Des milliers de personnes fuient les violences dans le nord du Mali

La flambée de violence qui embrase le nord du Mali a fait grimper le nombre de déplacés à plus de 100 000. Bon nombre d'entre eux ont un besoin urgent de nourriture, d'eau et d'abris avant l'arrivée de la saison des pluies.

C'est dans la région de Tombouctou, au nord du pays, que la situation est la plus critique : selon les estimations, 23 000 personnes ont quitté leur logement en l'espace de quelques jours seulement, fuyant l'escalade des attaques commises par des coalitions rebelles et des milices contrôlées par le gouvernement.

Plusieurs acteurs clés n'ont pas participé à la cérémonie de signature de l'accord de paix organisée à Bamako, la capitale, le 15 mai. Cet accord avait été présenté comme la solution au conflit qui fait rage depuis plusieurs années entre le gouvernement malien, les milices, les groupes islamistes et les rebelles touaregs.

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« La situation évolue très rapidement et nous avons observé une forte augmentation (du nombre) de déplacés, d'un peu plus de 30 000 à 53 000 dans la région de Tombouctou en moins d'une semaine », a dit à IRIN Sally Haydock, la Directrice pays du Programme alimentaire mondial (PAM) au Mali.

Dans la région de Gao, 2 200 personnes ont été déplacées ; dans la région de Mopti, 1 600 personnes ont quitté leurs villages et leurs campements depuis le mois d'avril, ce qui porte le nombre total de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays (PDIP) à un peu plus de 100 000 au Mali.

Des conditions de vie difficiles

Les combats dans le nord du Mali, qui connaît une résurgence des attaques contre les populations civiles et les travailleurs humanitaires, se poursuivent malgré les trêves, les accords de paix préliminaires et l'engagement accru de la communauté internationale.

« Nous avons quitté Bintagoungou à cause des rebelles qui ont pillé nos maisons et se sont emparés de nos biens »

Presque toutes les personnes qui ont quitté leur domicile sont hébergées par des familles d'accueil, car il n'y a pas encore de camps officiels dans la région de Tombouctou.

Bon nombre de déplacés se sont installés dans des abris temporaires ou sous des arbres qui offrent peu de protection contre les vents violents et la chaleur écrasante du désert. La plupart n'ont emporté ni biens, ni produits alimentaires, car ils ont été contraints de quitter leur domicile dans la précipitation.

« Nous avons quitté Bintagoungou à cause des rebelles qui ont pillé nos maisons et se sont emparés de nos biens », a dit Oumou Kola, 48 ans. Avec sa famille, elle a trouvé refuge dans la ville de Goundam, située à 40 km au sud de Bintagoungou, au début du mois.

« Ils frappaient souvent nos maris et nos enfants », a dit à IRIN Mme Kola. « Ils nous ont privé de travail et de toute activité ».

Besoins

La présence de dizaines de milliers de PDIP supplémentaires a aggravé une situation alimentaire déjà critique, alors que plus de trois millions de Maliens ont des difficultés à se nourrir.

Une étude nationale sur la sécurité alimentaire et la nutrition réalisée en début d'année par le Réseau de systèmes d'alerte précoce contre la famine (FEWS-NET) a conclu que 410 000 personnes avaient besoin d'une aide alimentaire immédiate.

Ce nombre devrait augmenter, car les réserves alimentaires s'amenuisent pendant la période de soudure, qui débute habituellement en juin. Il devrait même s'accroître suite à l'afflux de déplacés de cette semaine.

« Ici, dans le Nord, les populations ne produisent pas suffisamment de nourriture (pour commencer) », a dit Callixte Kayitare, le responsable du bureau du PAM à Tombouctou. « Si une famille ou un ménage accueille ne serait-ce que quelques personnes, sa nourriture s'épuisera plus rapidement ».

« En ce moment, nous vivons dans des conditions très précaires, car les personnes qui nous hébergent sont elles-mêmes très pauvres. Nous avons des enfants, certains sont étudiants et ont perdu presque une année scolaire ».

Tentatives d'aide

L'insécurité dans le nord du Mali, où l'armée a été chassée par les rebelles touaregs avec l'aide de plusieurs groupes islamistes en 2012, constitue encore un défi pour les travailleurs humanitaires qui essayent de venir en aide aux populations déplacées et aux communautés d'accueil.

En mars, le Comité international de la Croix-Rouge a interrompu toutes ses activités à l'extérieur des zones urbaines après une attaque meurtrière contre l'un de ses véhicules. Au début du mois, l'organisation non gouvernementale (ONG) espagnole Action contre la faim (ACF) a évacué ses personnels non essentiels de la région après le meurtre d'un de ses employés.

« Les agresseurs sont partis avant l'arrivée des soldats »

Les organisations d'aide humanitaire encore présentes sur place, comme l'agence humanitaire des Nations Unies, OCHA, le PAM et Handicap International ainsi que plusieurs partenaires locaux, disent qu'elles prévoient de distribuer des fournitures prépositionnées, y compris de l'aide alimentaire, avant la fin du mois.

« Nous étions préparés pour la période de soudure, cela nous a permis d'intervenir rapidement au début de la crise », a dit Maude Berset, qui travaille pour le PAM à Bamako.

Mais, à cause de la poursuite des attaques et du mauvais état des routes, le temps est compté pour distribuer ces fournitures aux personnes dans le besoin avant le début de la saison des pluies.

« Acheminer les fournitures jusqu'à Tombouctou représente un défi logistique, mais nous l'avons déjà fait auparavant et nous sommes bien préparés », a dit Ngolo Diarra d'OCHA. 

Manque de protection

La MINUSMA, la mission des Nations Unies au Mali, a déployé 9 000 soldats du maintien de la paix au Mali et la France environ 1 000 soldats. L'armée du Mali est également présente dans le nord du pays. Il est cependant très difficile de prévenir les attaques contre les populations civiles, notamment dans les villages isolés.

« Ils font leur possible en matière de protection, mais c'est une zone désolée », a dit le colonel Souleymane Maiga, un porte-parole de l'armée malienne. « Il n'y a pas de routes et les soldats ne peuvent pas assurer la sécurité dans chacun des villages dispersés dans le désert ».

Certains groupes armés sont originaires de la région et la connaissent très bien, a jouté le colonel. Cela leur permet de mener des attaques à la sauvette.

« Les agresseurs sont partis avant l'arrivée des soldats », a-t-il dit.

La question de la santé aussi est inquiétante, particulièrement dans les campements de fortune.

« Quand des gens sont entassés dans des campements, sans accès à l'eau potable et à un assainissement adapté, il y a toujours un risque de choléra et d'autres maladies », a dit Alassane Aguili, un représentant de l'ONG de développement Africare, basée en Afrique.

Plusieurs cas de diarrhée ont déjà été recensés cette semaine, notamment chez de jeunes enfants, d'après Africare.

Nulle part où aller

Peu de solutions s'offrent aux populations qui essayent de fuir les villages situés autour de Tombouctou en raison de la situation géographique peu avantageuse - entre le fleuve Niger et le rude désert du Sahel.

 Au nord de ce territoire, des rebelles et des criminels armés continuent d'attaquer les villages et les campements installés dans le désert.

« Leurs maisons ont été pillées et leurs champs détruits »

La bande de terre située au sud, où beaucoup de personnes cherchent refuge, ne fait que quelques kilomètres de large et il faut traverser une rivière pour l'atteindre.

Les Nations Unies et les agences d'aide humanitaire expliquent qu'elles essayent de déterminer si les personnes récemment déplacées prévoient de s'installer à long terme ou de rentrer chez elles rapidement.

Mais tandis que les attaques se poursuivent, M. Aguili a dit avoir des doutes sur le fait que ces populations rentrent bientôt chez elles.

« Leurs maisons ont été pillées et leurs champs détruits », a-t-il dit à IRIN. « Elles n'ont plus rien là-bas ».

Mme Kola a dit que sa famille rentrerait à Bintagoungou si la situation était sûre et si les gens pouvaient travailler sans crainte.

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