Les Syriens pourraient perdre leur statut de réfugié au Liban

Des centaines de milliers de Syriens du Liban risquent de perdre leur statut de réfugié après la mise en place de nouvelles réglementations relatives à la délivrance de visas, d'après les Nations Unies.

L'année dernière, le Liban - qui accueille plus d'un million de réfugiés enregistrés - a annoncé la mise en place de nouvelles restrictions à l'entrée des Syriens sur son territoire. Si les médias se sont concentrés sur les nouvelles arrivées aux frontières, les mesures ont également compliqué la tâche des personnes qui essayent de conserver leur statut de réfugié.

Conformément au nouveau système qui entre en vigueur progressivement, alors que les visas des réfugiés arrivent à expiration, les Syriens doivent produire des documents difficiles à obtenir, s'engager à ne pas travailler et payer la somme de 200 dollars par personne.

D'après Dana Sleiman, porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), il est devenu « pratiquement impossible » à beaucoup de réfugiés de conserver leur statut juridique.

« Il y a un risque sérieux que la majorité des réfugiés perdent leur statut juridique à cause des nouvelles procédures onéreuses pour qu'ils puissent prolonger leur séjour tous les six mois », a-t-elle dit. « [Ensuite] ils seront exposés au risque d'être arrêtés et placés en détention ».

Des bidonvilles, pas des camps

A quelques minutes de la ville de Sidon, située au sud du pays, environ 850 personnes vivent dans un parking abandonné. Le site compte 15 latrines, mais une seule est encore utilisable. Mohammed, 7 ans, a des coupures sur le visage : le plafond s'est effondré sur lui il y a trois semaines.

Les familles ont choisi de s'installer sur ce site parce qu'il était inoccupé et donc gratuit, mais peu de temps après leur arrivée, des familles libanaises se sont présentées et ont dit être propriétaires de plusieurs parcelles du parking.
  
« Ils n'ont pas de document prouvant qu'ils sont propriétaires, mais si nous ne les payons pas, ils appelleront la police », a dit Sami, qui vit sur place. Ce père de deux enfants est originaire de la ville de Homs, dans le centre de la Syrie. Il a expliqué qu'un logement classique – partagé par trois familles – coûtait environ 100 dollars par mois.

Le site n'est pas classé comme « campement informel », ce qui veut dire que si les résidents veulent continuer d'être enregistrés auprès du HCR, ils doivent présenter une attestation d'hébergement fournie par leur logeur et s'engager à prévenir les autorités lors de leur déménagement. Ils doivent en outre produire un certificat délivré par le mukhtar (maire du district) local et indiquant que la propriété appartient au logeur. Dans leur cas, leurs chances d'obtenir les documents nécessaires sont quasiment nulles.

« Je voudrais un renouvellement, mais si j'en demande un, il faut qu'un [logeur] libanais m'accompagne », a dit Sami. « Pour les Syriens, c'est impossible. Si je me présente à un point de contrôle, ils me metteront en prison ».

Les réfugiés syriens doivent également payer 200 dollars par adulte et s'engager à ne pas travailler sous peine d'être emprisonné. Cependant, leur seul revenu officiel vient d'être amputé d'un tiers.
Jusqu'en décembre, chaque réfugié percevait 27 dollars par mois pour couvrir ses dépenses alimentaires, mais cette allocation a été ramenée à 19 dollars. Joelle Eid, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), a confirmé que la baisse était liée au manque de fonds dont souffre l'organisation.

Mme Sleiman a dit que le HCR avait demandé au gouvernement libanais de réduire les frais pour éviter que des milliers de réfugiés perdent leur droit de rester au Liban. Elle a ajouté que la décision d'interdire aux réfugiés de travailler accroît la pression financière qui pèse sur les Nations Unies alors que les fonds commencent à manquer.

Le paiement des frais de 200 dollars n'est pas nouveau, mais jusqu'en janvier, les réfugiés qui n'avaient pas les moyens de les payer traversaient la frontière syrienne, puis revenaient dans le pays pour obtenir un nouveau visa – ce qui leur permettait de ne pas payer les frais de renouvellement. Le renforcement des contrôles à la frontière ne leur permet plus de le faire.

L'impact est terrible pour ceux qui perdent leur statut juridique. Selon un rapport rédigé l'année dernière, les Syriens qui résident illégalement au Liban préfèrent souvent ne pas quitter leur logement de peur d'être arrêtés, et ce même quand ils sont malades. Les enfants vont souvent travailler à la place des adultes, car ils ont moins de risques d'être arrêtés.

George Antoun, directeur-pays de l'organisation non gouvernementale (ONG) Mercy Corps au Liban, a dit craindre une augmentation du nombre de personnes qui ne font pas renouveler leurs papiers auprès du HCR.

« Si les gens ont la possibilité d'avoir des papiers, je dirais que 100 pour cent d'être eux vont le faire. Je n'ai pas rencontré un seul réfugié qui choisirait d'être clandestin. Mais s'ils n'ont pas les moyens, quel choix leur reste-t-il ? ».

Le Liban paye les frais

Depuis janvier, une légère augmentation du nombre de raids aériens libanais sur les communautés syriennes a été enregistrée à travers le pays.

Les autorités gouvernementales mettent en avant le lourd fardeau porté par le Liban – qui compte environ quatre millions d'habitants – qui a accepté un nombre important de réfugiés. Une  étude réalisée par la Banque mondiale a montré que jusqu'à 170 000 Libanais s'étaient enfoncés dans la pauvreté en raison de la guerre menée par leur pays contre leur imposant voisin.

Des formalités de plus en plus difficiles

Depuis le 22 janvier, les réfugiés syriens qui souhaitent renouveler leur statut ont besoin :

de documents d'enregistrement du HCR
d'une attestation de location du logeur
d'un certificat fourni par le mukhtar indiquant que le bien appartient au propriétaire-
d'un engagement signé par le réfugié à ne pas travailler, sous peine d'emprisonnement

« Il n'y a pas de volonté de faire baisser le nombre de Syriens, non. La décision est de le gérer, de s'assurer que chaque personne qui s'enregistre en tant que réfugié est dans le besoin et n'est pas juste là pour profiter de l'aide ».

Quand on lui a demandé si les réfugiés étaient en mesure de payer les frais, il a dit qu'ils n'étaient pas excessifs, car les visas duraient jusqu'à un an. « Deux cent dollars, cela représente moins d'un dollars par jour ».

Il a ajouté qu'il craignait que certains réfugiés ne payeraient pas et resteraient dans le pays illégalement. « Cela nous inquiète et nous essayons de trouver des mécanismes concrets pour que les Syriens enregistrés auprès du HCR renouvellent leur statut de résident. Nous sommes conscients des risques et le ministre est en contact avec le HCR pour faciliter et encourager les Syriens à venir renouveler leur statut de résident ».

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