Risque de contamination de l’eau de boisson par les eaux usées

Face à l’effondrement imminent du système d’évacuation des eaux usées à Gaza, un éminent ingénieur hydraulique a fait état d’un risque de contamination des eaux souterraines dans l’enclave, ce qui raréfierait d’autant plus l’eau salubre.



Gaza est particulièrement vulnérable à la contamination de ses eaux souterraines, puisque le sol désertique et sablonneux de l’enclave absorbe aisément l’eau (ou les eaux usées qui fuient des canalisations d’égout). Ce risque est d’autant plus important que les eaux souterraines circulent relativement près de la surface, et que les puits creusés pour y accéder sont souvent peu profonds.



Le système d’évacuation des eaux usées, mal entretenu, dangereux et de plus en plus vétuste, pâtit d’un cruel manque d’investissements. Au moins une station de traitement des eaux usées est également mal située, à Sheikh Ajleen, dans une zone plane et sablonneuse, ce qui augmente le risque de voir les eaux usées s’infiltrer dans la nappe phréatique.



De nombreuses canalisations ont également été endommagées par les bombardements israéliens : dès lors, lorsque l’eau est acheminée sous pression jusque chez l’habitant, les canalisations endommagées aspirent l’air et peut-être les eaux usées, selon Majed Ghannam, responsable de la qualité de l’eau à la Société de gestion de l’approvisionnement en eau des municipalités côtières (CMWU), la société des eaux de Gaza.



« Le plus dangereux, c’est la contamination de l’eau potable par les eaux usées. Il faut qu’un organisme international comme l’Organisation mondiale de la santé mène des recherches à ce sujet », a recommandé Monther Shoblak, directeur général de la CMWU.



Obstacles aux réparations



« Huit des principaux puits d’eau artésiens ont été partiellement ou entièrement détruits pendant les bombardements [israéliens] », a en outre rapporté M. Shoblak.



Mais les travaux de réparation ont été entravés par l’interdiction d’importer. Israël a en effet interdit l’importation de divers matériaux tels que les tuyaux, qui peuvent être utilisés, selon les autorités, pour la fabrication de bombes.



De même, la CMWU n’a pas pu importer d’excavateurs, de véhicules lourds et autres équipements spécialisés. Pendant l’offensive israélienne, presque aucun travail de réparation n’a pu être mené, a expliqué M. Shoblak, ajoutant : « huit réparateurs ont été tués au cours des attaques israéliennes ».



Malgré tout, la CMWU fait ce qu’elle peut, selon le dernier bulletin d’information publié par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).



Le 21 janvier, la société a entamé des travaux d’urgence pour réparer un ensemble de puits et de canalisations, à Gaza-ville et dans le nord de la bande, dont le puits n°5 de Sheikh Ajleen, le puits Ghabin de Beit Lahiya, et le puits Alzohour de Jabalia.



Les équipes techniques travaillent actuellement à la réparation des puits de la zone d’Administration civile (le long de la route de Salahaddein, à l’est de Jabalia et au nord de Gaza-ville) et du puits de Khadija à Beit Hanoun.



La station de traitement des eaux usées de Sheikh Ajleen/Gaza-ville a été réhabilitée le 25 janvier, selon M. Shoblak. 



Distribution d’eau potable



« Les enfants sont particulièrement vulnérables aux maladies en situations de déplacement ou lorsque les conditions d’hygiène sont mauvaises », a expliqué à IRIN Jon Bugge, du bureau de Save the Children à Ramallah.



« Au 18 janvier, selon les Nations Unies, environ 400 000 personnes, dont 224 000 enfants, n’avaient toujours pas l’eau courante. Nous attendons les conclusions de l’évaluation rapide menée actuellement à Gaza pour avoir des informations plus précises ».



Selon le bulletin d’information publié par OCHA en date des 26-27 janvier, « l’UNICEF a averti que la pénurie continue d’eau de boisson et le débordement des égouts dans les zones résidentielles présentaient de graves risques de santé publique ».



Depuis le 17 janvier, Oxfam distribue chaque jour, en moyenne, 10 litres d’eau de boisson traitée au chlore à 30 000-40 000 personnes, essentiellement à Gaza-ville et dans le nord de la bande.



Entre le 12 et le 20 janvier, l’Australian Conservation Foundation (ACF) a distribué 25 litres d’eau par personne et par jour sur une période de cinq jours à 6 988 personnes, à Gaza-ville, au Beach Refugee Camp et au camp de réfugiés de Jabalia.



La CMWU a également fourni des véhicules pour le transport de l’eau de la station de désalinisation de Deir el-Balah (centre de Gaza) à Izbat Abed Rabbo, dans le nord, a indiqué M. Shoblak.



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