Poussée des cas de polio au Pakistan

Cette année promet d'être l'une des plus sombres de l'histoire récente du Pakistan en ce qui concerne la polio. Selon les chiffres de l'Initiative mondiale pour l'éradication de la poliomyélite (GPEI, en anglais), 166 cas de polio ont été confirmés cette année, contre 28 à la même époque l'année dernière.

Il y a de fortes chances que la barre des 199 cas officiellement enregistrés en 2000, ou des 198 cas de 2011, soit dépassée. Il s'agit là d'un recul considérable pour un pays qui affichait 28 cas pas plus tard qu'en 2005, et où tout laissait penser qu'une éradication de la polio était en cours. L'an dernier, le nombre de cas s'est élevé à 93, d'après la GPEI.

Selon la ministre pakistanaise de la Santé, Saira Afzal Tarar, les régions les plus sévèrement touchées sont les zones tribales sous administration fédérale (Federally Administrated Tribal Areas, FATA) et la province de Khyber Pakhtunkhwa, où les rebelles s'opposent à la vaccination.

« Le Pakistan présente un environnement d'éradication de la polio parmi les plus complexes du monde », a dit Ban Khalid Al-Dhayi, le porte-parole du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), à IRIN. « Les régions où le poliovirus subsiste sont caractérisées par le manque d'accès, la violence, la diffusion au quotidien d'idées fausses et d'informations erronées, ainsi que par des normes et des systèmes tribaux et culturels complexes. »

Les « mouvements de population de masse quotidiens » ont également été cités par UNICEF comme un problème essentiel.

M. Al-Dhayi a dit que le déplacement récent de plus d'un million de PDIP comme conséquence de l'opération militaire en cours au Waziristan du Nord a suscité la crainte que le virus se propage à des régions épargnées jusqu'alors. Plus de 400 000 enfants ont été vaccinés à des points de transit tandis qu'ils fuyaient la zone de conflit des FATA et s'établissaient dans des communautés d'accueil dans les provinces de Khyber Pakhtunkhwa, Punjab et Sindh.

Les PDIP établis dans certaines régions du Punjab en proie aux inondations pourraient également accroître les risques.

Les responsables de la santé du Khyber Pakhtunkhwa en poste au service provincial de surveillance de la polio (Provincial Polio Control Room, PPCR) à Peshawar sont également d'avis que l'afflux de PDIP s'accompagne de risques accrus en matière de polio. Selon les médias, ils démentent en revanche toute baisse des refus (personnes refusant d'être vaccinées) et incriminent les responsables de la communication des Nations Unies sur ce point.

Le nombre de refus a augmenté selon les chiffres du PPCR, passant de 4 200 lors de la campagne de vaccination contre la polio menée du 6 au 8 juin à 12 043 pour celle menée du 23 au 25 juin. UNICEF affirme pour sa part avoir constaté un net recul des refus et estime que la mobilisation sociale et les opérations de sensibilisation ont porté leurs fruits.

De leur côté, les PDIP semblent très désireuses de se voir administrer le vaccin : « Je voulais absolument que mes trois jeunes enfants soient vaccinés, et j'ai fait la queue avec de nombreuses autres personnes lorsque les vaccins sont arrivés », a dit Aziz Dawar, qui a fui le Waziristan du Nord mi-juin. Il a dit à IRIN que ces trois enfants âgés de 2 à 8 ans n'avaient toujours pas été vaccinés.

Des systèmes de prévention insuffisants

Le 1er juin, le Pakistan a mis en application une recommandation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) - jugée draconienne par certains - selon laquelle toute personne quittant le Pakistan doit présenter un certificat de vaccination contre la polio, afin d'éviter une exportation du virus.

Avant cette initiative, le coordinateur d'urgence pour l'éradication de la polio au Pakistan, Elias Durry, expliquait à IRIN que le Pakistan avait été « officieusement étiqueté » de « pays exportateur de polio » lorsque des souches du virus originaires du pays avaient été retrouvées en Chine, en Syrie, en Égypte, en Israël et en Palestine. « Il ne faut plus qu'il y ait d'importation/d'exportation du virus de la polio dans les six prochains mois au minimum », a dit M. Durry.

Alors qu'officiellement des équipes de vaccination sont présentes dans les aéroports, il semblerait que la mise en ouvre soit plus inégale dans les faits. Certains voyageurs ont raconté avoir pu voyager sans se faire vacciner.

« Tout ça c'est sur papier. Dans la réalité, personne ne s'embête avec des vaccins ou des certificats », a dit à IRIN un fonctionnaire de l'aéroport de Lahore qui a souhaité garder l'anonymat. Une pénurie de vaccins a déjà freiné les campagnes anti-polio.

Interrogée à ce sujet, la ministre de la Santé Saira Afzal Tarar a dit à IRIN : « un prêt de la Banque islamique de développement pour lequel j'ai milité a enfin été obtenu, si bien que nous devrions être en mesure de fournir de nouveaux vaccins de manière plus efficace ». La ministre a dit que les modalités du prêt, y compris son montant, restaient encore à préciser.

Une mauvaise approche ?

« Notre approche n'est pas la bonne », a dit Anita Zaidi, chef du service de pédiatrie de l'hôpital Aga Khan de Karachi, à IRIN. Elle a dit que le fait de s'être exclusivement focalisé sur la polio avait eu un effet négatif, et que ce vaccin devrait s'accompagner d'autres vaccins.

Sur le terrain, le message peine encore à être entendu.

« Pourquoi rien n'est fait pour empêcher que nos enfants soient handicapés par cette horrible maladie ? », a dit Azra Bibi à Bannu. L'enfant de sa cousine a attrapé la polio il y a cinq ans et peut à peine marcher. « On n'arrête pas d'apprendre de nouveau cas. » Elle a rapporté avoir elle-même dû se battre contre ses beaux-parents pour faire vacciner ses deux filles.

« Ils disaient que le vaccin les rendrait stériles, mais j'ai parlé aux médecins et aux professeurs qui sont instruits, et je sais que c'est un mensonge », a dit Azra, qui se rend régulièrement dans un camp de PDIP pour encourager les mères à faire vacciner leurs enfants contre la polio.

« Je veux protéger nos enfants », a-t-elle dit.

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