Des civils tués dans le bombardement du Yémen par l'Arabie saoudite

Dans le cadre de leur campagne de bombardement du Yémen, l'Arabie saoudite et ses alliés ont frappé des quartiers résidentiels, selon des habitants et des groupes de défense des droits de l'homme.

Des dizaines d'avions saoudiens ont commencé à bombarder Sana’a, la capitale, jeudi aux premières heures, dans le but d'écraser le mouvement rebelle houthiste qui s'est emparé de la ville en septembre.

Un certain nombre de cibles militaires ont été atteintes, mais le quartier pauvre et surpeuplé de Bani Hewat, près de l'aéroport international de Sana’a, a lui aussi été fortement touché.

Yaser Al-Habashi, un vendeur de qat (plante stimulante mâchée par de nombreux Yéménites) âgé de 53 ans, est rentré chez lui retrouver ses six enfants mercredi soir. Alors qu'il était au lit, deux énormes explosions ont détruit sa maison et tué toute sa famille.

« Au nom d'Allah, qu'est-il devenu de ma famille et de mes voisins ? Ont-ils tous été tués ? Est-ce que quelqu'un est encore en vie ? » se lamentait M. Al-Habashi lorsqu'il a été dégagé des décombres pour être conduit à l'hôpital public d'Al-Thawrah.

D'après des voisins, deux premières frappes ont touché l'aéroport, mais, plus tard, deux autres sont tombées sur le quartier résidentiel.

Ahmed Jawhar, 48 ans, a raconté s'être réveillé après la première bombe et avoir découvert son mur en partie détruit. Il a alors couru dehors et vu un enfant pleurant dans la maison de ses voisins.

« J'ai essayé de sauver l'enfant de quatre ans de mes voisins, mais la deuxième [bombe a touché leur] maison et l'enfant a disparu », a raconté M. Jawhar. Toute cette famille de huit personnes aurait été tuée.

D'après Amnesty International, au moins 25 personnes sont mortes dans les bombardements, dont six ou plus âgés de moins de dix ans. Mais de nombreuses autres personnes pourraient être enterrées sous les décombres.

L'organisation a parlé au personnel médical de quatre hôpitaux différents et en a conclu que 14 maisons avaient été touchées par le bombardement.

« Le nombre élevé de morts et de blessés parmi les civils soulèvent des préoccupations en ce qui concerne le respect du droit humanitaire international. L'Arabie saoudite et les autres forces armés opérant des frappes aériennes au Yémen doivent prendre toutes les précautions possibles pour épargner les civils », a dit Said Boumedouha, directeur adjoint du programme d'Amnesty International au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

« Elles doivent notamment vérifier que les cibles sont effectivement militaires et avertir les civils suffisamment à l'avance, à moins que les circonstances ne le permettent pas. »

Le groupe de défense des droits de l'homme a confirmé qu'il surveillerait d'éventuelles violations futures de ces règles en observant si des infrastructures civiles sont prises pour cible.

Hamoud Al-Naqeeb, haut fonctionnaire local, a condamné l'impact des bombardements sur les civils. Il a appelé l'État à soigner les blessés et à indemniser les familles des victimes.

Les habitants se sont cependant plaints de n'avoir pas reçu suffisamment d'aide des autorités pour chercher d'éventuels survivants parmi les décombres.

« Les équipes d'urgence et de la protection civile de l'État sont venues le matin, ont emmené les blessés et sont reparties sans même essayer de déblayer les décombres et de sauver d'autres vies », a dit Mu'amar Sarhan, un habitant. « Les proches [des disparus] et certains habitants tentent en revanche désespérément de retrouver d'autres victimes. »

Les crises au Yémen
14,7 millions de personnes - près des deux tiers de la population- ont besoin d’une aide humanitaire.
13,1 millions de personnes - près la moitié de la population - n’ont pas accès à l’eau potable et à des systèmes d’assainissement
Les organisations d’aide humanitaire ont reçu 56 pour cent des 596 millions de dollars demandés pour répondre aux besoins humanitaires.
10,6 millions de personnes ne savent pas de quoi sera fait leur prochain repas.
 8,6 millions de personnes n’ont pas accès à des soins de santé adéquats.
 840 000 enfants souffrent de malnutrition aigüe
334 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays.
 Sources: HCR, PAM, OCHA, OMS, UNICEF

Toute la journée de jeudi, des centaines de familles ont quitté la zone après avoir été averties de la possibilité de nouveaux bombardements le soir même.

« Nous quittons notre maison pour [nous rendre dans] notre village [d'origine] à Al-Taweelah, dans le gouvernorat d'Al-Mahwit, à l'ouest du pays, car nous avons entendu des avertissements sur les chaînes satellites du Golfe disant [que nous avions] jusqu'à 21 heures pour partir », a expliqué Mohammed Ali Dhaiban.

Tout espoir d'une fin rapide de la violence s'est évanoui jeudi soir, lorsque le chef du mouvement houthiste soutenu par l'Iran, Abdulmalik al-Houthi, a déclaré que le pays serait « le cimetière des envahisseurs ». L'Arabie saoudite et l'Égypte ont dit être prêtes à lancer une invasion terrestre le cas échéant.

Amnesty a par ailleurs appelé les forces armées houthistes et yéménites à protéger les civils tandis que le pays sombre dans la guerre.

L'Arabie saoudite s'est alliées avec d'autres États du Golfe, la Turquie, le Soudan et le Pakistan. Ils ont demandé aux houthistes de se retirer et de laisser le président Abdu Rabu Mansour Hadi reprendre ses fonctions. M. Hadi lui-même se serait réfugié à Riyad, la capitale saoudienne.  

Tous les vols en provenance des aéroports de Sana'a, d'Hodeida et de Sa'ada ont été annulés après les bombardements de jeudi. À la tombée de la nuit, le bruit des bombes a de nouveau résonné dans la ville.

Article connexe : Le Yémen s'effondre, la population se prépare au pire  

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