Nouvel espoir pour les couples sérodiscordants

Un nouvel essai clinique vient d'être entrepris en Ouganda pour tester l'efficacité de la prophylaxie pré-exposition au sein des couples stables sexuellement actifs, une étude qui sera réalisée sur une période de cinq ans, auprès de 3 900 couples sérodiscordants.

« L'objectif de cette étude est de déterminer si la prophylaxie pré-exposition permet de prévenir la transmission du VIH au sein des couples sérodiscordants », a indiqué le docteur Jonathan Wangisi, chercheur principal dans le cadre de l'étude. L'AIDS Support Organisation (TASO), l'Institute of Infectious Diseases (IDI) et les Centres américains pour le contrôle des maladies (CDC) mèneront cette étude de concert dans différentes régions d'Ouganda. Les essais sont réalisés en partenariat avec l'université de Washington, Seattle, et la Fondation Bill et Melinda Gates.

Si les essais réussissent, le projet présentera une nouvelle méthode de prévention du VIH, adaptée à un groupe de population à risque qui ne correspond pas aux groupes classiques et n'a donc pas été suffisamment ciblé.

En Ouganda, selon le gouvernement, au moins 42 pour cent des nouveaux cas d'infection se déclarent au sein de couples sexuellement actifs qui entretiennent une relation stable. À l'issue de cette étude, la prophylaxie pré-exposition pourrait devenir un outil essentiel de la lutte contre le VIH/SIDA, et donner aux couples sérodiscordants (composés d'un partenaire séropositif et d'un partenaire séronégatif) le moyen d'avoir des enfants sans craindre que le virus soit transmis au partenaire séronégatif.

Selon le docteur Wangisi, une pilule contenant soit du tenofovir, soit un mélange de tenofovir et de truvada (deux médicaments antirétroviraux efficaces pour prolonger la vie des patients) soit un placebo sera administrée au partenaire séronégatif. La pilule doit être prise par voie orale chaque jour, à un moment défini entre les participants des différents lieux d'étude. Plusieurs études récentes ont montré que le risque de transmission du virus au partenaire séronégatif au sein d'un couple hétérosexuel sérodiscordant était très faible si la charge virale du partenaire séropositif avait été considérablement réduite par le traitement.

Les participants à l'étude sont exposés à un risque de transmission extrêmement élevé, c'est pourquoi tous les couples sérodiscordants concernés recevront un suivi psychosocial et seront encouragés à utiliser tous les moyens de prévention du VIH à leur disposition, notamment la circoncision, l'abstinence et les préservatifs.

« La prophylaxie pré-exposition ne remplace pas les préservatifs, ni aucune autre stratégie éprouvée de prévention du VIH : elle s'y ajoute », a expliqué le docteur Wangisi. « Les préservatifs, s'ils sont utilisés régulièrement et correctement, constituent la meilleure intervention médicale pour prévenir la transmission du VIH chez les personnes qui ne peuvent pas s'abstenir d'avoir des rapports sexuels ».

Pour le docteur Kihumuro Apuuli, directeur général de la Commission ougandaise de lutte contre le sida, cette étude est nécessaire en raison d'une faible utilisation du préservatif, rapportée par les couples sérodiscordants, et parce que peu d'habitants connaissent le statut VIH de leur partenaire sexuel de longue durée.

Seuls 21 pour cent des 30 millions d'habitants que compte l'Ouganda se sont déjà soumis à un test de dépistage du VIH, mais selon certaines estimations, le nombre des nouveaux cas d'infection serait supérieur à 100 000 par an, et au moins 1,1 million de personnes sont atteintes du VIH. Le virus se transmet, dans 37,3 pour cent des cas, aux personnes aux partenaires sexuels multiples, dans 35,1 pour cent des cas au sein de couples monogames, et dans 18,1 pour cent des cas, de la mère à l'enfant.

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