« Pas question de faire souffrir doublement ma petite famille »

La joie qu’a ressenti Mathieu* à l’annonce de la grossesse de son épouse a été suivie par la découverte, à cette occasion, que la jeune femme était infectée au VIH. Le premier choc passé, ce menuisier de 37 ans, originaire d’une localité proche de la capitale économique du Bénin, Cotonou, et dépisté séronégatif, a décidé de soutenir sa famille quoi qu’il arrive.



En attendant de connaître le statut sérologique de leur enfant, aujourd’hui âgé de 10 mois et régulièrement suivi médicalement, il a raconté son histoire à IRIN/PlusNews.



« J’ai su au moment de la grossesse de ma femme qu’elle était [infectée au VIH]. On lui avait fait faire un test. Lorsque celui-ci s’est révélé positif, j’ai décidé aussi de m’y soumettre. Mais le mien était négatif. J’en étais très surpris, elle aussi.



« Dans mon entourage, nous avons d’abord essayé de cacher l’information, mais par la suite, j’ai eu le courage de mettre mes proches au courant. Leurs conseils m’ont été d’un grand [secours].



« Au départ c’était difficile pour nous, notamment pour ma femme qui n’a cessé de se culpabiliser. Lorsque je me suis aperçu que c’était une erreur de lui faire nourrir un tel sentiment, j’ai radicalement changé. Car ma tristesse renforçait à chaque fois son sentiment.









« J’ai aujourd’hui le devoir de montrer [à ma famille] que le sida ne doit pas être au dessus de l’amour que je lui porte »

« J’ai alors pris une résolution : pas question de faire souffrir doublement ma petite famille. J’ai aujourd’hui le devoir de leur montrer que le sida ne doit pas être au dessus de l’amour que je [leur] porte.



« Je leur apporte toute l’assistance [possible]. Par exemple, ma femme, il y a trois mois avait perdu du poids et déprimait. Aujourd’hui elle a repris confiance et se porte bien. Elle sait bien que le virus n’est plus un poids.



« [A la naissance du bébé], nous n’avions aucune possibilité de savoir si notre enfant avait le virus [en l’absence de test précoce, la sérologie d’un enfant ne peut être confirmée qu’aux alentours de 18 mois]. Pour moi, c’était une hantise permanente. [Aujourd’hui], nous amenons l'enfant à l'hôpital régulièrement. Il est suivi, et son état de santé jusque là n'est guère inquiétant. Il se porte comme n'importe quel autre enfant.



« Nous ferons… le test [de dépistage du VIH] à notre enfant lorsqu'il aura grandi. Pour nous c'est important, car c’est l’avenir de l'enfant qui est en en jeu. Mes sentiments sont mitigés, parfois j'ai peur de ce que donneront les résultats du test. Mais très sincèrement, nous n’avons pas le choix. Il vaut mieux qu’on connaisse sa sérologie, pour mieux le protéger.



« Avec cette expérience, je suis devenu très attentif au sida, j’ai pris conscience de la maladie, car la chose est trop près de moi et je peux en témoigner.



« Il est important que tous ceux qui sont dans mon cas sachent bien retenir cette règle : il peut arriver que dans un couple, l’un ait le virus et [l’autre] pas. On ne doit pas en profiter pour faire de la diabolisation. En le faisant, on renforce la souffrance au niveau du partenaire [infecté]. C’est ce que j’ai compris ».



* Nom de famille occulté



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