L'accord avec le Soudan a peu de chances d’atténuer les souffrances

Les présidents tchadien et soudanais ont convenu, la semaine dernière, de mettre fin au conflit qui s’étend de l’autre côté de leurs frontières, mais les analystes pensent que cet accord a peu de chances de faire baisser le niveau de violence et n’influera guère sur la crise humanitaire qui a fait 140 000 déplacés tchadiens.

« Il s’agit d’une accalmie dans un ciel orageux, elle est donc temporaire », a dit à IRIN un haut fonctionnaire international à Ndjaména, sous le couvert de l’anonymat.

« Au bout du compte, cela ne changera absolument rien » a-t-il ajouté, en soulignant que le président soudanais Omar el-Béchir et son homologue tchadien Idriss Déby avaient signé d’autres accords de paix ces derniers mois, négociés par leur voisine du nord, la Libye, mais que le conflit dans l’immense zone située à cheval sur la frontière entre l’est du Tchad et la région du Darfour, dans l’ouest du Soudan n’en avait pas moins continué.

La dernière rencontre, qui a pris fin jeudi, a été négociée par l’Arabie Saoudite. « Les deux parties accepteront de travailler avec l’Union Africaine et les Nations Unies pour mettre fin au conflit au Darfour et dans l’est du Tchad, afin d’instaurer la stabilité et la paix pour tous », a rapporté l’agence Reuters.

L’accord fait suite à une période de regain de tension entre les deux pays, après que l’armée tchadienne se serait introduite au Soudan à la poursuite de rebelles tchadiens et se serait heurtée aux troupes soudanaises. Le Soudan a déclaré que les tchadiens avaient tué 17 de ses soldats le 9 avril.

« Aucune des deux parties ne souhaite un affrontement direct de ses troupes avec celles de l’autre », a expliqué le fonctionnaire international. « Donc il se pourrait bien que le conflit prenne fin », a-t-il ajouté, « mais de toutes façons, cela n’a jamais été le véritable problème ».

Selon lui, le réel problème est que les deux gouvernements sont en train de mener des combats par procuration contre les groupes rebelles tchadiens basés dans la partie soudanaise de la frontière et les groupes rebelles soudanais basés du côté tchadien, des combats par procuration qui deviennent « plus évidents que jamais ».

Selon un rapport publié par Human Rights Watch en février, « Les gouvernements soudanais et tchadiens appuient tous deux des groupes armés qui les opposent l’un à l’autre ».

Selon le directeur du journal de Ndjaména L’Observateur, Sy Koumbo Singa Gali, « Ces deux pays ont un intérêt à soutenir des forces qui essaient de renverser le gouvernement voisin ».

Les Tchadiens qui font pression sur le président Déby pour qu’il soutienne les rebelles soudanais sont si puissants qu’il serait dangereux pour ce dernier de les contrarier, a expliqué le fonctionnaire international. « Cesser de les soutenir le rendrait extrêmement impopulaire. Ce n’est tout simplement pas demain que tout cela va se terminer ».

En ce qui concerne le Soudan, sa mission à long terme est de chasser Déby du pouvoir, a-t-il poursuivi.

Selon cette source, « ce n’est pas que les soudanais sont pressés. Ils agissent de façon plus stratégique que tactique, pour encourager un changement de régime ».

Pendant qu’elle est occupée à repousser les rebelles, l’armée tchadienne ne peut pas surveiller sa frontière orientale, expliquent les analystes. C’est ainsi que les miliciens soudanais appelés les Janjaweed, qui s’attaquent depuis longtemps aux civils dans la région soudanaise du Darfour, ont pu pénétrer au Tchad et y perpétrer des raids contre des villages. Ces miliciens sont aussi en train d’établir des alliances avec divers groupes à l’intérieur du Tchad.

Une autre dimension du conflit est la violence entre diverses communautés locales, souvent entre celles qui s’identifient comme des arabes et les autres.

« Les niveaux de conflit sont tous liés, mais ces conflits intercommunaux ont eu jusqu’ici le pire impact humanitaire », a déclaré le responsable international, ajoutant que les politiques gouvernementales ne pourraient sans doute pas y mettre fin. « A ce stade, quelles que soient les décisions prises par les dirigeants des deux pays, il est peu probable que cela influe sur la situation sur le terrain ».

En plus des 140 000 tchadiens déplacés dans l’est du pays, plus de 225 000 réfugiés soudanais fuyant le Darfour ont afflué dans cette région.

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