Les armées de la région augmentent la pression contre Boko Haram

Obi Anyadike
Rédacteur pour l'Afrique

Le Nigeria et ses voisins ont lancé une offensive militaire de grande ampleur qui leur a permis de reprendre à Boko Haram plusieurs localités frontalières. Cette opération se déroule tout juste avant des négociations qui auront lieu au Cameroun pour convenir des modalités de l’intervention d’une force spéciale de 7 500 soldats proposée par l’Union africaine pour faire face au mouvement islamiste.

Les troupes tchadiennes se sont introduites dans le nord-est du Nigeria et ont repris le contrôle d’au moins trois localités : Gamboru, Ngala et Malam Fatori.

« [Le Tchad et le Cameroun] agissent dans leur propre intérêt national pour repousser Boko Haram vers le Nigeria, » a dit à IRIN Jibrin Ibrahim, politologue et chroniqueur. 

L’armée nigériane, ranimée par ses nouveaux équipements – dont des chars T-72 modernisés et des hélicoptères de combat – s’est elle aussi lancée dans une offensive et aurait repris la main sur un certain nombre de villes et villages des États de Borno et d’Adamawa. Les observateurs sont de plus en plus convaincus que Boko Haram est mis en difficulté. 

Le 1er février, un assaut majeur de Maiduguri, la capitale de l’État de Borno, par Boko Haram a été repoussé, faisant de nombreuses victimes parmi les extrémistes. Selon certains analystes, l’attaque de la ville, la deuxième en une semaine, pourrait être due au fait que Boko Haram a été chassé des zones frontalières qu’il contrôlait depuis près d’un an.

Une nouvelle menace pour les civils

Ce regain de vigueur militaire soulève cependant des préoccupations concernant la protection des civils dans les régions les plus reculées où les combats ont été les plus violents et où ont été menées des frappes aériennes avec des projectiles non guidés.

« Nous savons de quelles [exactions] Boko Haram est capable et il a déjà été fait état de violations commises par les troupes nigérianes », a dit Clement Nwankwo, avocat spécialisé dans la défense des droits de l’homme. « Nous devons certainement nous inquiéter aussi des activités des soldats tchadiens et camerounais. » 

Cette offensive coordonnée précède la réunion du 5 au 7 février à Yaoundé dont l’objectif est de convenir des derniers détails d’organisation de la Force spéciale mixte multinationale prévue par l’Union africaine. Les discussions rassembleront des représentants de l’Union africaine, des Nations Unies, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et de la Commission du bassin du lac Tchad. Tous espèrent parvenir à un accord sur les questions de commandement et de contrôle, les règles d’engagement et le partage de renseignements, a dit à IRIN un diplomate africain basé à Addis Abeba, où se trouve le siège de l’Union africaine.  

Une lutte mondiale ?

La décision du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine de déployer une force spéciale a été motivée par la frustration à l’échelle du continent face à l’incapacité du gouvernement nigérian d’écraser Boko Haram, a dit le diplomate. L’État n’ayant pas réussi à résoudre ce problème essentiellement local, les insurgés ont pu s’étendre au-delà des frontières du pays, menaçant notamment le nord-ouest du Cameroun voisin. Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon a lui aussi tiré la sonnette d’alarme quant au danger croissant que représente le groupe extrémiste.

Le Nigeria préfère manifestement passer des accords de sécurité bilatéraux avec ses voisins plutôt que d’internationaliser le problème Boko Haram. Mais après cinq ans d’échec militaire « nous sommes sur les genoux – l’heure est venue de supplier, pas d’être orgueilleux », a dit M. Ibrahim. À l’approche des élections du 14 février, le gouvernement sait pertinemment que ses défaillances militaires et ses erreurs d’appréciation politiques lui font perdre des voix.

Intégrer le conflit à la lutte mondiale contre le terrorisme sauve quelque peu l’honneur du Nigeria. La décision de déploiement de l’Union africaine est partie d’une demande faite en janvier par les six nations de la Commission du bassin du lac Tchad d’une extension du mandat de la Force spéciale mixte multinationale déjà existante, composée du Nigeria, du Tchad et du Niger et conçue à l’origine pour lutter contre la contrebande grâce à une collaboration interfrontalière limitée.

En 2012, la Force spéciale avait reçu la mission supplémentaire de lutter contre Boko Haram. La prise de son siège à Baga, au Nigeria, par les extrémistes en janvier a souligné l’étendue de son incapacité. Le Tchad et le Niger se seraient retirés au lendemain de cette défaite.

L’union fait la force

L’Union africaine envisage quelque chose de bien plus ambitieux pour la Force spéciale mixte multinationale élargie. La déclaration du 29 janvier autorisant sa création évoque la protection des civiles, le soutien aux premières étapes du programme de désarmement, démobilisation et réintégration et l’aide « dans la limite de ses capacités » aux « opérations humanitaires et à l’acheminement de l’aide aux populations touchées ».

La Force spéciale sera « réellement multinationale », a dit le diplomate. Jusqu’à présent, seul le Bénin a signé pour contribuer de ses troupes, en plus du Nigeria, du Tchad, du Niger et du Cameroun. Mais l’Union africaine cherche avant tout à obtenir un mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies, ce qui lui permettrait d’obtenir un soutien financier et logistique, a dit à IRIN Muktar Usman-Janguza, analyste londonien.

Atteindre le plafond de 7 500 soldats va cependant prendre du temps. Tout comme obtenir la permission de se déployer au Nigeria de la part d’une classe politique et militaire encore habituée à considérer le pays comme une superpuissance africaine, a dit le diplomate d’Addis Abeba.

La proposition de l’Union africaine est toutefois bien perçue par la majorité des Nigérians. « C’est mieux que d’avoir des forces américaines ou françaises sur le sol nigérian », a dit M. Nwankwo. « La grande majorité de la population est favorable à [ce déploiement] et avec le soutien des Nations Unies, l’avantage serait d’avoir une force relativement plus disciplinée, avec des règles d’engagement définies par la communauté internationale. »

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