« Seuls les hommes âgés peuvent m’aider »

Marie Jessy*, âgée de 16 ans, vit à Carrefour, un quartier pauvre et surpeuplé de Port-au-Prince, la capitale haïtienne. Elle s’est tournée vers le travail du sexe lorsqu’elle s’est retrouvée à la rue, en février 2008, mais elle a reçu un soutien et une formation à des méthodes alternatives de génération de revenus dans un centre de la Fondation pour la santé reproductive et l’éducation familiale (FOSREF), une ONG locale qui se concentre sur la prévention de l’infection au VIH chez les jeunes et les travailleurs de sexe.

« Ma mère m’a gardée seulement deux mois, ensuite elle m’a donnée à une autre femme. J’ai vécu avec cette femme jusqu’à l’âge de 12 ans, puis je suis allée vivre avec ma tante. Mais en février, elle m’a jetée à la porte.

« Je n’ai pas de difficultés à trouver un endroit où rester parce que je vais avec un homme et le lendemain, il me donne de l’argent ; mais j’espère trouver quelqu’un de particulier qui me permette d’arrêter ça, sinon, je serai déjà finie avant même d’atteindre mes 18 ans. Je ne veux pas faire ce genre de travail, je veux finir mes études.

« En ce moment, j’ai un endroit où rester avec un petit ami, parce que je vois pas comment je pourrais vivre seule. Je n’ai personne, seulement ce petit ami, et les gens du [FOSREF] sont ma famille.

« C’est un ami qui m’a emmenée ici [au centre du FOSREF] et j’ai senti que c’était un endroit bien ; j’ai l’impression qu’ils sont comme une famille pour moi parce qu’ils nous parlent de toutes les choses étranges qu’on peut voir à l’extérieur, le VIH/SIDA et d’autres choses mauvaises qui pourraient nous arriver. Ils nous expliquent ce qui pourrait nous arriver si on ne prend pas nos précautions. J’ai vraiment l’impression d’avoir un foyer, même si je ne dors pas là.

« J’utilise toujours des préservatifs parce que c’est la clé de ma vie. Il y a un seul homme qui m’a forcée [à avoir des relations sexuelles] et qui n’a pas utilisé de préservatif, c’est pour ça que j’ai fait un test [de dépistage du VIH] le premier jour où je suis venue ici [au centre], mais c’était négatif.

« La plupart des hommes dehors ne sont pas biens. Je veux quelqu’un qui puisse m’aider ; je ne veux pas quelqu’un de mon âge. L’homme avec qui je suis en ce moment a 32 ans. Les gens demandent s’il n’est pas mon père ou mon grand frère, mais ça m’est égal parce que j’ai besoin de son aide ; je suis obligée d’accepter d’être avec lui ».

* Un nom d’emprunt

ks/he/ail