L’aide locale aux réfugiés éclipse l’aide internationale en Serbie

En ce début d’après-midi, Miksalište, important point d’accueil des réfugiés installé dans un espace de spectacles en plein coeur de la capitale serbe, bouillonne d’activité. Certains réfugiés font la queue pour recevoir des dons alimentaires, des vêtements et des produits pour bébés, tandis que d’autres passent une visite médicale. Un groupe de jeunes hommes est rassemblé autour d’une station de recharge solaire pour profiter du WiFi gratuit.

Miksalište a été mis sur pied par Refugee Aid Serbia (RAS), un groupement de neuf organisations caritatives, organisations non gouvernementales (ONG) et associations de Belgrade, lorsque de nombreux réfugiés et migrants ont commencé à arriver dans la capitale depuis la frontière macédonienne début août. RAS aide maintenant un millier de personnes par jour. Bien que ses membres n’aient pas été formés à l’aide humanitaire, le collectif a tiré parti de ses liens internationaux, des réseaux sociaux et de partenariats avec des entreprises privées pour répondre à la crise qui a mis en difficulté les systèmes humanitaires traditionnels.

Les fondateurs de RAS proviennent d’un large éventail d’associations locales : Mikser Hause, Ped Medic, Adra, le Belgrade Foreign Visitors Club, GivingBack Serbia, Catalyst Balkans, la fondation Anna et Vlade Divac et Save Babies. Certains ont une expérience de l’aide humanitaire, mais ce n’est pas le cas de tous. Pourtant, en deux mois d’activité intense, RAS est devenu le premier intervenant dans la crise des réfugiés à Belgrade.

Tout comme la Grèce et la Macédoine, la Serbie constitue aujourd’hui une étape de l’itinéraire ouest des Balkans pour rejoindre le nord de l’Europe, déjà emprunté par plus de 300 000 migrants et réfugiés cette année. 

En août, de nombreux réfugiés et migrants dormaient dans le parc de Bristol, près de la gare principale de Belgrade. « Au début, la Municipalité a dit que ces personnes ne faisaient que passer, qu’elles ne restaient qu’une nuit et n’avaient pas besoin d’aide », s’est souvenu Srba Jovanovic, de Save Babies, l’un des membres fondateurs de RAS. 

Mais il est vite devenu évident que, si la plupart des réfugiés ne pensaient pas rester dans cette ville, ils avaient cependant un besoin urgent d’abris, de nourriture et de matériel, surtout les familles avec de jeunes enfants.

Selon Nenad Popovic, l’un des fondateurs de GivingBack Serbia, les associations ont mis 10 à 15 jours à lancer RAS. Malgré son scepticisme initial quant à la capacité d’un groupement d’associations aux compétences aussi diverses de répondre avec efficacité à la crise, M. Popovic a reconnu que RAS avait réussi à « mener [l’aide] à un autre niveau », grâce à une coordination rapide et à la délégation des tâches. 

« Nous avons dû grandir », a commenté M. Jovanovic. « Nous avons grandi dans notre structure. Nous avons grandi en taille. Et nous avons grandi dans notre méthodologie et nos procédures. Nous sommes maintenant une organisation humanitaire sérieuse et nous sommes reconnus par l’État et la Municipalité comme référence pour l’aide aux réfugiés à Belgrade. » 

Les réseaux sociaux sont l’un des outils les plus efficaces de RAS. Le collectif compte 50 bénévoles de 29 pays, dont des traducteurs pour communiquer avec les réfugiés arabophones. Nombre de bénévoles disent avoir entendu parler de RAS par Facebook

Alireza Akhondi, assistant politique suédois d’origine iranienne, est l’un des bénévoles étrangers de RAS. Il a collecté plus de 25 000 euros auprès de ses amis et de sa famille et utilisé cet argent en deux semaines pour combler les lacunes qu’il avait remarquées dans les actions de RAS. À l’approche du froid, il s’est dit qu’une soupe populaire serait nécessaire et il a constitué des équipes de distribution de nourriture chaude dans le parc de Bristol, où dormaient de nombreux réfugiés. « Lorsque la situation ici sera maîtrisée, nous nous retirerons pour nous attaquer au problème suivant, » a-t-il dit. 

RAS a également recours à sa page Facebook pour collecter des dons. « Les besoins actuels : sucre en morceaux, papier toilette, dentifrice et brosses à dent », a récemment publié le collectif.

La plupart des bénévoles de RAS ne sont pas de Belgrade, mais la majorité des dons viennent de la population locale. Plusieurs membres du collectif ont dit que le souvenir encore frais des réfugiés serbes pendant la guerre des Balkans devait avoir motivé le soutien des habitants.

Pour éviter les tracasseries administratives de se déclarer officiellement comme ONG, RAS évite les dons en argent. 

D’après M. Jovanovic, RAS a trouvé des manières de s’adapter aux éventuels bailleurs de fonds qui ne se trouvent pas à Belgrade. « Ils disent : “trouvez une famille avec enfants, placez-les dans un hôtel ou une auberge de jeunesse et prenez-les en photo pour que je sache que vous les avez hébergés et donnez mes coordonnées bancaires à l’hôtel” », a-t-il dit. « C’est comme ça que nous procédons avec les dons en argent. »  

RAS s’est par ailleurs associé avec plusieurs entreprises privées serbes. Pour répondre au besoin des réfugiés de disposer de stations de recharge des téléphones et de points WiFi pour contacter leurs amis et leur famille, RAS a demandé de l’aide à MTS, l’une des principales compagnies de téléphonie du pays. MTS a fait don d’une station de recharge et de connexion WiFi à énergie solaire. « Jusqu’à présent, les entreprises privées ont répondu immédiatement à nos demandes », a commenté M. Jovanovic. 

Des magasins locaux donnent de l’eau et de la nourriture et des entreprises de taxi transportent les dons et les fournitures gratuitement dans toute la ville. « Avant, nous n’avions aucune relation avec les entreprises et nous essayons seulement d’obtenir leur aide en fonction des besoins », a dit M. Popovic.

Après s’être mobilisé aussi rapidement, RAS est maintenant confronté à la difficulté de se maintenir sur pied durablement. Le personnel n’est pas payé, l’importante structure de soutien constituée reste donc fragile. Les organisateurs sont tout à fait conscients de leur dépendance envers la générosité de la population et des bénévoles.

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Après son expérience transformatrice à Miksalište, M. Akhondi est rentré dans son pays avec d’autres bénévoles suédois. Ce n’est pas inhabituel. « Ce serait bien que nous puissions payer les gens pour [leur aide], mais ce n’est pas possible », a dit M. Popovic. « Je dois partir lundi pour un autre travail, mais nous devons faire en sorte que les gens continuent, faute de quoi [le système d’aide mis en place] s’effondrerait en quelques jours. » 

Les besoins risquent de se multiplier, car la Hongrie ferme sporadiquement ses frontières avec la Serbie et avec la Croatie, ce qui crée un engorgement de réfugiés dans ces deux pays. 

Selon M. Popovic, un convoi de RAS transportant 7 000 euros d’aide à la frontière croate mercredi a éclipsé l’intervention de la Croix-Rouge serbe. M. Popovic a exprimé ses doutes quant à la capacité des organisations d’aide humanitaire internationales à répondre à cette crise en évolution rapide, surtout à l’approche de l’hiver. 

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