des mesures supplémentaires pourraient être prises » si ce mouvement ne mettait pas un frein à ces pratiques.

Désaccord sur les chiffres

Les Tigres tamouls contestent les statistiques publiées par l’Unicef concernant les enfants soldats qu’ils compteraient encore dans leurs rangs.

« Nous n’avons reçu qu’une vingtaine de plaintes de la part de parents au sujet de l’enrôlement de leurs enfants. Nous essayons actuellement de comprendre la raison d’un tel écart », a expliqué à IRIN Rasiah Illanthariyan, porte-parole militaire.

L’Unicef reconnaît qu’il y a des différences en ce qui concerne les statistiques.
« Nous ne considérons les enfants comme démobilisés que lorsque nous avons vérifié l’information. Nous ne pouvons pas modifier les listes juste parce qu’on nous fournit un nom », a révélé William Kollie.

Pour les Tigres, l’Unicef ne devrait pas comptabiliser les recrues qui ont aujourd’hui plus de 18 ans, même si elles ont été enrôlées à un plus jeune âge. Les enfants n’étant pas impliqués dans des opérations militaires devraient eux aussi être exclus du compte, a indiqué le mouvement. Mais l’Unicef ne se satisfait pas de ce raisonnement.

Selon l’Unicef, à la fin du mois d’avril, 550 personnes enrôlées dans les rangs des Tigres tamouls avaient moins de 18 ans.

Différend sur la réhabilitation

L’Unicef et les Tigres tamouls ne s’entendent pas non plus sur les procédures de réhabilitation des enfants soldats.

En 2003, les Tigres ont approuvé un plan d’action qui prévoyait la création de trois centres de réhabilitation pour les ex-enfants soldats. Ces centres, situés dans le nord et l’est du pays, dans des zones sous le contrôle des Tigres, devaient être dirigés par l’Organisation de réhabilitation tamoule (ORT), avec le soutien de l’Unicef. Or, seul un centre a finalement ouvert ses portes, dans le district de Kilinochchi, le siège politique des Tigres.

Néanmoins, selon M. Kollie, l’Unicef et les Tigres étaient en désaccord sur différentes questions ayant trait au centre de réhabilitation, et notamment sur le temps que les enfants devaient y passer. Seuls 173 enfants ont été démobilisés après un passage au centre, qui a fermé au bout d’un an.

« Nous n’encourageons pas l’ouverture de ces centres, a expliqué M. Kollie, le représentant de l’Unicef spécialiste de la protection de l’enfance. Nous pensons que la meilleure solution, c’est que les enfants retournent chez leurs parents ».

La faction Karuna

Des allégations plus récentes ont été formulées à l’encontre du groupe Karuna, composé d’anciens membres des LTTE qui ont quitté le mouvement en 2004.
Selon l’Unicef ainsi que d’autres organisations, cette faction continue d’enlever et d’enrôler des enfants, en particulier dans l’est du pays, où elle est très active.

Le mois dernier, l’Unicef a publié un communiqué de presse déplorant le fait que le groupe Karuna n’ait pas tenu sa promesse d’autoriser le personnel chargé de la protection de l’enfance à se rendre dans les camps pour vérifier les allégations d’enlèvements.

Selon l’Unicef, ses représentants auraient été conduits jusqu’à un camp monté à la hâte et n’abritant aucun enfant. L’agence onusienne, qui a souhaité visiter d’autres camps, a vu sa demande rejetée par le groupe Karuna qui a évoqué des raisons de sécurité.

« Notre prétendue collaboration est devenue difficile à cause de la détermination apparente de cette faction à retarder, à faire échouer, et à fourvoyer le processus engagé en vue de mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats dans ce conflit qui déchire le pays », a déploré Andrew Brooks, directeur de la protection à l’Unicef.

« Les Tigres de Vanni (LTTE) sont une menace. Ils veulent nous éliminer. Tant que cette menace planera, nous ne pourrons pas autoriser l’Unicef à accéder [aux camps] », a dit à IRIN Azad Moulana, le porte-parole du groupe Karuna.

« Et si quelque chose arrivait dans un camp, en présence de l’Unicef ? Qui serait responsable dans ce cas-là ? Une fois que cette menace sera supprimée, ils seront les bienvenus partout », a-t-il ajouté.

Les Tigres « plus ouverts au dialogue »

Malgré tout, l’Unicef pense que l’intérêt international renouvelé que suscite le Sri Lanka - notamment à la suite de la mission conduite dans ce pays l’année dernière par Allan Rock, conseiller spécial du Représentant spécial des Nations unies pour les enfants et les conflits armés – a permis une certaine amélioration de la situation.

« Grâce à la visite de M. Rock, les Tigres se sont montrés plus ouverts au dialogue et à des réunions régulières », s’est félicité William Kollie. M. Moulana, le porte-parole du groupe Karuna, a également déclaré qu’à la suite de cette visite, le mouvement avait engagé une vraie communication avec l’Unicef ; il a par ailleurs indiqué que le groupe souhaitait « continuer à travailler avec l’Unicef ».

Toutefois, M. Kollie s’est empressé d’ajouter que la pression devait être maintenue tant que tous les enfants n’étaient pas hors de danger, hors des rangs des Tigres et du groupe Karuna. « La tolérance zéro, c’est cela que nous voulons, et nous voulons obliger les parties à respecter les engagements qu’elles prennent », a-t-il souligné.

ap/bj/cb/nh/ads