La vie est dure pour les populations palestiniennes négligées des « regroupements »

Séparé de sa famille par le déplacement et la pauvreté, Ali Mohammed Hindawi, 84 ans, vit seul, depuis 30 ans, dans une cabane de tôle rouillée, dans le sud du Liban, sans eau, sans électricité et sans toilettes, où il dort au beau milieu des poules, des mouches et des ordures.



« A quoi je pense, le soir ? Je pense à ma situation, je me dis que ce n’est pas une vie pour moi », confie ce vieil homme frêle, à peine capable de s’asseoir après avoir supporté, une nouvelle fois, un hiver rigoureux marqué par un froid glacial et des pluies torrentielles. « C’est une vie de chien. Tout ce que je veux, c’est passer les quelques années qu’il me reste convenablement ».



M. Hindawi fait partie des dizaines de milliers de réfugiés palestiniens qui vivent dans des « regroupements » sauvages, des groupes d’habitations construites sans autorisation officielle et qui ne bénéficient guère des services assurés par l’Etat libanais, l’Autorité palestinienne (AP) et l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).



Chassé par les soldats israéliens qui ont envahi la Galilée (nord) en 1948, le jeune Ali Mohammed Hindawi est arrivé au Liban et s’est installé dans une tente de l’UNRWA, montée dans la région de Kafr Bada, dans le sud du Liban, près d’une rivière, la Qasmiyeh.



Un grand nombre de ces tentes ont fini par former, par la suite, des camps de réfugiés officiellement reconnus, aux limites définies, bénéficiant de services assurés par l’UNRWA. Mais pour certains réfugiés comme M. Hindawi (ou Zahra Saeed et sa famille de 13 enfants, qui vivent de l’autre côté de la rivière, dans le « regroupement » de Qasmiyeh), ces certitudes n’existent pas.














Photo: Hugh Macleod/IRIN
Le Norwegian Refugee Council espère obtenir des fonds pour pouvoir moderniser les logements inadéquats, tels que l’abri dans lequel vit le Palestinien Ali Mohammed Hindawi, au Liban-Sud

Des regroupements négligés



« On ne s’intéresse guère aux “regroupements”, seulement aux camps », selon Ghazi al-Hassan, secrétaire du Comité populaire palestinien à Kafr Bada. « Aujourd’hui, le budget de l’AP est limité, alors ils envoient très peu d’aide ici ».



Parce que son mandat ne lui permet pas d’opérer en dehors des 12 camps de réfugiés officiels du Liban, qui abritent environ la moitié des 400 000 Palestiniens du pays, l’UNRWA ne peut acheminer des vivres à Kafr Bada et dans d’autres « regroupements » qu’une fois tous les trois mois. Or, avec un budget d’à peine 100 dollars par mois, le Comité populaire de M. al-Hassan ne peut guère faire plus que ramasser les ordures et couvrir ses frais de transport.



Les organisations non-gouvernementales (ONG), telles que Popular Aid for Relief and Development (PARD), un organisme libanais, s’efforcent de combler les lacunes dans les dizaines de « regroupements » du pays.



Ainsi, tout comme Mariam Dyabissa, une réfugiée palestinienne quasi aveugle de 94 ans qui vit dans une cabane en tôle, à Qasmiyeh, avec son fils, handicapé mental, M. Hindawi dépend de la gentillesse de ses voisins, qui viennent lui apporter de la nourriture, le laver et l’habiller, et allumer son feu, le soir.















Photo: Hugh Macleod/IRIN
Au regroupement de Qasmiyeh, Zahra Saeed a raconté que son logement, composé de deux pièces, ne protégeait pas sa famille de la pluie, qui empêche ses 13 enfants de dormir

Enquête



Le Norwegian Refugee Council (NRC) mène à l’heure actuelle la première étude complète des ménages palestiniens qui vivent dans les regroupements du Liban, y compris dans les zones voisines des camps de l’UNRWA. Dans le nord, les zones situées autour du camp de Nahr al-Bared, en grande partie détruit par les affrontements, il y a deux ans, n’ont pas pu être reconstruites faute d’un mandat clair permettant aux organismes d’opérer dans les « regroupements » palestiniens.



« Nahr al-Bared a souligné cette question. Beaucoup de gens pensent que les Palestiniens vivent dans des camps. Ils ne savent pas que des dizaines de milliers d’entre eux vivent dans des “regroupements”, dans des circonstances très variées », a expliqué Richard Evans, responsable des programmes menés par le NRC au Liban dans le domaine de l’hébergement et de la réhabilitation des « regroupements » palestiniens. « Nous pensons qu’il y a un besoin humanitaire. Ces gens ne bénéficient pas de services adaptés ».



En 2005, le Danish Refugee Council (DRC) a réalisé une évaluation des besoins dans 39 « regroupements », composés, par définition, d’un minimum de 25 foyers. L’évaluation a révélé que les réfugiés avaient avant tout besoin de se voir accorder le droit au travail et à la propriété. Au « regroupement » de Qasmiyeh, Zahra Saeed a en effet expliqué qu’elle recevait un avis d’expulsion du tribunal local tous les six mois depuis 10 ans, les Palestiniens n’ayant pas le droit de posséder des biens au Liban.



Le NRC Liban, qui doit publier son rapport en juin, espère obtenir deux ou trois millions de dollars pour pouvoir moderniser les foyers d’environ 250 familles des « regroupements » du Liban-Sud, a expliqué l’organisme.



Ainsi, Ali Hindawi pourrait au moins passer ses derniers jours dans un logement dont les murs de béton et la porte le protègeraient des intempéries. Mais ce n’est là qu’une maigre consolation pour le vieil homme, dont la vie est si dure. « Que je me sente heureux ou triste, ça ne compte pas », a-t-il déclaré. « Personne ne se soucie de moi ».



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