Nouvelles mises en garde contre le ‘remède du sida’ du Président

L’organisation mondiale de professionnels de la lutte contre le sida International AIDS society (IAS) a exprimé sa « grande inquiétude » face à la persistance des affirmations « non prouvées » du Président gambien qui soutient avoir trouvé un remède contre le sida.

« L’IAS soutient fermement une réponse à l’épidémie fondée sur des preuves scientifiques. C’est donc avec une grande inquiétude que nous notons les derniers développements liés au traitement du VIH en Gambie », a dit l’organisation, qui réunit plus de 10 000 professionnels de la lutte contre le sida dans 171 pays, dans un communiqué publié la semaine dernière.

Fin janvier, le président gambien Yahya Jammeh avait affirmé avoir découvert un remède contre le sida à base de plantes médicinales, et lancé un programme de traitement de patients infectés au VIH.

Pour appuyer ses assertions, la présidence gambienne avait dit avoir envoyé des échantillons sanguins au professeur Souleymane Mboup à l’Université de Dakar, au Sénégal, et affirmé que les résultats des analyses effectuées par le laboratoire de ce scientifique sénégalais renommé dans la lutte contre le virus prouvaient l’efficacité du remède de M. Jammeh, la charge virale des patients –la quantité de virus dans le sang- étant devenue indétectable.

M. Mboup, ancien représentant de l’IAS en Afrique et président de la prochaine Conférence internationale sur le sida et les infections sexuellement transmissibles (Cisma) qui se tiendra en 2008 à Dakar, a fermement contesté cette explication dans le communiqué conjoint de l’IAS et de la Society for AIDS in Africa, une association de professionnels du VIH en Afrique.

« L’interprétation par les autorités gambiennes des résultats des tests VIH d’anticorps et de charge virale sur les échantillons sanguins envoyés à mon laboratoire est incorrecte », a dit M. Mboup, précisant en outre que ces résultats avaient été obtenus sous de « faux prétextes », un technicien venu solliciter une formation ayant en fait utilisé le laboratoire pour effectuer des tests sur les échantillons des patients de M. Jammeh.

Parmi les échantillons de ces patients séropositifs, « aucun ne pouvait être décrit comme guéri », a révélé M. Mboup.

« La charge virale était détectable dans la majorité des cas », a-t-il précisé. « Dans certains échantillons, la charge virale était en-dessous du niveau détectable, [mais] ce n’est pas surprenant dans la mesure où les patients étaient traités avec des antirétroviraux [ARV] avant de commencer le remède à base de plantes médicinales, et qu’une thérapie ARV efficace peut réduire la charge virale à un niveau indétectable. »

Il n’y a « pas de remède connu contre le sida », a insisté M. Mboup.

« En aucun cas, les tests menés dans mon laboratoire ne peuvent être utilisés comme la preuve de l’existence d’un prétendu remède contre le VIH. Pour que des résultats soient utilisés dans ce sens, il faut que des tests soient menés avant, pendant et après le traitement », a-t-il souligné.

Donner des preuves scientifiques

Réfutant les accusations du gouvernement gambien qui attribue toute critique du remède de M. Jammeh à de « l’anti-africanisme », le président de l’IAS, le docteur Pedro Cahn, a également insisté sur la nécessité d’obtenir des preuves scientifiques de l’efficacité présumée d’un traitement.

Malgré de multiples requêtes de la communauté internationale, les autorités gambiennes ont jusqu’à présent refusé de donner des détails sur le ‘remède’ de M. Jammeh ou de laisser des experts indépendants y avoir accès.

« L’IAS pense que toute approche raisonnable doit être évaluée scientifiquement, y compris le traitement gambien nommé ‘remède’. Il est prématuré et contraire à l’éthique de qualifier ce produit de remède s’il n’a pas été dûment testé et prouvé », a-t-il dit.

M. Cahn a réitéré les inquiétudes formulées par de nombreux professionnels de la lutte contre le sida dans le monde, concernant l’obligation imposée par M. Jammeh aux patients séropositifs participant à son programme d’interrompre leur traitement ARV pour recevoir le ‘remède’.

Les ARV, qui permettent de prolonger et améliorer la vie des personnes vivant avec le VIH, sont des médicaments qui se prennent à vie. Toute interruption de traitement expose le patient au risque de voir son état de santé se détériorer et de développer des résistances aux ARV.

« Priver les patients d’une thérapie puissante de combinaison antirétrovirale, qui a sauvé des millions de vie depuis son apparition en 1996, est choquant et irresponsable », a dénoncé M. Cahn.

L’IAS a exhorté ses membres autour du monde à tout faire pour dissuader les gouvernements de soutenir des « affirmations non prouvées de remèdes contre le sida ».

« Nous recommandons aux professionnels de la santé et aux décideurs politiques à travers le monde de continuer à mettre en oeuvre des programmes ARV pour tous ceux qui en ont besoin, et de leur expliquer très clairement les dangers reconnus qu’il y a à interrompre la thérapie », a dit l’organisation.

Alors que la communauté internationale est de plus en plus critique vis-à-vis des affirmations du Président gambien, peu de gens en Gambie ont osé jusqu’à maintenant les remettre en cause, dans un pays où la liberté d’expression n’a cessé d’être réduite depuis l’arrivée au pouvoir de M. Jammeh, par un coup d’Etat en 1994.

En février, le docteur Fadzai Gwaradzimba, coordinatrice résidente du système des Nations Unies en Gambie, a été déclarée ‘persona non grata’ et expulsée du pays pour avoir exprimé les inquiétudes des Nations Unies sur les effets potentiellement dévastateurs des assertions du Président.

ail/

Lire aussi :
GAMBIE: La représentante des Nations unies menacée d’expulsion 
GAMBIE: Les patients sous ARV appelés à poursuivre leur traitement - Nations unies 
GAMBIE: Besoin urgent d'explication sur le "remède contre le sida" du Président