Poursuite de l’épreuve de force au Burundi malgré l’activité diplomatique

Les craintes d’une guerre augmentent, alors que les pourparlers significatifs échappent au Burundi, pays en difficulté de l’Afrique de l’Est

Désiré Nimubona
IRIN Contributor
Samuel Okiror

Collaborateur régulier d’IRIN basé à Kampala

Le Burundi a reçu la visite de hauts responsables décidés à trouver une solution à la crise politique, mais rien ne permet pour l’instant d’affirmer que des progrès ont été accomplis.

Le pays a tout à tour reçu des membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, l’envoyé spécial du président américain Barack Obama pour la région des Grands Lacs, le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon la semaine dernière et, enfin, cinq chefs d’Etat africains.

Le président burundais Pierre Nkurunziza a promis à M. Ban de libérer 1 200 prisonniers politiques (le chiffre a ensuite été porté à 2 000 prisonniers) et de rouvrir deux radios indépendantes.

Le Burundi a accepté le déploiement de 100 observateurs militaires et de 100 observateurs des droits de l’homme, une solution proposée par la délégation de l’Union africaine (UA) menée par le président sud-africain Jacob Zuma pour enrayer la violence politique qui a fait plus de 400 morts depuis le mois d’avril, date à laquelle M. Nkurunziza a tenté de briguer un nouveau mandat.

Mais, pour ses détracteurs, le gouvernement ne fait que temporiser.

M. Nkurunziza n’a pas cédé sur la question cruciale des négociations avec la coalition de l’opposition, le CNARED [Conseil National pour le respect de l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de l'Etat de droit], qualifié par le gouvernement de « terroristes » et de « putschistes ».

Au contraire, les autorités ont décidé de manière unilatérale de créer la Commission nationale pour le dialogue inter-burundais (CNDI) pour négocier avec des individus qu’elles jugent plus convenables.

Est notamment prévue « la participation des factions qui ont rompu avec les partis traditionnels pour rejoindre les membres restants de la coalition gouvernementale de M. Nkurunziza » avant l’élection de 2015, a expliqué Joseph Siegle, directeur de recherche du Centre d’études stratégiques de l’Afrique à l’université de la défense nationale de Washington.

L’opposition et les acteurs clés de la société civile affirment que les négociations n’auront de sens que si elles permettent de combler le fossé entre le gouvernement et une opposition armée ; ce fossé ne cesse de se creuser et risque de conduire à une guerre civile.

« On ne peut pas être un parti politique et juger », a dit Leonce Ngendakumana, président de la plateforme d’opposition baptisée ADC Ikibiri. « Les acteurs armés, y compris les putschistes en exil, doivent être inclus dans les négociations ».

Le CNARED, dont beaucoup de membres sont exilés, est reconnu comme la principale coalition d’opposition par le président ougandais Yoweri Museveni, nommé médiateur par la Communauté de l’Afrique de l’Est pour trouver une réponse à la situation.

Alex Fielding, analyste principal de Max Security Solutions, une société de conseil en risques géopolitiques, n’est, lui non plus, guère convaincu par la promesse du gouvernement de relâcher les prisonniers politiques. Selon lui, il ne s’agit que d’une concession qui permet d’éviter d’aborder la vraie question, celle de négociations inclusives.

« Si on lit le décret présidentiel relatif à la libération des prisonniers, il exclut toutes les personnes accusées de trahison ainsi que toutes les personnes qui ont commis des crimes ‘en bandes organisées’ », a-t-il expliqué à IRIN.

L’opposition avait peu d’espoir que M. Zuma et les autres membres de l’UA tiennent un discours fort après le sommet de janvier au cours duquel ils n’avaient pas soutenu l’engagement pris par le Conseil de paix et de sécurité de l’UA  de déployer 5 000 soldats de la paix au Burundi. 

Articles connexes 

Comment la crise politique burundaise a paralysé l’économie locale

La décision du gouvernement d’accepter le déploiement d’observateurs militaires est à replacer dans le contexte de l’échec de l’UA d’effecteur un déploiement intégral depuis juillet 2015. Seuls 32 observateurs ont été autorisés à entrer dans le pays, et ce au prix de multiples tractations sur les protocoles d’entente.

« Etant donné les précédents, il est important de noter que les observateurs ne pourront pas faire leur travail correctement si le gouvernement burundais ne leur donne pas une liberté de mouvement totale pour se déplacer et la liberté politique nécessaire pour rédiger des rapports indépendants », a expliqué Paul Williams, professeur associé à l’université George Washington.

« Je poserais ces questions : à quoi serviront les observateurs s’ils ne sont pas tous autorisés à se déployer et s’ils n’ont pas le mandat légal et la liberté politique pour se déplacer comme ils le souhaitent et faire leur travail de manière indépendante ? ».

Qu’est-ce qui attend le Burundi ?

« Selon moi, il faut un engagement régional et international durable pour mettre en route les meilleures perspectives de paix au Burundi. En ce moment, le gouvernement de M. Nkurunziza ne voit pas la nécessité politique d’engager des négociations avec la vraie opposition », a dit M. Siegle.

« Si les efforts diplomatiques régionaux et internationaux entrepris jusqu’à présent ont veillé à répondre aux demandes du gouvernement de M. Nkurunziza, on ne prend pas suffisamment en compte le sentiment croissant de résignation au sein de la population burundaise qui pense que seule une opposition armée lui permettra de se faire entendre », a ajouté M. Siegle.

« Cela veut dire que la fenêtre de temps pour trouver une solution politique est courte et se referme ».

M. Fielding de Max Security Solutions a appelé à « une présence plus active et une réponse déterminée de l’UA et des Nations Unies, avec la menace crédible de sanctions et le déploiement de soldats de la paix si le régime ne s’engage pas dans des négociations vraiment inclusives, ne met pas un terme aux arrestations arbitraires devenues monnaie courante et ne rouvre pas l’espace politique aux groupes dissidents et aux médias indépendantes.

« Ceci étant dit, je reste sceptique sur le succès de ces négociations, car l’opposition principale et les rebelles continuent de demander la démission de M. Nkurunziza, un scénario qu’il refusera d’envisager tant qu’il aura le soutien des populations des régions rurales et des responsables de la sécurité », a ajouté M. Fielding.

Steve McDonald, membre du Centre international Woodrow Wilson pour les universitaires, pense qu’il est possible de trouver une solution à la crise.

« Pour qu’il y ait une avancée, il faut une discussion franche entre M. Nkurunziza et des membres choisis de l’opposition, encadrée par une tierce partie fiable – qui n’inclut pas M. Museveni – loin des yeux du public et sans couverture médiatique », a expliqué à IRIN M. McDonald.

« Jusqu’ici, la communauté internationale, y compris l’UA, a dit à M. Nkurunziza avec qui il doit négocier et quels sont les résultats attendus, c’est-à-dire l’abrogation de son troisième mandat de président. C’est impossible », a-t-il expliqué.

« Je ne pense pas que M. Nkurunziza souhaite le retour des violences intercommunautaires de grande ampleur. Il est donc possible de discuter avec lui. Mais le facteur essentiel est de trouver un moyen de le faire ».

dn/so/oa/ag-mg/amz