Les besoins criants du système de santé

Un système de santé mal équipé pour faire face à l’une des pires épidémies de VIH dans le monde en plus de sérieux problèmes de maladies non transmissibles, de mortalité maternelle et infantile et de taux élevés de décès résultant de violences et de blessures.



Voilà ce qui ressort de « Health in South Africa » [La santé en Afrique du Sud], une série d’articles publiée mardi par le journal médical britannique The Lancet et rédigée par certains des plus éminents chercheurs, docteurs et spécialistes de la santé publique du pays.



Six articles et six commentaires détaillent les fondements du système de santé sud-africain, sa négligence face aux épidémies de VIH et de tuberculose, la persistance des taux élevés de mortalité maternelle et néonatale, l’augmentation de la prévalence de maladies non transmissibles comme le diabète, le cancer et les maladies cardiaques, et le fardeau des violences et des blessures, qui constituent la deuxième cause de mortalité en Afrique du Sud.



« Bien que l’Afrique du Sud soit considérée comme un pays à revenu moyen en termes économiques, ses résultats en matière de santé sont pires que bien des pays à bas revenu », ont fait remarquer dans le préambule le professeur Hoosen Coovadia, de l’université de Witwatersrand, et d’autres spécialistes.



Peu de progrès ont été accomplis dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) liés à la santé. L’épidémie de VIH/SIDA ne montre aucun signe de ralentissement et l’éradication de la pauvreté et de la faim et la réduction de la mortalité infantile ont même perdu du terrain. L’Afrique du Sud fait partie des douze pays où la mortalité infantile a augmenté depuis 1990, notamment à cause du VIH/SIDA.



Bien que le diagnostic du système de santé soit plutôt sombre, le pronostic laisse quant à lui place à l’optimisme. – les auteurs estiment qu’avec la volonté de ses dirigeants, l’Afrique du Sud a le potentiel pour surmonter le fardeau de la maladie et les inégalités criantes en matière de soins de santé, et pour sauver des centaines de milliers de vies.



« Les problèmes auxquels est actuellement confrontée l’Afrique du Sud font partie des pires qu’a connus le pays depuis l’apartheid », a indiqué Richard Horton, rédacteur en chef de The Lancet, lors du lancement de la série d’articles à Johannesburg le 24 août.



Avec son importante communauté de chercheurs, sa société civile active et son gouvernement nouvellement élu, qui s’est déjà engagé à mettre en œuvre une réforme importante du système de santé, l’Afrique du Sud est en bonne posture pour améliorer ses résultats en matière de santé et montrer la voie au reste du continent.



De l’importance de dirigeants compétents



Ce qui revient régulièrement dans les articles, c’est le paradoxe entre la situation sanitaire catastrophique et les politiques adéquates et les dépenses [publiques] relativement élevées. Mais l’incompétence des dirigeants et le manque de responsabilité laissent penser que de nombreuses politiques n’ont pas été adéquatement mises en œuvre, en particulier au niveau provincial et régional, où les aptitudes à la gestion semblent être rares.

« L’épidémie de VIH/SIDA, qu’on a laissé se propager dans le pays avec, chaque année, des augmentations importantes et incessantes du taux de prévalence, constitue l’exemple le plus frappant de cette mauvaise gestion », a écrit M. Coovadia.



« L’étrange - et apparemment inébranlable – croyance » de l’ancien président Thabo Mbeki « selon laquelle le VIH n’entraîne pas le SIDA » a provoqué la mort de centaines de milliers de personnes et placé un poids énorme sur le système de santé.



L’administration du président Jacob Zuma a la responsabilité et le potentiel de s'attaquer à ces problèmes urgents de santé publique, mais « le fera-elle ? Ou raterons-nous encore une occasion de sauver des vies ? » C’est ce que se demandent les auteurs de The Lancet.



Et maintenant ?



Le ministre de la Santé, Aaron Motsoaledi, qui a pris ses fonctions en mai 2009, est d’accord avec les conclusions souvent sévères des articles : « Il est évident que nous sommes à l’étape du diagnostic. Le problème, c’est de savoir ce que nous devons faire maintenant. »



Selon lui, de nombreuses recommandations évoquées dans les articles coïncident avec le plan en dix points du ministère. Il estime qu’il est encore possible d’atteindre les OMD si « nous travaillons de concert et que nous avons la volonté de réussir ».



Contrairement au style combatif de l’ancien ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, M. Motsoaledi a promis « d’élargir nos [les] partenariats avec toutes les parties prenantes ».



« Il est crucial que la société civile, le patronat et les syndicats, les chercheurs et les universitaires du pays participent à la mise en œuvre de la réforme du système de santé. »



Il y a beaucoup à faire, mais M. Motsoaledi et les auteurs de The Lancet semblent avoir les mêmes priorités : la mise en œuvre d’un système d’assurance-santé nationale, la formation de gestionnaires plus efficaces et responsables et l’adoption d’une approche plus décentralisée afin d’offrir des services de santé aux communautés.



L’amélioration de la prévention et des traitements du VIH et de la tuberculose, en particulier la réduction du taux beaucoup trop élevé de transmission mère-enfant, fait également partie des objectifs soulignés. On estime cependant que l’urgence du VIH/SIDA ne doit pas éclipser d’autres priorités comme l’accroissement de la prévalence des maladies non transmissibles.



Les traitements antirétroviraux permettent aux séropositifs de vivre plus longtemps. Cela signifie aussi qu’ils ont plus de chances de développer des maladies comme le diabète ou l’hypertension, a indiqué le professeur Bongani Mayosi, chef du département de médecine de l’université du Cap. « Nous devons réfléchir à des moyens innovateurs de mettre en place un système intégré pour les maladies infectieuses et non transmissibles. »



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