Les innovations dans le domaine de l’accès humanitaire

Les difficultés d’accès aux communautés touchées par les conflits ou les catastrophes ralentissent la distribution de l’aide, compliquent les évaluations et peuvent entraîner l’exclusion de certains groupes vivant dans des régions isolées. Même si elles ne constituent pas une solution miracle, les nouvelles technologies contribuent à supprimer certains obstacles à l’accès.

De plus en plus souvent, les organisations d’aide humanitaire tentent de trouver des solutions novatrices pour résoudre de vieux problèmes. Par exemple, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a fait équipe avec la firme de technologie Spigit pour lancer une initiative appelée « UNHCR Ideas », qui permet au personnel, aux réfugiés, aux universitaires et aux partenaires de mettre en commun leurs idées et d’utiliser le crowdsourcing pour trouver des solutions à des problèmes fréquents. Le premier défi proposé est d’améliorer l’accès des réfugiés des villes à l’information et aux services ; l’idée gagnante sera mise en œuvre dans le cadre d’un projet pilote en 2014.

« Nous espérons que ce projet permettra aux réfugiés de se faire entendre, car ce sont très souvent eux qui détiennent les solutions. Nous tentons de renforcer leur autonomie et leur indépendance pour améliorer leur dignité », a dit Olivier DelaRue, chef des innovations au sein du HCR.

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a également mis sur pied des laboratoires d’idées pour trouver de nouvelles approches. Des laboratoires de ce type existent déjà au Danemark, au Kosovo, en Ouganda et au Zimbabwe.

IRIN présente, ci-dessous, cinq innovations mises en œuvre par des organisations et permettant d’améliorer l’accès humanitaire.

L’école en boîte de l’UNICEF

L’UNICEF pilote actuellement un projet d’école numérique en boîte en Ouganda. Soixante écoles fréquentées par 100 à 200 enfants ont reçu un colis contenant un ordinateur portable fonctionnant à l’énergie solaire et pouvant être connecté à Internet, un projecteur, un haut-parleur et un visualiseur. L’idée est de raccorder les écoles rurales afin de développer les réseaux d’apprentissage et d’élargir l’éventail des outils disponibles. Les équipements peuvent également être utilisés pour permettre aux communautés isolées d’avoir accès à des ressources de santé, à des informations d’urgence et à des moyens de divertissement.

L’UNICEF achète actuellement les équipements à divers fournisseurs, mais l’objectif, à terme, est de les faire fabriquer en Ouganda. Selon l’organisation, il faut, pour assurer le succès du projet, trouver des équipements de bonne qualité à faible coût et former des membres de la communauté à leur entretien.

Des téléphones portables pour évaluer l’insécurité alimentaire

Le Programme alimentaire mondial (PAM) utilise un processus appelé analyse et cartographie de la vulnérabilité (Vulnerability Analysis and Mapping, VAM) pour collecter des données précises sur les personnes souffrant d’insécurité alimentaire, leur nombre, l’endroit où elles vivent et comment elles en sont arrivées là. La majeure partie des informations étaient auparavant récoltées par le biais d’interviews individuelles sur le terrain, mais cette méthode peut être lente, coûteuse et parfois peu pratique, en particulier pour enquêter sur des communautés isolées ou lorsque l’accès est entravé par des catastrophes naturelles, le mauvais état des routes ou la violence.

Le PAM pilote actuellement un projet de VAM mobile (mVAM) pour récolter des informations sur certaines communautés par le biais de sondages par SMS. Les SMS contiennent des questions simples au sujet de la disponibilité de la nourriture et des habitudes alimentaires et permettent de collecter des données clés sur le niveau d’insécurité alimentaire.

« Dans les régions dont les routes sont en très mauvais état, voire absentes, la collecte de données sur la sécurité alimentaire et la surveillance de la situation sont de véritables défis logistiques. [mVAM] a le potentiel d’être un moyen plus rapide et rentable de récolter des données, nous permettant du même coup de venir plus rapidement en aide aux personnes qui ont le plus besoin de nos fournitures d’urgence », a dit Koffi Akakpo, chef de l’unité VAM du PAM en République démocratique du Congo (RDC), où un projet pilote de ce programme a été mené en janvier. L’objectif est d’étendre le projet pilote à d’autres régions de la RDC et à la Somalie.

Le projet est financé par le Fonds pour l’innovation humanitaire (HIF, selon son sigle anglais), un mécanisme de financement du réseau ELRHA [Améliorer l’apprentissage et la recherche pour l’action humanitaire], qui accorde son soutien à des organisations et des individus qui créent des solutions novatrices et évolutives pour résoudre les problèmes rencontrés par les humanitaires.

Des applications mobiles pour retracer des enfants disparus

Pendant longtemps, le processus de réunification familiale engagé à la suite d’une catastrophe naturelle ou d’un conflit – appelé Recherche et réunification familiale (Family Tracing and Reunification, FTR) – impliquait la rédaction de listes manuscrites. Il s’agissait d’un processus souvent lent et inefficace. L’UNICEF teste actuellement un système appelé RapidFTR, qui utilise une application mobile à code ouvert imaginée par un étudiant de master et développée par ThoughtWorks, une société de conseil en technologies de l’information.

Les enfants non accompagnés sont enregistrés et photographiés et les renseignements collectés sont instantanément intégrés dans une base de données centrale à laquelle peuvent avoir accès les ONG et les autres agences des Nations Unies. Les parents peuvent consulter la base de données pour voir si leur enfant a été enregistré et, si c’est le cas, où ils peuvent le retrouver.

« Ce système remplace celui qui prévalait auparavant, c’est-à-dire les photos imprimées et les listes photocopiées. Il fallait des semaines, voire des mois pour tout centraliser. Aujourd’hui, tout se fait de manière instantanée en utilisant les téléphones portables et Internet », a dit Kim Scriven, l’une des responsables de HIF, qui finance également ce projet.

RapidFTR utilise des mesures de sécurité semblables à celles employées par les services bancaires mobiles pour s’assurer que les données sensibles au sujet des enfants vulnérables, en particulier les photos, sont uniquement accessibles aux utilisateurs autorisés.

Un projet pilote est actuellement mis en œuvre par la Croix-Rouge ougandaise et l’organisation Save the Children dans le centre de transit de Nyakabande et le camp de réfugiés de Rwamwanja, situés dans l’est de l’Ouganda, où de nombreux Congolais ont trouvé refuge.

L’impression 3D pour créer des pièces de rechange

Si l’impression 3D, officiellement connue sous le nom de « prototypage rapide », semble relever de la science-fiction, elle offre en réalité des solutions concrètes et potentiellement durables pour des pays en développement ou des communautés affectées par des catastrophes.

Elle consiste à numériser et garder en mémoire un modèle 3D d’un objet qui est ensuite partagé, téléchargé et imprimé, une mince couche à la fois. Les objets imprimés sont généralement en plastique.

L’impression 3D pourrait donner aux communautés isolées un accès sans précédent à des objets comme des tuyaux d’irrigation, des outils agricoles, des pompes à eau, des pales d’éolienne et des fournitures de santé, des articles dont l’importation exige beaucoup de temps et d’argent.

« Les coûts des imprimantes diminuent, les téléphones portables sont les ordinateurs d’aujourd’hui et Internet est de plus en plus accessible : les possibilités sont infinies », a dit à IRIN William Hoyle, PDG de techfortrade, une association caritative basée au Royaume-Uni dont l’objectif est de trouver des solutions technologiques aux problèmes rencontrés dans le domaine du commerce et du développement.

« De nombreuses entreprises émergentes ont de la difficulté à se procurer des pièces de rechange pour leur machinerie. Le fait de pouvoir fabriquer une pièce de rechange en téléchargeant un fichier et en l’imprimant change tout », a-t-il dit.

M. Hoyle a également ajouté que techfortrade était actuellement en train de négocier avec une entreprise basée en Inde afin de recycler du plastique pour en faire des filaments destinés à un projet de fabrication d’outils agricoles par impression 3D. « Les déchets plastiques sont partout. C’est bien de pouvoir en faire un bon usage qui n’est pas nocif pour l’environnement. »

Des experts et des innovateurs du monde entier se sont réunis en mai dernier à Trieste, en Italie, dans le cadre d’un événement organisé par le Centre international Abdus Salam de physique théorique. Ils ont discuté de la façon dont l’impression 3D à faible coût pourrait être utilisée pour la science, l’éducation et le développement durable.

Le partage d’informations au sujet de la malnutrition

Un certain nombre d’organisations, notamment Save the Children UK, le PAM et Concern Worldwide, utilisent le Système de reporting minimal (Minimum Reporting Package, MRP), un outil de suivi et de rapport qui permet aux organisations de collecter et de mettre en commun des données standardisées au sujet des programmes d’alimentation complémentaire d’urgence (Supplementary Feeding Programmes, SFP), des programmes ciblant les personnes atteintes de malnutrition sévère modérée.

Le Système de reporting minimal ne permet pas seulement aux organisations d’aide humanitaire de mieux évaluer l’efficacité des programmes d’alimentation complémentaire d’urgence, il leur permet aussi de fournir rapidement des informations standardisées aux bailleurs de fonds et aux gouvernements en temps de crise.

lr/jl/aj/ob/rz-gd/amz