Un demi-million de personnes pourraient être touchées par le conflit en 2008

Les Nations Unies et les organisations non-gouvernementales (ONG) qui opèrent dans les régions nord et est du pays, zones de conflit, craignent un bilan humanitaire de plus en plus lourd en 2008, en raison de l’intensification des hostilités entre les forces du gouvernement sri-lankais et les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (TLET).

Les organisations devraient se préparer à aider « jusqu’à 500 000 victimes du conflit, dont des PDIP [personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays], des rapatriés et des personnes économiquement touchées », selon le Plan d’action humanitaire commun (CHAP) 2008, conçu par l’équipe du Comité permanent interorganisations (IASC) chargée du Sri Lanka, et publié le 22 février.

« Le CHAP repose sur le principe que le conflit au Sri Lanka va se poursuivre et s’aggraver, à mesure que le gouvernement agit dans l’intention déclarée de désarmer les TLET », peut-on lire dans le rapport. « Quand bien même le conflit s’atténuerait ou prendrait fin au cours de cette année, il resterait des besoins humanitaires extrêmement importants à satisfaire dans les zones de conflit ».

Selon le rapport, le taux de déplacement pourrait être semblable à celui observé en 2007, où 308 000 personnes avaient été contraintes de fuir. Plus de 140 000 personnes ont désormais été réinstallées dans l’est du Sri Lanka, mais à la mi-février, 225 000 personnes étaient encore déplacées dans huit districts du nord et de l’est du pays.

Les principaux domaines d’aide déterminés dans le cadre du CHAP concernent la protection, l’hébergement, la nourriture, l’eau et l’assainissement du milieu (WASH), l’aide alimentaire, la nutrition, la santé, l’éducation, la sécurité alimentaire (notamment l’agriculture et la pêche), le redressement et les infrastructures économiques, et la logistique. Le rapport du CHAP stipule que les bailleurs se sont engagés à verser 29,2 millions de dollars américains, sur les 175,4 millions de dollars sollicités pour 2008.

« La communauté humanitaire opère dans des conditions extrêmement difficiles, et elle est ainsi moins en mesure de se rendre auprès de l’ensemble des populations qui ont besoin d’aide », indique le rapport. Il est notamment quasi impossible de se rendre dans certaines zones du nord.

Depuis le mois de décembre 2007, au cours duquel les Tigres tamouls ont informé les Nations Unies et les autres organisations opérant dans le district de Mullaitivu (nord), sous leur contrôle, qu’ils ne pouvaient pas garantir leur sécurité, les organisations ont réduit leurs effectifs dans la région, un nombre limité de leurs employés n’y retournant que pendant la journée, selon Imalda Sukumar, représentant du gouvernement à Mullaitivu.

« Personne [aucun employé des Nations Unies ni des autres organisations humanitaires] ne reste ici, à Mullaitivu […] tout le monde part en fin d’après-midi », a expliqué M. Sukumar, ajoutant qu’il y avait « bien entendu […] des retards dans la mise en œuvre des programmes et des opérations d’aide ».

Les organisations humanitaires ont de plus en plus de difficultés à acheminer les secours jusque dans les régions aux mains des Tigres, au-delà de Vavuniya, dernière ville contrôlée par le gouvernement avant les zones rebelles, à 220 kilomètres au nord de Colombo, la capitale. Les marchandises et les véhicules sont tous soumis à des contrôles gouvernementaux rigoureux dans la ville de Madavachchiya, située à 30 kilomètres au sud de Vavuniya.

Obstacles aux opérations humanitaires

Pour faciliter ses opérations de distribution alimentaire dans le nord et aider d’autres organisations à transporter et à stocker leurs propres matériels de secours, le Programme alimentaire mondial (PAM) a mis à leur disposition un parc de camions de transport et a établi des centres logistiques et aménagé des structures de stockage juste au sud de la ligne qui délimite les régions aux mains des Tigres tamouls.

Mohamed Salehin, directeur national des bureaux du PAM au Sri Lanka, a expliqué à IRIN qu’il était essentiel, face aux besoins alimentaires de plus en plus importants des populations du nord, d’acheminer des réserves de vivres à Vavuniya de manière anticipée, pour éviter les ruptures d’approvisionnement. A mesure que la demande augmente, a-t-il également averti, le PAM aura besoin de fonds supplémentaires pour acheter des vivres et conserver sa capacité de stockage et ses moyens logistiques.

CARE International est une des organisations qui dépendent des structures d’entreposage et des camions du PAM pour l’acheminement de leurs réserves dans les zones aux mains des TLET. « Il est désormais essentiel que les opérations du PAM se poursuivent », a déclaré à IRIN Nick Osborne, directeur national de CARE. « Il y a tellement de questions liées au transport de marchandises, et c’est plus facile de le faire par l’intermédiaire d’une seule agence ».

Malgré tout, les obstacles aux distributions sont de plus en plus nombreux, a averti M. Osborne. « Toutes sortes de restrictions et de contrôles sont imposées au transport de marchandises vers les régions aux mains des Tigres », a-t-il indiqué à IRIN.

Le 12 février, l’armée sri-lankaise a notamment introduit de nouvelles procédures relatives à l’autorisation de passage des véhicules dans Vavuniya à partir de Vanni (régions aux mains des Tigres), selon l’IASC. « En vertu de cette nouvelle directive, seuls sept véhicules légers et sept camions sont autorisés à passer chaque jour », stipule la directive.

Selon l’armée sri-lankaise, cette mesure s’explique par le manque de personnel technique aux postes de contrôle. « C’est à cause d’un manque de personnel ; [mais] nous nous efforçons de stationner davantage de personnes aux postes de contrôle et ces restrictions pourront bientôt être allégées », selon le brigadier Udaya Nanayakkara, porte-parole de l’armée.

Quoi qu’il en soit, il est peu probable que la situation s’améliore rapidement de manière significative, comme l’indique le rapport du CHAP.

« Depuis que le CHAP a été élaboré, à la fin de l’année 2007, le meilleur des cas, qui impliquait la cessation des hostilités, l’application de l’ACLF [accord de cessez-le-feu] et l’absence de nouveaux déplacements internes, ne peut plus être envisagé comme une option réaliste, tout au moins dans les premiers temps de l’année 2008 », indique-t-il.

« En effet, le premier mois de l’année 2008 a été marqué par une intensification des affrontements le long de la FDL [ligne de défense avancée], par plusieurs attentats destructeurs à la mine Claymore et par une insécurité croissante dans et hors des zones de conflit ».

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