La communauté internationale au chevet du Liban

Le gouvernement libanais compte sur l’aide de la communauté internationale pour financer les travaux de reconstruction du Sud Liban, une région qui a été la cible des bombardements de l’armée israélienne pendant les 34 jours du conflit israélo-libanais.

Quarante pays et organisations internationales comme les Nations unies, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Croix-Rouge ont participé le 31 août à la conférence internationale sur la réhabilitation du Liban. Cette conférence s’est tenue à Stockholm, en Suède et avait pour but de réunir des fonds en vue de répondre aux besoins humanitaires urgents du Liban et de contribuer sans tarder à l’effort de reconstruction du pays.

« Nous devons désormais faire face à deux urgences : répondre aux besoins immédiats du Liban et permettre au gouvernement de bien démarrer les travaux de reconstruction du pays. Nous envisageons de tenir une conférence internationale pour examiner les besoins à long termes du pays », a déclaré Mark Malloch Brown, le secrétaire général adjoint des Nations unies.

Les bombardements israéliens ont considérablement endommagé les infrastructures civiles de la région et fait près d’un million de déplacés. Selon le Conseil libanais pour le développement et la reconstruction (CDR), le montant des dégâts matériels subis par le Liban s’élève à près de 3,6 milliards de dollars américains. Plus de 15 000 maisons et 80 ponts et routes ont été détruits pendant la campagne de bombardement des forces israéliennes de défense.

Le gouvernement libanais a lancé un appel d’urgence pour collecter 75 millions de dollars, destinés au financement de logements provisoires et 30 millions de dollars pour la réfection des grands axes routiers et des ponts.

Les installations et centrales électriques ont également été la cible des attaques aériennes israéliennes. Selon Electricité du Liban (EDL), la société nationale d’électricité, près de 150 transformateurs ont été détruits et devront être remplacés. En outre, 90 pour cent de la population des villes du Sud Liban vit actuellement sans électricité.

L’absence d’électricité implique également qu’il n’est plus possible d’utiliser les pompes pour assurer la distribution de l’eau, ce qui rend encore plus difficile le retour des déplacés dans leurs maisons.

« Les déplacés qui retournent dans le sud avec l’intention de s’y installer devront peut-être repartir, compte tenu du manque d’électricité », explique Tom White, responsable du bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Tyre.

Mais ce conflit a également des prolongements dans l’organisation de la rentrée scolaire. En effet, la rentrée des classes sera retardée car beaucoup d’écoles ont été endommagées et les réparations ne pourront être achevées à temps. Selon Khaled Qabbani, le ministre de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, près de 50 écoles, dont 13 publiques, ont été entièrement détruites dans le pays.

« Rien que dans le Sud, 275 à 300 [écoles] ont été touchées par les bombardements », a expliqué M. Qabbani

En collaboration avec le Fonds des Nations unies pour l’enfance (l’UNICEF) et l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, (UNESCO), le gouvernement libanais met tout en oeuvre pour que les écoliers du Sud Liban reprennent les cours le 9 octobre, c’est-à-dire trois semaines après la date habituelle de la rentrée scolaire.

L’élimination des bombes à sous-munitions constitue également un grand sujet de préoccupation, dans la phase de reconstruction du Liban. En effet, ces engins non explosés sont un obstacle majeur au retour en toute sécurité des milliers de déplacés.

« Les déplacés qui rentrent chez eux sont confrontés à de très graves problèmes. D’après les informations dont nous disposons, près de 250 000 d’entre eux ne peuvent plus réintégrer leurs maisons parce qu’elles ont été détruites ou à cause de la présence de bombes à sous-munitions », a fait remarquer Jan Egeland, le Secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des affaires humanitaires.

M. Egeland a également condamné l’utilisation par Israël de ces engins qui libèrent généralement de grandes quantités de petites bombes sur un large périmètre.

Depuis le 14 août, date de l’application de la résolution 1701 qui a mis fin au conflit, ces engins ont fait douze morts et 44 blessés au Liban. Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et la mission des Nations unies chargée des opérations de déminage au Sud du Liban (UNMACC) s’emploient actuellement à déminer la région pour permettre aux déplacés de retourner chez eux le plus tôt possible et dans les meilleures conditions de sécurité.

Lors de sa tournée dans le Moyen-Orient, le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a annoncé le 30 août au cours d’une conférence de presse que les Nations unies continueraient à soutenir les efforts de reconstruction et tout particulièrement les opérations de déminage.

« Il est temps de se tourner vers l’avenir. Voyons en cette période post-conflit une opportunité pour la paix, la prospérité et la stabilité du Liban. Nous devons tous travailler ensemble pour reconstruire le Liban, créer un environnement sûr et sécurisé en éliminant notamment les mines antipersonnel et les bombes à sous-munitions », a déclaré M. Annan.

Bien que les efforts de la communauté internationale soient concentrés sur les besoins humanitaires immédiats du Liban, le récent conflit pourrait causer de lourdes pertes économiques à la région et la plonger dans une récession.

Le Programme de développement des Nations unies a estimé à 15 milliards de dollars le montant des pertes directes et indirectes résultant du conflit. Et ces pertes ne concernent pas uniquement les dégâts matériels nécessitant des réparations ; elles sont aussi la conséquence du blocus aérien et maritime qu’Israël continue d’imposer au Liban.

Selon l’expert Mazen Souied, le ralentissement de l’activité économique et le blocus israélien pourraient faire perdre 9,5 milliards de dollars à l’économie libanaise, soit 40 pour cent du PIB du pays.

Pour Israël, ce blocus vise à empêcher le réarmement du Hezbollah. Toutefois, les navires transportant de l’aide humanitaire ne sont pas concernés par cette situation et l’aéroport de Beyrouth sera bientôt rouvert au trafic.

Le blocus maritime d’Israël se poursuit et il est impossible actuellement de dire combien de temps durera cette situation.

« L’impact de l’aide humanitaire sur l’activité économique globale du Liban est infime et d’autant plus qu’elle ne cible que les personnes les plus vulnérables », a déclaré David Shearer, le coordonnateur des Nations unies à Beyrouth. « Mais si le blocus maritime se poursuit, c’est alors tout le Liban qui deviendra de plus en plus vulnérable ».

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