Les risques sanitaires des pesticides

L’utilisation de certains pesticides dans les pays asiatiques a exposé les communautés de la région à des risques sanitaires d’un degré inacceptable, d’après une étude menée par le Pesticide Action Network (PAN), un réseau international d’action contre les pesticides.



Selon le PAN Asie et Pacifique, des entretiens avec des paysans de huit pays asiatiques ont révélé que 66 pour cent des ingrédients actifs des pesticides utilisés pour traiter les légumes, le riz et d’autres cultures étaient très dangereux, d’après les critères de classification de l’organisation.



« L’exposition à ces pesticides implique pour les communautés un risque élevé de développer des problèmes de santé permanents sévères tels que la perturbation endocrinienne, qui peut être causée par une exposition à de faibles doses de certains pesticides », a dit Bella Whittle, coordinatrice du projet et auteur du rapport, dont le lancement a été programmé pour coïncider avec une conférence sur l’environnement organisée par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) à Bali, en Indonésie, du 22 au 26 février.



Plus de 1 300 agriculteurs ont été interrogés en 2008 en Chine, au Cambodge, au Sri Lanka, aux Philippines, au Vietnam, en Inde, en Indonésie et en Malaisie, d’après le PAN, une organisation qui fédère plus de 600 ONG (organisations non gouvernementales) dans le monde entier.



Symptômes d’intoxication



Des personnes interrogées ont dit qu’elles présentaient un ou plusieurs symptômes, tels que des maux de tête, lorsqu’elles utilisaient des pesticides ou y étaient exposées, ces déclarations représentant de cinq pour cent des réponses dans une zone à 91 pour cent dans une autre.



Au Bangladesh, l’intoxication aux pesticides a été identifiée en 2008 comme une des principales causes de mortalité, et a été officiellement identifiée comme la seconde cause de mortalité chez les personnes âgées de 15 à 49 ans, d’après le rapport du PAN.



Etant donné que des études antérieures ont montré que jusqu’à 98 pour cent des cas d’intoxication aux pesticides étaient sous-déclarés, il est possible que de nombreuses communautés agricoles souffrent de troubles aigus et chroniques causés par les produits chimiques, a dit l’organisation.



« Il est extrêmement affligeant que les populations les plus vulnérables, telles que les femmes et les enfants, les malades, les personnes malnutries et les personnes âgées soient démesurément affectées et ne puissent pas échapper aux sources d’exposition », a dit Mme Whittle à des journalistes à Bali.














Photo: Contributor/IRIN
L’intoxication aux pesticides est une des principales causes de mortalité au Bangladesh

Plusieurs pesticides utilisés dans les pays asiatiques ont été interdits ailleurs, y compris dans les pays où sont installés les sièges des compagnies agrochimiques, d’après le rapport du PAN.



Le paraquat, un herbicide extrêmement toxique contre lequel il n’existe pas d’antidote, est interdit en Europe, où il est fabriqué, et l’endosulfan est interdit dans plus de 62 pays, a dit l’organisation.



Exposition mortelle



Cependant, Hedi Surya, 51 ans, agriculteur à Bali, a dit à IRIN : « Je vaporise des pesticides depuis 20 ans, et je n’ai jamais été malade à cause d’une intoxication. J’utilise toujours une serviette pour couvrir ma bouche et j’évite de me mettre face au vent. »



Selon le rapport du PAN, les expositions aux produits chimiques s’expliquent par plusieurs raisons, dont notamment le manque d’équipement de protection, les contacts accidentels avec le produit lors du mélange et de la vaporisation, et la vaporisation face au vent.



Le PAN appelle les pays à fournir des efforts importants pour mettre en place des réglementations internationales en matière de pesticides, et à cesser d’agréer les pesticides nécessitant un équipement personnel de protection, car selon l’organisation, les défauts et le coût de tels équipements rendent un usage correct impraticable.



« Les gouvernements devraient supprimer progressivement les pesticides dangereux et introduire progressivement des approches non chimiques pour lutter contre les nuisibles », a dit Sarojani Rengam, directeur du PAN Asie et Pacifique.



L’Indonésie, un marché lucratif



En Indonésie, dans le district de Wonosobo, de la province de Java central, six agriculteurs sur 100 interrogés dans le cadre de l’étude du PAN avaient subi de graves intoxications, a dit Rossana Dewi, activiste au sein de Gita Pertiwi, l’ONG qui a réalisé l’enquête.



« L’Indonésie est un marché lucratif pour les pesticides », a dit Mme Dewi à IRIN. « Les agriculteurs indonésiens ont énormément recours aux pesticides, et beaucoup d’entre eux utilisent plusieurs pesticides pour traiter leurs cultures. »



En 2009, 1 832 marques de pesticides étaient en vente dans le pays, contre 1 702 l’année précédente, a-t-elle dit.



D’après elle, les agriculteurs portent en général des chemises à manches longues, des pantalons et des chapeaux lorsqu’ils vaporisent des pesticides, mais très peu d’entre eux utilisent un équipement de protection appropriée.



L’utilisation de pesticides comme anti-moustiques est en outre très répandue dans les foyers indonésiens, a-t-elle dit.



« Notre étude, menée dans sept villes de Java, montre que chaque foyer utilise deux types de pesticides comme anti-moustiques. Cela signifie qu’il est très probable que la nourriture que nous consommons soit contaminée par les pesticides », a-t-elle dit.



A Bali, les écologistes craignent également que l’utilisation massive de pesticides dans les exploitations agricoles n’ait contaminé les lacs. « Le gouvernement ne prend aucune mesure sérieuse pour tenter de régler le problème de la pollution chimique des lacs », a dit Children of Nature Community, une ONG locale, sur son site anakalam.org. « 100 pour cent des locaux utilisent encore des pesticides chimiques. »



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