Les miliciens du GPP se retirent du camp d’entraînement d'Adjamé

Accusé par les habitants d’Adjamé de harcèlement et de racket, un groupe de miliciens à la solde du gouvernement se voit contraint de quitter le quartier non sans avoir créé auparavant quelques incidents.

Depuis qu’ils ont réquisitionné une école d’Adjamé en août dernier pour en faire un camp d’entraînement militaire, le groupement patriotique pour la paix (GPP) a formé des centaines de jeunes partisans du président ivoirien Laurent Gbagbo.

Mardi dernier, de nombreux résidents d’Adjamé, le quartier qui abrite les plus grands marchés d’Abidjan, ont salué avec enthousiasme le départ de ces miliciens.

"Ils nous harcelaient, nous rackettaient et prenaient nos marchandises sans payer", a expliqué à IRIN Habib Traoré, un vendeur du quartier. "Nous sommes très heureux de les voir partir".

Le départ précipité du GPP ne s’explique pas, d’autant plus que Zeguen Touré, le chef de file des miliciens, affirmait il y a un mois à peine que ses hommes resteraient en place.

Selon certains diplomates, les responsables des milices prennent directement leurs ordres du palais présidentiel. Le mois dernier, l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire faisait part de ses préoccupations face à la dégradation des conditions de sécurité dans le pays et exigeait du gouvernement qu’il désarme immédiatement ces milices et autres groupes armés.

Pendant que les miliciens quittaient mardi l’école d’Adjamé, le chef d’Etat-major des forces armées ivoirienne, le colonel Philippe Mangou, a confiait à la presse qu’il se félicitait du départ volontaire du GPP.

Selon lui, l’école des jeunes filles servira désormais de camp militaire pour le bataillon de l’armée qui a été évacué de Bouaké lorsque le mouvement des Forces nouvelles a envahi le nord de la Côte d’Ivoire en septembre 2002.

A en croire, Touré, le chef de file du GPP, le retrait de ses hommes répond à une logique de paix pour inciter les rebelles à revenir au gouvernement de réconciliation nationale après plusieurs mois de défection.

"Ceux qui ont attaqué la Côte d'Ivoire ont peur d’aller à Abidjan et nous craignent. Par ailleurs, ils prétendent que nous sommes responsables de l’insécurité grandissante qui règne à Abidjan", a déclaré Touré à la presse. "Nous retirons donc pour dans le but de faire avancer le processus de paix".

Le gouvernement de réconciliation nationale mis en place dans le cadre de l’accord de paix signé en janvier 2003 entre les rebelles et Gbagbo vise à réunifier le pays avant l’organisation des élections présidentielles prévues en octobre prochain.

Mais depuis plusieurs mois, ce processus est dans l’impasse. Les Forces nouvelles exigent plus de garantie pour la sécurité de leurs ministres avant de retourner dans le sud loyaliste pour prendre part au conseil des ministres.

Certains membres du GPP contredisent la version que leur chef donne des événements, arguant que le retrait de l’école d’Adjamé a été imposé aux miliciens.

Et alors que Zeguen Touré quittait le camp, des douzaines de jeunes miliciens ont bloqué sa voiture et tenté de l’agresser, l’accusant de les avoir trahis. Les forces de sécurité présentes sur les lieux ont dû tirer des coups de semonce pour disperser les jeunes et dégager la voie.

"C’est injuste", a confié à IRIN Grégoire Djédjé, un jeune milicien portant un treillis et des chaussures de sport. "Nous ne pouvons pas partir dans ces conditions. Ils nous faut rentrer avec un minimum d’argent. On nous abandonne sans rien".

Selon le président de la commission nationale de désarmement, Alain Donwahi, quelque 1 400 jeunes sont inscrits au programme de réinsertion sociale de la commission.

Les habitants d’Adjamé qui se plaignaient depuis des mois du comportement arrogant des miliciens du GPP étaient heureux de les voir partir du quartier, espérant que les derniers incidents ne se reproduiraient plus jamais.

Le mois dernier, des membres du GPP s’en sont pris à des élèves de l’école de police située à proximité de leur camp d’entraînement. Cet affrontement a fait deux morts.

En janvier, des chauffeurs de taxi et de minibus, qui ont eu maille à partir avec des jeunes du GPP expliquaient qu’ils en marrent de se faire racketter par les miliciens aux barrages routiers que ces derniers improvisent.

La plupart des habitants d’Adjamé sont des immigrants de la deuxième génération et originaires d’autres pays d’Afrique de l’ouest ou du nord de la Côte d’Ivoire, une région aux mains des forces rebelles. Le GPP accusaient souvent les habitants d’Adjamé d’être des sympathisants des rebelles et de cacher des armes.