Les personnes séropositives victimes de discrimination de la part des médecins

Les personnes séropositives vivant en Angola sont victimes de stigmatisation et de discrimination de la part de leurs proches, mais également de la part des professionnels de la santé, dont les connaissances sur le VIH/SIDA sont limitées.

Lorsque Felisberta Massango, une activiste séropositive engagée dans la lutte contre le VIH/SIDA et membre de l’ONG Acção Humana, a amené une de ses amies, qui se trouvait en phase terminale du sida, dans un hôpital public de Lunda, la capitale angolaise, elle a d’abord dû convaincre le médecin de service de l’hospitaliser d’urgence.

Lui, a-t-elle raconté, aurait préféré l’envoyer à l’hôpital Esperança, un établissement spécialisé dans la prise en charge des personnes vivant avec le VIH/SIDA, qui ne propose que des services de jour.

«Il a accepté avec réticence de lui donner un lit, mais quelques heures plus tard, il l’a faite sortir … alors qu’elle devenait de plus en plus faible. Après avoir fait plusieurs hôpitaux, nous avons réussi à avoir un lit à l’hôpital Divina Providência, mais mon amie en avait assez d’être rejetée, et elle mourut deux jours plus tard», a confié Felisberta Massango, la troisième personne à avoir révélé publiquement sa séropositivité en Angola en 2003.

Selon Marilia Afonso, directrice de l’hôpital Esperança, cet incident n’est pas un cas isolé.

«Malheureusement, certains de nos collègues n’ont pas encore bien compris en quoi consiste le rôle de l’hôpital Esperança, et ils ne savent pas ce qu’est le sida», a-t-elle expliqué à PlusNews.

Une personne souffrant de diabète qui contracte un paludisme ou une pneumonie n’est pas obligée d’aller voir un médecin spécialiste du diabète, elle peut consulter un généraliste, a-t-elle souligné. «Une personne séropositive doit être admise dans les centres sanitaires comme n’importe quel autre patient venu pour une consultation.»

Selon Pombal Maria, le secrétaire général d’Acção Humana, le problème est dû au manque de connaissances des médecins qui, la plupart du temps, ignorent comment s’occuper des patients séropositifs.

Ceux-ci sont donc marginalisés, et ne prennent pas part à l’administration des traitements antirétroviraux (ARV), aux cours, aux forums et autres ateliers de formation.

«Lorsque les personnes séropositives viennent, c’est juste pour faire un témoignage, puis elles s’en vont», a déclaré Pombal Maria.

Parfois, les médecins, surchargés de travail, pensent que les personnes séropositives viennent à l’hôpital uniquement pour y mourir. «Soit les hôpitaux n’ont pas assez de place, soit ils rejettent tout simplement un patient atteint du VIH/SIDA», a affirmé Carolina Pinto, une séropositive connue pour son engagement dans la lutte contre le sida en Angola.

«Lorsque les ONG se plaignent, les hôpitaux reçoivent le patient pour une nuit, puis ils le renvoient le lendemain», a-t-elle souligné en s’appuyant sur sa propre expérience. Alors qu’elle s’était rendue, pendant sa grossesse, dans un hôpital public pour faire un test sanguin, elle entendit une infirmière lancer au médecin : ‘Fais attention, celle-là est séropositive, je l’ai vue à la télé … Ne viens pas me dire que je ne t’avais pas prévenu !’

Choquée, Carolina Pinto ne put que rétorquer : «J’allais l’annoncer moi-même au médecin, de toute façon.»

La rivalité entre personnel soignant au sein du système de santé peut également être à l’origine de telles attitudes, le personnel de l’hôpital Esperança étant en général mieux payé que celui des autres institutions sanitaires.

L’hôpital Esperança a été inauguré il y a deux ans par le président José Eduardo dos Santos. Il fait partie de l’Institut national de lutte contre le VIH/SIDA et il accueille quelque 5 000 patients, provenant de l’ensemble du pays.

Seules cinq des dix-huit provinces de l’Angola peuvent administrer des ARV. Cependant, le Président a annoncé dernièrement que toutes les provinces seraient équipées de centres ARV d’ici le mois de septembre.

L’Angola affiche un taux de séroprévalence de l’ordre de 4,3 pour cent.