De la politique de lutte contre la sécheresse à la réalité

Il y a un grand pas entre l’intention déclarée d’un pays d’élaborer une politique de lutte contre la sécheresse et sa mise en application sur le terrain. Voilà l’opinion exprimée par plusieurs participants à la Réunion de haut niveau sur les politiques nationales en matière de sécheresse, récemment organisée à Genève.

Les sécheresses sont les catastrophes naturelles les plus coûteuses, occasionnant des pertes de six à huit milliards de dollars chaque année. Et elles sont de plus en plus fréquentes.

« Les sécheresses sont de plus en plus fréquentes et elles sont devenues un phénomène quasi-permanent dans certaines régions de l’Afrique, marqué par des inondations et ne laissant aucune phase de récupération aux foyers vulnérables », a dit Gideon Galu, un scientifique basé en Afrique, qui travaille pour le Réseau de systèmes d'alerte précoce contre la famine (FEWSNET).

En dépit de ces faits, seuls quelques pays ont mis en place des politiques en matière de sécheresse.

Après cinq jours de discussions, les participants à la première conférence mondiale sur la sécheresse organisée à Genève ont adopté une déclaration non contraignante appelant les pays à élaborer des politiques nationales de gestion de la sécheresse et à les mettre en œuvre.

Le Premier ministre du Niger, Brigi Rafini, a dit à IRIN, « Il faut respecter la souveraineté des pays. On ne peut pas les obliger à mettre en œuvre des politiques, mais la conférence aura au moins permis une sensibilisation à la prévention [de l’impact destructeur de la sécheresse], et les délégués ont découvert la valeur de la coopération [entre les secteurs et les agences] ».

Recommandations en dix points

La déclaration présente une série de possibilités d’action. Le document de politique recommande un processus en dix étapes inspiré du plan de préparation à la sécheresse élaboré par les États-Unis. Les étapes associent la prévention des conséquences de la sécheresse, le renforcement de la résilience des pays et des communautés, la réponse à la sécheresse et la science :

- Lancer un groupe de travail national sur la sécheresse
- Déterminer les objectifs d’une politique nationale fondée sur les risques de la sécheresse
- Mener des consultations ouvertes à tous, des collectivités aux hauts législateurs, et résoudre les conflits liés à l’eau entre les secteurs
- Obtenir des données sur les ressources disponibles et nécessaires pour la prévention et la réponse à sécheresse, ainsi que sur les communautés les plus vulnérables
- Préparer les éléments clés d’une politique de lutte contre la sécheresse : surveillance, alerte précoce, prévision; évaluation des risques et de l’impact; et mesures d’atténuation et de réponse
- Déterminer les besoins et les lacunes en matière de recherche pour les institutions qui travaillent sur les questions liées à la sécheresse
- Intégrer les aspects scientifiques et politiques de la gestion de la sécheresse
- Promouvoir la politique et renforcer la sensibilisation
- Développer des programmes éducatifs adaptés à chaque groupe d’âge et à chaque communauté
- Examiner et réviser la politique

« Il faut respecter la souveraineté des pays. On ne peut pas les obliger à mettre en œuvre des politiques, mais la conférence aura au moins permis une sensibilisation »

Les étapes mettent l’accent sur une approche fondée sur les preuves. Par exemple, les études d’impact aideraient les pays à planifier leurs interventions, telles que les protections sociales et le soutien technique. Ces interventions pourraient inclure la distribution de semences résistantes à la sécheresse, une meilleure gestion de l’eau et du sol ou la souscription à une assurance.

« Il faut des informations de bonnes qualité sur la sécheresse pour pouvoir identifier les zones et les collectivités vulnérables », a dit Bruce Stewart, Directeur du climat et de l’hydrologie de l’Organisation mondiale de la météorologie (OMM), le principal organisateur de la conférence.

Comprendre les nécessités

Il y a cependant un décalage important entre les politiques préconisées et les capacités des pays les plus vulnérables.

Les sécheresses récentes dans la Corne de l’Afrique, au Sahel et aux États-Unis ont eu d’importantes conséquences humanitaires. Entre 2011 et 2012, le Sahel a enregistré une baisse de 26 pour cent de la production de céréales suite à la sécheresse, indiquent les Nations Unies. La situation reste critique – plus de dix millions de personnes souffrent toujours d’insécurité alimentaire, et 1,4 millions d’enfants sont confrontés à un risque de malnutrition aigüe.

Mais les pays de la région du Sahel ont encore des difficultés à mettre de l’ordre dans leur réponse de base à la sécheresse. La plupart sont loin de développer des approches intersectorielles élaborées et les meilleures pratiques fondées sur des données scientifiques, comme préconisé lors de la conférence.

Birama Diarra, un des responsables de la Direction nationale de la météorologie du Mali, a indiqué que son pays devait encore améliorer son système d’alerte précoce et sa capacité à disséminer l’information aux personnes sur le terrain.

Les habitants de certaines régions de la Mauritanie ont été surpris par l’arrivée de la sécheresse en 2011. Selon Mohamed Elighali Ould Khhtour, directeur de l’Office national de météorologie de la Mauritanie, la capacité à mettre en œuvre des systèmes d’alerte précoce de base et à mener des évaluations est limitée. « Nous n’avons pas les ressources nécessaires pour cela, nous avons besoin de financements, du soutien des bailleurs de fonds et des agences d’aide humanitaire », a-t-il dit.

Franz Uirab, chef du Service de météorologie de la Namibie, indique que son pays a un plan de réponse aux catastrophes, mais qu’il est loin d’être parfait. « En ce moment, le sud de la Namibie est touché par la sécheresse, mais nous sommes plutôt réactifs », a-t-il dit. « Nous ne nous rendrons pas dans les zones touchées pour réaliser des évaluations poussées [de la vulnérabilité]. Nous réalisons des enquêtes rapides afin de planifier notre réponse lorsqu’une catastrophe se [produit]. Nous n’avons pas ni les capacités ni le temps pour planifier des mesures de prévention ».

Des délégués à la conférence, comme MM Uirab, Khhtour et Diarra, ont retenu qu’il fallait se concentrer sur la prévention des crises et sur la réponse à la sécheresse.

« Nous devrons coordonner nos plans conformément au cadre d’action proposé à la conférence, tout en le modifiant pour répondre à nos besoins bien sûr », a dit M. Uirab.

Selon M. Stewart, l’OMM organise régulièrement des ateliers et donne accès à des cours en ligne aux climatologues et aux météorologistes afin de renforcer la capacité. « Mais nous sommes aussi limités par nos capacités et par des ressources réduites », a-t-il dit.

Les partenariats mondiaux ont également un rôle à jouer. Le Partenariat mondial sur l’eau participe à l’établissement d’un Programme de gestion intégrée de la sécheresse, qui vise à intégrer la réponse à et les mesures d’atténuation de la sécheresse à tous les niveaux. Alex Simalabwi du Partenariat mondial sur l’eau indique que des programmes ont été mis en œuvre dans plusieurs pays. « Nous espérons en tirer profit », a-t-il dit.

Volonté politique

Finalement, l’application des recommandations relatives à la politique de lutte contre la sécheresse proposées lors de la conférence nécessite une volonté politique, a indiqué Jerry Lengoasa, Secrétaire général adjoint de l’OMM.

Si l’on se fie à la présence des législateurs à la réunion, on peut dire qu’il y a un manque de volonté politique.

Seuls quelques hauts responsables de l’aide humanitaire et quelques ministres ont participé à la Réunion de haut niveau organisée pour les dignitaires et les ministres. M. Brigi Rafini du Niger était le seul chef d’État présent à la réunion.

William Lacy Swing, Directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), faisait partie des quelques responsables d’agence qui ont participé à la Réunion de haut niveau. Il a noté que la sécheresse était le deuxième facteur des migrations.

« Vous imaginez bien le genre de problèmes auxquels nous sommes confrontés – les sécheresses ne sont pas aussi graves que les inondations ou que les tremblements de terre, donc elles n’attirent pas autant d’attention », a dit Sergio Zelaya Bonilla, coordonnateur de la politique et du plaidoyer de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CLD). « Mais toutes les personnes vraiment concernées par la question de la sécheresse étaient présentes [à la conférence] ».

Et les délégués se sont engagés à promouvoir les orientations politiques présentées lors de la réunion.

« Nous transmettrons tout ce que nous avons entendu en espérant que nos gouvernements nous écoutent », a dit M. Diarra.

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