Progrès et lacunes du traitement contre le VIH en Ouganda

Au cours des trois dernières années, l’Ouganda a plus que doublé le nombre d’enfants admissibles à la thérapie antirétrovirale (ART en anglais). En parallèle, les infections pédiatriques au VIH sont en chute libre. Cependant, près de six enfants ayant besoin d’une ART sur dix ne reçoivent pas encore de traitement.

Les nouveaux chiffres relatifs à l’accès des enfants aux antirétroviraux ont été publiés dans l’évaluation à mi-parcours du Plan stratégique national de lutte contre le VIH/SIDA (2011-2015) présentée en septembre par la Commission ougandaise sur le SIDA (UAC en anglais).

Selon l’UAC, 41 520 enfants ont suivi une ART en 2013, contre seulement 17 278 en 2010. Sur cette période de trois ans, le nombre d’adolescents sous traitement est passé de 11 660 à 26 022.

D’après le rapport, la proportion d’enfants séropositifs admissibles à l’ART a augmenté, passant de 25 pour cent en 2011 à 41 pour cent [41 520 sur un nombre d’enfants estimé à 107 000] en 2013.

« Nous avons accéléré l’habilitation de centres d’ART, mobilisé les ressources financières et humaines nécessaires pour permettre l’accès aux soins et au traitement à encore plus d’enfants et d’adolescents, afin de leur donner une chance de survie », a déclaré à IRIN Asuman Lukwago, secrétaire permanent au ministère de la Santé. M. Lukwago a signalé le recrutement de quelque 7 000 travailleurs sanitaires et l’habilitation de 834 centres.

Sarah Opendi, secrétaire d’État pour la santé primaire, a reconnu qu’il restait encore beaucoup de chemin à parcourir, car 59 pour cent des enfants et 71 pour cent des adolescents admissibles ne reçoivent pas la thérapie antirétrovirale à laquelle ils ont droit.

« Le principal obstacle à l’expansion de l’ART destinée aux enfants et aux adolescents en Ouganda concerne les ressources financières et humaines [nombre de travailleurs sanitaires]. Nous n’avons pas suffisamment de travailleurs sanitaires qualifiés pour l’ART destinée aux enfants et aux adolescents », a-t-elle déclaré à IRIN.

« Au niveau gouvernemental, nous n’avions pas de politique spécifique concernant l’ART destinée aux enfants et aux adolescents. Nous avons, par le passé, privilégié l’ART réservée aux adultes. Cela a changé en 2013, quand les nouvelles directives thérapeutiques pédiatriques sont apparues », a-t-elle ajouté.

D’après ces directives, tous les enfants et adolescents séropositifs doivent pouvoir bénéficier d’une ART.

« Nous recevons des fonds de l’UNICEF, de l’USAID [Agence des États-Unis pour le développement international] de Clinton Health Access Initiatives et du Fonds mondial [de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme]. Grâce à leur financement et à leur soutien, nous devrions désormais être en mesure de proposer un traitement et des soins contre le VIH à tous les enfants et adolescents séropositifs », a-t-elle ajouté.

David Opwonya, un ancien fonctionnaire qui dirige aujourd’hui un centre médical privé dans le nord de l’Ouganda, s’est montré plus critique. Il a reproché au gouvernement « sa mauvaise gestion et son manque de sérieux » qu’il estime responsables du faible champ d’application de l’ART.

« De nombreux établissements ont des moyens limités, notamment les unités périphériques de traitement et soins pédiatriques contre le VIH », a-t-il dit à IRIN. Il a signalé que l’épuisement des stocks de médicaments, l’approvisionnement insuffisant en kits de dépistage du VIH et les défaillances dans le suivi des personnes traitées compromettaient la prise en charge des enfants et des adolescents, ainsi que la continuité des soins.

Davantage de centres d’ART et de travailleurs sanitaires

Les chiffres de l’UAC révèlent également que le nombre de nouvelles infections pédiatriques est passé de 28 000 en 2011 à 9 000 en 2013. Le ministère de la Santé a attribué ce progrès à la mise en oeuvre d’un protocole appelé « Option B+ ». Ce protocole permet de proposer aux femmes enceintes de suivre une ART à vie, quel que soit leur bilan CD4 – qui mesure le niveau de résistance du système immunitaire. Généralement, la thérapie antirétrovirale est uniquement recommandée lorsque le comptage CD4 est inférieur à 350 par millimètre cube de sang.

Les spécialistes du VIH en Ouganda ont bien accueilli ces nouvelles statistiques, tout en émettant quelques réserves.

« L’augmentation des enfants sous traitement est un pas dans la bonne direction étant donné le fait que les enfants qui commencent le traitement tôt obtiennent de meilleurs résultats », a déclaré Paul Mayende, coordonnateur des communications pour Baylor College of Medicine Children’s Foundation, une organisation à but non lucratif qui soigne les enfants atteints par le VIH.

« Il y a cinq ans, les enfants pouvaient être soumis à un premier test de dépistage du VIH à neuf mois », a indiqué M. Mayende. « Actuellement, nous procédons au dépistage dès six semaines. Cela implique que les enfants soient identifiés très tôt au début de leur vie et reçoivent un traitement et des soins. Sans soins ni traitement, les enfants ne survivent pas au-delà de leur cinquième année. »

Selon Milly Katana, militante engagée depuis longtemps dans la lutte contre le VIH et directrice nationale de l’International HIV/AIDS Alliance en Ouganda, il reste encore énormément de progrès à accomplir.

« Cela a été un long chemin et un long combat », a déclaré à IRIN Mme Katana. « Je suis impatiente que toutes les personnes – enfants, adolescents et adultes – atteintes par le VIH et dont l’état est compatible avec la thérapie, puissent un jour y accéder. »

D’après Mme Katana, la condamnation sociale demeure un obstacle majeur. « Le VIH ne doit plus être un tabou pour que les gens n’aient plus peur d’en parler et qu’ils réclament des soins », a souligné Mme Katana. « L’environnement juridique dans lequel nous vivons aujourd’hui empêche tout simplement cela », a-t-elle dit. Elle faisait référence à la récente loi antihomosexualité – que le gouvernement tente par tous les moyens de refaire passer après le rejet de la Cour constitutionnelle plus tôt cette année – et aux dispositions de la loi de prévention et de gestion du VIH/SIDA de 2014 sur la criminalisation de la transmission volontaire du VIH – qui suscitent la controverse. 

Dennis Odwe, directeur exécutif d’AGHA, une organisation ougandaise de défense de la cause de la santé, des droits de l’homme et de lutte contre le VIH/SIDA, a insisté sur l’importance d’une approche équitable dans le champ d’application de l’ART.

M. Odwe a déclaré à IRIN que les personnes âgées étaient prioritaires par rapport aux enfants à l’heure actuelle. « À cause de cela, certains enfants sont déjà en train de mourir et davantage mourront s’ils n’ont pas accès à une ART », a prévenu M. Odwe, ajoutant qu’il était clair que l’État réclamait davantage d’investissement.

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