Ce que disent les analystes au sujet de la crise de l’eau à Gaza

Les répercussions de l’hiver sec que connaît le Moyen-Orient sont suivies de près à Gaza. Un certain nombre de menaces à la sécurité de l’eau – créées par l’homme, pour la plupart – pèsent en effet déjà sur les 1,9 million d’habitants de la région.

Les publications récentes présentées ci-après mettent en évidence l’épuisement presque total de l’aquifère côtier de Gaza et le lien étroit qui existe entre la sécurité de l’eau et l’approvisionnement en électricité. Elles ont été rédigées par des groupes de réflexion, des analystes et des organisations de défense des droits de l’homme.

Dans les Territoires palestiniens occupés (TPO), la crise énergétique a entraîné une diminution de la disponibilité de l’eau courante dans la plupart des foyers, selon une fiche d’information produite par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA). Plus de 30 pour cent des foyers de Gaza ont de l’eau courante pendant seulement 6 à 8 heures tous les quatre jours.

En mars, une pétition rédigée par le Groupe EWASH [eau, assainissement et hygiène en temps de crise], une coalition regroupant des organisations non gouvernementales (ONG) nationales et internationales et des agences des Nations Unies, et signée par près de 13 000 personnes a été remise au Parlement européen afin de l’inciter à agir pour mettre un terme à la crise de l’eau à Gaza.

« L’échelle et la gravité de la crise de l’eau à laquelle est confrontée la bande de Gaza sont très inquiétantes. En l’absence de mesures correctives immédiates, les dommages causés aux ressources en eau de Gaza pourraient être irréversibles », indique une fiche d’information publiée par l’Autorité palestinienne de l’eau (Palestinian Water Authority, PWA).

Selon la PWA, au moins 90 pour cent de l’eau de Gaza contient des taux élevés de nitrates (NO3) et de chlorures (Cl). L’organisation indique aussi que la quantité d’eau disponible est un problème : la consommation moyenne est de 90 litres par jour par personne, soit une quantité inférieure au seuil minimal recommandé par l’OMS, selon le Groupe EWASH.

On s’attend à ce que la population de Gaza continue de croître dans les années à venir et que les besoins en eau et en électricité augmentent en proportion. La PWA estime aussi que l’électricité nécessaire pour faire fonctionner les installations d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées (qui est actuellement de 29 mégawatts) atteindra 81,5 mégawatts d’ici 2020 en raison de la croissance démographique et de la construction de nouveaux projets liés à l’eau.

« Le manque d’électricité et de carburant pour faire fonctionner les pompes à eau et les puits a entraîné une diminution encore plus marquée de la disponibilité de l’eau courante dans la plupart des foyers, ce qui a accru la dépendance de la population envers les fournisseurs privés non réglementés et fait baisser les normes d’hygiène », indique la fiche d’information sur les TPO publiée en mars par OCHA.

Israël est le principal fournisseur d’électricité des TPO. Ceux-ci ont en effet acheté 4 702 gigawattheures à l’État hébreu en 2012, ce qui représente 89 pour cent de leurs achats d’énergie. La bande de Gaza est alimentée par trois sources : l’électricité achetée à Israël (120 mégawatts) et à l’Égypte (28 mégawatts) et celle produite par la centrale électrique de Gaza (Gaza Power Plant, GPP) (60 mégawatts à l’heure actuelle). Selon OCHA, ces trois sources permettent de satisfaire moins de la moitié de la demande estimée.

Dans un rapport récent sur l’eau dans les TPO, l’organisation Friends of the Earth écrit : « L’injustice en matière d’eau et l’allocation inéquitable de l’eau ont gravement affecté le bien-être social et économique global du peuple palestinien... La majeure partie des ressources en eau sont concentrées entre les mains d’Israël alors même que la population palestinienne souffre de déficits en eau importants. »

Dans un communiqué de presse publié en février, l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem a déclaré que le gouvernement israélien était en grande partie responsable de cette discrimination en raison de ses politiques en matière de gestion de l’eau : « Des quantités minimes d’eau sont fournies aux Palestiniens et l’eau provenant des ressources partagées n’est pas divisée équitablement. »

L’Autorité israélienne de l’eau (Israel Water Authority) estime cependant qu’Israël va bien au-delà de ses obligations en matière de fourniture d’eau aux TPO. L’organisation fait aussi remarquer que le forage non réglementé de puits dans les TPO constitue une menace importante pour l’approvisionnement : « Plus de 300 puits non autorisés ont été creusés par les Palestiniens en Cisjordanie. Ces puits non autorisés pourraient entraîner une dégradation de l’aquifère partagé. C’est ce qui s’est produit avec l’aquifère de Gaza : les puits l’ont rendu presque inexploitable et ont causé une catastrophe écologique. »

Presque toute l’eau de Gaza provient de l’aquifère côtier, que Gaza partage avec Israël. « [P]uisqu’il n’y a aucune coordination politique entre Israël et la bande de Gaza concernant l’aquifère côtier, les deux autorités surexploitent la nappe », indique le Groupe EWASH.

Le rapport des Nations Unies intitulé Gaza in 2020 [Gaza en 2020], publié en août 2012, prévoit que l’aquifère côtier deviendra inexploitable d’ici 2016 et que les dommages seront irréversibles d’ici 2020 si sa dégradation se poursuit au rythme actuel.

En 2009, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a recommandé de cesser complètement l’extraction d’eau de l’aquifère, mais, vu les faibles précipitations et l’absence de cours d’eau coulant toute l’année, les options des Gazaouis sont très limitées.

La PWA a annoncé des plans à long terme pour la construction d’une usine centrale de dessalement et des plans à court terme pour plusieurs projets de dessalement de faibles volumes d’eau, la construction d’usines de traitement des eaux usées et la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation. La viabilité de ces plans peut cependant être mise en question vu les défis posés par le blocus et les pénuries d’électricité.

Des projets stratégiques de grande envergure doivent être mis en œuvre de toute urgence pour assurer le dessalement de l’eau et le traitement des eaux usées et ainsi subvenir aux besoins de la population à l’avenir, mais, si les sources d’énergie adéquates ne sont pas disponibles, ces projets ne feront que s’ajouter aux autres défis que doivent surmonter les Gazaouis.

Dans le cadre du plan de réponse stratégique 2014 pour les TPO, les Nations Unies ont lancé un appel pour mobiliser 25 millions de dollars afin d’améliorer l’accès aux services d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) pour 1,9 million de personnes dans le besoin. Jusqu’à présent, le secteur WASH, qui souffre d’un sous-financement chronique, n’est financé qu’à hauteur de 5,6 pour cent, ce qui est bien en deçà de la moyenne pour les autres « clusters », qui est de 18 pour cent.

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