Nouvelles difficultés pour les PDIP dans l’Etat de Rakhine au Myanmar

Les dernières fortes pluies qui se sont abattues sur l’Etat de Rakhine, à l’ouest du Myanmar, conjuguées au contrecoup du récent départ des travailleurs humanitaires suscitent des inquiétudes pour la santé des plus de 140 000 personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP). La majorité d’entre elles appartiennent à la minorité musulmane des Rohingyas, victime de persécutions.

Les émeutes qui ont éclaté au mois de mars sur fond de tensions liées à la perception de favoritisme à l’égard des musulmans Rohingyas ont contraint les travailleurs humanitaires internationaux à se retirer de la région. L’aide a fait son retour, mais les personnes déplacées par les violences intercommunautaires en 2012 sont encore hébergées dans des camps sordides. D’après les Nations Unies, 700 000 autres personnes vulnérables installées à l’extérieur des camps bénéficiaient de l’aide offerte par plusieurs agences.

« Lorsqu’il pleut abondamment, certains camps sont inondés, et les personnes âgées et les enfants deviennent très vulnérables aux maladies », a dit un travailleur de santé local qui a demandé à garder l’anonymat. « Les personnes déplacées sont également vulnérables aux maladies d’origine hydrique, comme la diarrhée, et aux maladies de peau, car les toilettes, quand elles existent, sont inondées et débordent en raison des pluies », a-t-il dit à IRIN.

D’après les chiffres fournis par le gouvernement, l’Etat de Rakhine a reçu environ 137 centimètres de précipitations jusqu’à présent en 2014. Les données antérieures [ http://www.hko.gov.hk/wxinfo/climat/world/eng/asia/se_asia/sittwe_e.htm ] montrent que le mois de juillet est généralement le plus pluvieux à Rakhine, ce qui veut dire que l’Etat pourrait recevoir encore 117 centimètres de précipitations ce mois-ci.

D’après Médecins Sans Frontières (MSF), Rakhine, le deuxième Etat le plus pauvre du Myanmar, reçoit moins d’investissements que les autres régions du pays pour financer les soins de santé. Avant le retrait des organisations humanitaires au mois de mars, 47 organisations opéraient dans l’Etat de Rakhine, dont 16 intervenaient dans le secteur de la santé – le secteur le plus représenté. Suite au départ des travailleurs internationaux, le ministère de la Santé a pris en charge la réponse sanitaire.

Aux yeux du droit birman, les Rohingyas sont apatrides de jure. Selon les estimations, le pays compte 800 000 Rohingyas et les groupes de défense des droits de l’homme indiquent qu’ils sont victimes de persécution et de discriminations depuis de longues années.

Un rapport établi en 2014 par Fortify Rights, une organisation de défense des droits de l’homme basée à Bangkok, et intitulé ‘Policies of Persecution: Ending Abusive State Policies Against Rohingya Muslims in Myanmar’, note que « Les Rohingyas n’ont pas le droit d’aller se faire soigner dans les communes ou villages voisins », et que ces politiques, conjuguées à la détérioration de la situation humanitaire dans l’Etat étaient la cause de « décès évitables ».

Cliniques de santé mobiles

Les organisations humanitaires s’efforcent de reprendre leurs activités dans l’Etat de Rakhine. Certains services se sont améliorés au cours des mois derniers, mais les lacunes humanitaires et les risques qu’elles engendrent sont réelles, disent les autorités.

« Les personnes déplacées ont accès aux soins facilement et sans délai, car il y a des cliniques mobiles à quelques minutes de marche des camps », a dit un responsable gouvernemental qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat en raison de l’interdiction de s’exprimer dans les médias. Il a ajouté que des épidémies de diarrhée étaient apparues dans certains camps, mais qu’elles avaient été contrôlées.

D’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), 15 équipes géraient des cliniques mobiles destinées aux PDIP dans l’Etat de Rakhine à la fin du mois de mai contre 11 le mois précédent.

« Etant donné que les camps [de PDIP] sont bondés, les maladies transmissibles peuvent se propager facilement parmi les populations », a reconnu un responsable du gouvernement, avant d’ajouter que les grippes et les rhumes étaient courants chez les résidents des camps.

Les responsables humanitaires indiquent que les services restent limités.

« Certaines activités essentielles sont réduites », a dit Pierre Péron, chargé de l’information publique et du plaidoyer pour OCHA au Myanmar. « Il y a encore des difficultés concernant l’orientation des enfants qui souffrent de malnutrition sévère et de complications médicales des camps de PDIP vers l’hôpital de Sittwe, en raison des contraintes encore imposées aux services d’orientation médicale », a-t-il dit, en citant les rapports envoyés à OCHA par les organisations qui interviennent dans l’Etat de Rakhine.

En avril, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a noté que les services offerts à 2 700 enfants de l’Etat de Rakhine souffrant de malnutrition avaient été suspendus suite au départ des organisations d’aide humanitaire.

« Les organisations d’aide humanitaire ont continué à soutenir les équipes médicales mises sur pied par le ministère de la Santé et les institutions de santé publique qui restauraient l’accès des personnes déplacées et des communautés vulnérables aux soins de santé », a dit M. Péron, en évoquant une augmentation du nombre de personnel dans les équipes conjointes de réponse rapide gérées par le gouvernement de 83 à 100 personnes. Cependant, a-t-il expliqué, « MSF-Holland, [qui] avant le mois de mars [était] le principal fournisseur de soins de santé dans l’Etat, n’a pas repris ses activités, ce qui a créé de graves lacunes dans les services, en particulier à Maungdaw et à Buthidaung », deux villes proches de la frontière avec le Bangladesh.

Le lent retour des travailleurs humanitaires

« De nombreuses organisations tournent encore à capacité réduite ; seulement 60 pour cent du personnel des agences des Nations Unies et des organisations non gouvernementales (ONG) internationales avaient pu revenir à Sittwe [la capitale de l’Etat de Rakhine] à la fin du mois de mai », a expliqué M. Péron. Dans de nombreux cas, le facteur contraignant est la disponibilité des infrastructures, a-t-il dit.

Pendant les émeutes du mois de mars, les bureaux d’au moins deux agences des Nations Unies et de plusieurs ONG ainsi que les habitations des travailleurs humanitaires ont été vandalisés, endommagés ou pillés.

En avril, le gouvernement s’est engagé à assurer la sécurité des organisations d’aide humanitaire et « à coopérer avec elles à tous les niveaux », entrainant un retour progressif des agences.

« Le facteur le plus contraignant est le nombre limité de bureaux et d’infrastructures dont disposent les Nations Unies et les ONG internationales dans … une zone désignée où l’on a dit aux organisations humanitaires qu’elles devaient installer leurs bureaux et où le gouvernement fournit une sécurité supplémentaire », a dit M. Péron.

MSF-Holland et Malteser International n’ont pas encore été autorisés à reprendre leurs activités dans l’Etat de Rakhine.

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