Circoncision, les soldats rwandais montrent l’exemple

Les soldats des Forces rwandaises de défense (RDF) seront les premiers hommes à bénéficier d’une politique nationale faisant de la circoncision un outil de prévention du VIH/SIDA, d’après de hauts fonctionnaires de la santé.

Début 2008, le ministère rwandais de la Santé a déclaré son intention d’inclure la circoncision dans ses programmes de prévention du VIH –il a été scientifiquement démontré que cette intervention permettait de réduire de 60 pour cent le risque de contamination des hommes lors d’un rapport avec une partenaire infectée. Le programme de circoncision volontaire devrait être initié au mois d’août.

« Nous souhaitons faire des soldats un modèle pour le reste de la population ; ces derniers sont suffisamment adultes pour donner leur consentement, et si les jeunes voient que les soldats sont prêts à supporter la douleur de la circoncision, ils trouveront également le courage de faire de même » a déclaré le docteur Agnès Binagwaho, secrétaire exécutif de la Commission nationale de lutte contre le sida (CNLS) du Rwanda.

« Après les soldats, nous nous tournerons vers les étudiants, puis enfin vers la population générale. Par la suite, nous espérons également pouvoir circoncire les nouveau-nés, tant que la recherche démontre que cette intervention est bénéfique et rentable », a-t-elle ajouté.

Au Rwanda, la circoncision n’est pas pratiquée comme un rite de passage chez les hommes et les garçons, comme c’est le cas dans de nombreuses autres cultures. Le nombre d’hommes circoncis est donc indéterminé, mais probablement peu élevé. Des recherches sont en cours pour déterminer le pourcentage d’hommes susceptibles de bénéficier d’une circoncision.

Le Centre rwandais de lutte et de prévention contre les maladies infectieuses, connu sous le nom de TRAC PLUS, doit mener une enquête portant sur « les connaissances, l’attitude et la pratique » au sein de l’armée afin de déterminer le niveau de sensibilisation requis. Celle-ci sera suivie d’une enquête similaire menée auprès de la population générale avant la mise en place du programme à l’échelle nationale, prévue en 2009.

« Les personnes interrogées dans le cadre de l’enquête devront indiquer si elles savent ou non ce qu’est la circoncision, peuvent énumérer ses avantages et ses inconvénients, continueront d’utiliser des préservatifs après la circoncision, etc », a expliqué Elévanie Nyankesha, coordinatrice du programme de prévention du VIH au sein de TRAC PLUS. « Ensuite, le CNLS prendra en charge l’information et l’éducation du public ainsi que la diffusion du message sur la circoncision ».

« Notre campagne nationale de sensibilisation du public devrait débuter en juillet [2008] ; elle mettra l’accent sur le fait que la circoncision ne peut se substituer à aucune de nos stratégies de prévention existantes, que sont l’éducation, l’abstinence, la fidélité à un unique partenaire sexuel et l’utilisation adéquate et systématique du préservatif » a expliqué Mme Binagwaho, du CNLS, à IRIN/PlusNews.

« La population doit prendre conscience que si la circoncision est bénéfique, il existe toujours un risque de transmission du VIH de 40 pour cent. Il est donc essentiel d’informer la population que la circoncision doit s’accompagner d’une autre méthode de prévention du VIH, telle que le préservatif » a-t-elle ajouté.

La séroprévalence au sein des RDF est estimée à deux à trois pour cent, un taux légèrement inférieur à la moyenne nationale, qui s’élève à trois pour cent. Des activités de prévention intensives sont menées depuis le milieu des années 90, et les baraquements et hôpitaux militaires regorgent de panneaux d’affichage et de posters conseillant aux soldats d’utiliser le préservatif et de faire un test de dépistage du VIH.

« Nous avons récemment interrogé 70 hommes dans l’un des centres de conseil et de dépistage volontaire (VCT) de l’armée. Aussi surprenant soit-il, 55 d’entre eux avaient d’ores et déjà été circoncis, soit pour des raisons d’hygiène, pour ne pas contracter d’autres maladies, soit parce qu’ils pensaient que cela améliorerait leurs performances sexuelles » a déclaré le docteur Charles Murego, directeur des services médicaux au sein du ministère de la Défense.

La campagne de circoncision doit être initiée progressivement sur une longue période de temps, car les RDF, qui comptent 35 000 hommes, ne peuvent se permettre d’avoir plusieurs centaines d’hommes en arrêt de travail au même moment. « Nous circoncirons environ 50 soldats par semaine ; il serait trop dangereux de pratiquer une circoncision de masse au sein de l’armée », a-t-il dit.

Les RDF encourageront également les anciens rebelles en phase de désarmement, de démobilisation et de réintégration à se faire circoncire dans le cadre de leur préparation à un retour dans la société civile.

« Nous devons former du personnel médical (médecins, infirmiers et cliniciens) dans nos hôpitaux militaires et nous procurer le matériel nécessaire avant de démarrer les procédures » a déclaré M. Murego à IRIN/PlusNews. Les RDF disposent de trois hôpitaux militaires dans le pays.

Le Rwanda compte plus de neuf millions de personnes, mais seulement un médecin pour 50 000 personnes et un infirmier pour 3 900 personnes. Renforcer le personnel médical capable de réaliser cette procédure est donc déterminant pour le succès du programme.

D’après Mme Nyankesha, de TRAC PLUS, les médecins ayant récemment reçu une formation en Zambie commenceront à former les médecins locaux à l’échelle des districts.

Le programme de circoncision sera financé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, entre autres bailleurs de fonds, et mené conformément aux recommandations de l’OMS des Nations Unies.

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