La sélection d’IRIN : refonte de l’aide, fin de la pauvreté et « philanthrocapitalisme »

Voici la liste des lectures recommandées par IRIN. Chaque semaine, notre réseau mondial de correspondants spécialisés partage sa sélection d’articles de recherche, de podcasts, de rapports, de billets de blogues et d’articles de fond à ne pas manquer pour rester au fait de l’actualité mondiale en matière de crises. Nous signalons également les conférences importantes à venir, les publications de livres et les débats sur les politiques.

À lire : notre Top 5

Refonte de l’aide et contribution à la refonte

Les représentants des Nations Unies, des ONG, des gouvernements, du secteur privé, du milieu universitaire et des communautés locales se réunissent à Genève pour étudier les moyens d’améliorer la réponse aux crises. La consultation globale – ou « GloCon » – est la plus récente d’une série de rencontres organisées au cours des 18 derniers mois avec quelque 23 000 personnes dans 151 pays à l’approche du Sommet humanitaire mondial qui aura lieu l’an prochain. Le rapport-synthèse de 189 pages réitère l’appel que nous avons déjà entendu à maintes reprises en insistant sur l’importance de placer les populations affectées par les crises au coeur de l’action humanitaire. Les cinq éléments principaux sont : donner aux populations les moyens de rester dignes dans l’adversité ; accorder davantage d’importance à la protection des civils contre les violences (dans des pays comme le Rwanda, le Sri Lanka et la Syrie) ; renforcer la résilience des populations face aux crises ; développer de meilleurs partenariats, en particulier avec les acteurs locaux ; et trouver des modèles de financement plus efficaces.

Si vous n’avez pas le temps de lire intégralement le rapport-synthèse , vous pouvez toujours en feuilleter un court résumé. Par ailleurs, le résumé infographique facile à naviguer qui accompagne le rapport 2015 sur l’état du système humanitaire, un rapport phare récemment publié par l’ALNAP, dit essentiellement la même chose : le secteur humanitaire est dysfonctionnel : « Le système continue d’appliquer une réponse unique qui ne semble pas fonctionner pour le moment. » Le rapport recommande entre autres de déterminer quels intervenants sont les mieux placés dans quelles circonstances ; et de créer un système d’urgence plus unifié au sein des Nations Unies. Vous pouvez appuyer les propositions qui vous semblent les plus importantes en cliquant ici.

La fin de la pauvreté ?

Se pourrait-il que nous nous approchions de notre objectif de mettre un terme à la pauvreté mondiale d’ici 2030 ? Ce document de la Banque mondiale nous donne certes des raisons d’espérer : le nombre de personnes vivant dans la pauvreté extrême devrait en effet chuter à moins de 10 pour cent de la population mondiale d’ici la fin de l’année. On prévoit en effet que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté extrême en 2015 s’élèvera à 700 millions, contre environ 900 millions en 2012. Ces chiffres tiennent compte du nouveau seuil de pauvreté international, fixé à 1,90 dollar ou moins par jour, ainsi que des nouvelles données nationales sur les conditions de vie. Pourtant, selon la Banque mondiale, « il reste encore beaucoup à faire » : on s’inquiète entre autres du fait que la pauvreté diminue trop lentement en Afrique subsaharienne et « des déséquilibres dans la prospérité partagée » dans l’ensemble de l’Asie du Sud.

Maintenir l’ordre au milieu du chaos

« Dans une ville, le bris d’une seule conduite peut priver d’eau quelque 100 000 personnes. » Le maintien en état des systèmes d’infrastructures essentielles dans les villes touchées par des conflits constitue un véritable défi pour les organisations d’aide humanitaire. Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), des changements radicaux doivent être apportés si les humanitaires souhaitent continuer d’aider les civils des zones urbaines à accéder aux services publics essentiels, et notamment à l’eau, à l’électricité et à l’assainissement. Dans son nouveau rapport, le CICR met l’accent sur l’importance d’une meilleure planification pour faire face aux répercussions à long terme des violences armées. Le bris d’un transformateur électrique causé par des tirs d’artillerie peut, par exemple, couper l’approvisionnement en eau des hôpitaux situés à proximité et avoir des effets sur la santé publique. Dans de tels scénarios, l’évaluation de l’ampleur et de la durée des travaux de réparation ou de rénovation est cruciale pour fournir la réponse humanitaire la plus efficace.

Super-riches et superhéros

L’admiration vouée aux hommes d’affaires influents pour leurs bonnes œuvres a entraîné une montée du « philanthrocapitalisme ». Ces milliardaires activistes semblent en quelque sorte à l’abri des critiques, qui sont pourtant nécessaires. Dans cet article publié dans The Nation, David Reiff parle des entrepreneurs et des organisations comme la Fondation Gates, dont le travail dans le domaine du développement semble « contourner la question essentielle de la responsabilité au nom de l’efficacité » en raison du manque de réglementation et d’une grande capacité d’influence politique. Curieusement, pourtant, ces acteurs se voient « confier le bien-être et le sort des faibles et des affamés ». D’après M. Reiff, il se pourrait que ces philanthrocapitalistes fassent plus de mal que de bien, et ce, tant qu’une critique systémique de l’aide ne sera pas acceptée et mise en oeuvre.

La diffusion humanitaire en situation d’urgence

L’évaluation des impacts est devenue une obsession nécessaire pour l’industrie humanitaire. Les bailleurs de fonds l’exigent, bien sûr, mais elle permet surtout d’améliorer l’obligation de rendre des comptes aux populations que les humanitaires tentent d’aider. L’impact de l’information dans une crise est cependant beaucoup plus difficile à mesurer. Ce rapport de BBC Media Action tente de poser les bases pour des recherches futures dans ce domaine en pleine émergence. Lors d’un événement organisé dernièrement, l’éditeur du rapport, James Deane, a soutenu que les médias de service public n’avaient jamais été aussi importants. Il a en effet affirmé que les médias commerciaux étaient de plus en plus souvent contraints de prendre parti dans les crises, non seulement par les gouvernements, mais aussi par des factions ou des groupes religieux ou ethniques ayant chacun leurs propres intérêts. La communauté internationale du développement n’a pourtant pas élaboré de « réponse claire et cohérente » face à cette faille du marché, ce qu’il considère comme une omission « ridicule ». Le rapport plaide en faveur d’investissements dans le développement des médias en se fondant sur l’évaluation de quatre programmes mis en place par BBC Media Action pour répondre au tremblement de terre survenu au Népal plus tôt cette année, à l’épidémie d’Ebola, à la crise des réfugiés syriens et au conflit de 2014 à Gaza.

À écouter :

Une génération en détresse

Dans ce plus récent podcast Global Thinkers, de Foreign Policy, Lauren Wolfe, directrice d’un projet appelé Women Under Siege, s’entretient avec Wendy Young, présidente de Kids in Need of Defense (KIND), une organisation qui met en relation des mineurs non accompagnés qui traversent la frontière américaine avec des avocats bénévoles, au sujet des difficultés auxquelles sont confrontés les enfants qui fuient les conflits. Mme Wolfe souligne les conditions épouvantables dans lesquelles vivent les enfants dans les centres de détention européens et insiste sur le fait que la détention d’enfants aussi jeunes, qui, dans certains cas, ont vécu des traumatismes lors des dangereux voyages entrepris depuis des pays comme la Syrie, peut avoir des conséquences importantes sur la santé mentale à long terme. Mme Young croit qu’il est possible d’établir des parallèles « solides » avec ceux qui fuient les violences en Amérique centrale et du Sud, qui sont nombreux à souffrir de pertes de poids et de maladies en détention. Le principal message à retenir, c’est que nous risquons d’avoir de gros problèmes à l’avenir si les enfants migrants, souvent non accompagnés, sont laissés à languir et que leurs besoins ne sont pas satisfaits.

Une publication d’IRIN :

Depuis ton départ

Alors que les réfugiés et les migrants sont de plus en plus nombreux à fuir leur pays, notre reportage spécial s’intéresse aux familles de deux migrants économiques qui sont restées au pays. À l’aide de cartes, de vidéos et de reportages sur le terrain, nous retraçons d’abord le parcours de ces deux migrants – un Gambien et un Nigérian – afin de faire la lumière sur les difficultés auxquelles ils sont confrontés dans leur quête d’une nouvelle vie. Nous explorons cependant aussi la facette moins connue de l’histoire, soit l’énorme fardeau financier et émotionnel que doivent porter les proches qu’ils ont laissés derrière eux. Pourquoi ces gens continuent-ils de tenter leur chance ? L’un des hommes, Lucky, résume ainsi son raisonnement : « Je souffre peut-être aujourd’hui, mais, demain, si j’arrive à atteindre l’Europe, je sais que ma famille mènera une vie meilleure. »

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