Concilier aide alimentaire d’urgence et lutte contre l’insécurité alimentaire

Parce qu’une aide alimentaire, bien qu’indispensable, ne peut pas être l’unique réponse à des problèmes de malnutrition lorsque ces derniers sont chroniques, des acteurs humanitaires ont élaboré un programme pour répondre à la fois à l’urgence nutritionnelle et à l’insécurité alimentaire dans la région du Kanem – dans l’ouest du Tchad, une approche intégrée dont la pertinence n’est pas contestée, mais que les bailleurs de fonds sont encore trop peu nombreux à soutenir.



Une enquête de vulnérabilité réalisée par le Programme alimentaire mondial (PAM) en janvier 2008, puis une enquête nutritionnelle menée en septembre, dans la région du Kanem, par l’organisation Action contre la faim (ACF) ont permis de mettre la situation en lumière : des taux de malnutrition aiguë globale de plus de 20 pour cent et de mortalité des enfants de moins de cinq ans de trois pour 10 000 par jour – largement supérieurs aux seuils d’urgence – ont amené la communauté humanitaire à agir.



« La détérioration des indicateurs nutritionnels et l’augmentation de la malnutrition aiguë nécessitait une approche [de réponse] d’urgence », a noté Marzio Babille, représentant au Tchad du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), chef de file du secteur nutrition. Mais l’aide alimentaire ne pouvait suffire, les causes de cette situation d’urgence étant « chroniques et structurelles », a-t-il noté.



« Ces problèmes de malnutrition dans le Kanem existaient déjà dans les années 80 », a confirmé Khadidja Rahma Saleh, coordinatrice adjointe du programme Santé-nutrition au ministère de la Santé.



Plusieurs facteurs peuvent expliquer les problèmes chroniques de malnutrition et d’insécurité alimentaire qui frappent cette région, a noté Mariam Sow Soumaré, du projet d’appui au Système d’alerte précoce (SAP), placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et mis en œuvre par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).



« C’est une région enclavée, où les infrastructures manquent et où il n’y a pas d’accès aux marchés et aux services de santé », a-t-elle résumé. « Il y a également un problème foncier, une partie de la population est privée de l’accès à la terre, et les terres fertiles sont rares ».



D’autre part, cette région est régulièrement frappée par les inondations ces dernières années, tout en enregistrant un déficit pluviométrique général, avec pour conséquence une « production aléatoire », a constaté la FAO, qui travaille dans la région depuis plusieurs années.



Enfin, a noté Mme Saleh, du ministère, certaines habitudes alimentaires viennent aggraver la situation nutritionnelle des mères et des enfants, majoritaires dans la région en raison de l’exode des hommes partis chercher du travail ailleurs. « L’allaitement n’est pas exclusif, le sevrage est précoce. On n’arrive pas à changer ces comportements, [pourtant] il le faut : certains enfants malnutris ne viennent pas des populations les plus pauvres ».



Mobiliser les financements



Face à ces difficultés chroniques, « La seule réponse possible est un programme intégré », a dit M. Babille, de l’UNICEF.



Une réponse aux besoins immédiats élaborée par différentes agences des Nations Unies et leurs partenaires sous l’égide du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) au Tchad, et en partie financée par le Service d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) a donc été construite autour de deux grands axes : la santé/nutrition et la sécurité alimentaire.



Même s’il est « difficile de concilier une approche réactive d’urgence avec des problématiques propres au développement », a reconnu Duccio Staderini, assistant technique d’ECHO au Tchad, et qu’il faut « trouver les moyens d’adapter des outils d’urgence à une réponse qui donne des résultats dans le développement, y compris les outils financiers » - les urgences fonctionnant généralement sur des financements courts, peu compatibles avec des actions à long terme - « cette réponse à des besoins essentiels [doit pouvoir résoudre] des problèmes plus larges et aller vers la durabilité ».














Photo: Celeste Hicks/IRIN
Un enfant dans la région de Kanem

Bien que la pertinence de la proposition du ‘groupe Kanem’ ne soit pas remise en cause, sa mise en œuvre se heurte à des obstacles.



Le financement en est un : le document du ‘groupe Kanem’, présentant cette réponse et requérant un financement de près de 6,4 millions de dollars sur neuf mois, est loin d’être entièrement financé, et certaines interventions ne le sont pour l’instant que jusqu’à juin, début de la période de soudure dans la région.



Il faut mobiliser les fonds rapidement, ont plaidé les acteurs : dans le cas du volet sécurité alimentaire, qui comprend la diversification des cultures, « il faut suivre le calendrier agricole », a rappelé Stéphane Degueurce, assistant du coordonnateur des urgences agricoles à la FAO. « La période de production va de juin à septembre, donc si rien n’est mis en place très rapidement, on va rater des étapes ».



Le leadership des autorités est également indispensable pour répondre de manière durable à ces problèmes urgents et chroniques, ont noté tous les acteurs concernés.



Mais les autorités ont été impliquées assez tard dans l’élaboration de la réponse, ont reconnu plusieurs acteurs.



Malgré tous ces obstacles, les choses évoluent et il est aujourd’hui non seulement nécessaire mais aussi possible d’agir, si les financements sont là, ont plaidé les membres du groupe Kanem.



« Les conditions sont aujourd’hui réunies pour la réussite du projet », a plaidé M. Degueurce, de la FAO. « Il y a une bonne coordination, les populations sont motivées, il y a des acteurs sur le terrain, structurés, qui connaissent bien la zone. Il y a vraiment des atouts ».



« Le gouvernement a mis du temps à se mobiliser sur le Kanem, mais il est maintenant convaincu du besoin [d’agir] », a affirmé Mme Soumaré, du SAP.



ail/