Darfour – Le retour aux « formes de violence du passé »

Selon certaines sources, les combats entre les forces du gouvernement et les rebelles au nord et au sud du Darfour, dans la partie ouest du Soudan, ont déplacé des dizaines de milliers de personnes et empêché l’accès des travailleurs humanitaires à certaines des régions touchées.



« Tandis que la communauté internationale concentrait son attention sur le Sud-Soudan, la situation au Darfour s’est considérablement détériorée, » a dit Daniel Bekele, directeur de la division Afrique pour Human Rights Watch (HRW), « Nous assistons à un retour des formes de violence du passé : le gouvernement comme les forces rebelles s’en prennent aux civils et commettent d’autres violences. »



La situation s’est détériorée à cause des affrontements qui opposent les forces gouvernementales et deux groupes rebelles, l’Armée de libération du Soudan (l’ALS) et le Mouvement Justice et Equité (MJE). La détérioration est également due à la concentration de l'attention internationale sur le récent référendum au Sud-Soudan.



L’ALS est fidèle à Minni Arko Minnawi, qui a signé l’Accord de Paix du Darfour en 2006 et a été nommé assistant supérieur du président soudanais et chef de l'Autorité transitoire régionale du Darfour.



Le gouvernement et les forces rebelles ont ciblé les populations civiles en fonction de leur affiliation ethnique, a déclaré HRW.



« Le Soudan, ses forces alliées, et les factions rebelles doivent mettre fin aux attaques contre les civils et les gouvernement concernés – encore préoccupés par le référendum au Sud-Soudan – doivent faire pression pour que ces attaques criminelles cessent et que les auteurs des violences aient à répondre de leurs actes, » a t-il fait remarquer.



Selon le droit international humanitaire, qui est applicable au Darfour, les forces armées sont censées garantir de ne prendre pour cible que des objectifs militaires, et non des civils. « Les civils et leurs biens ne doivent jamais faire l’objet d’attaques délibérées ; les responsables[de telles attaques] sont coupables de crimes de guerre, » a dit le HRW.



Les affrontements durent depuis décembre, et ont déplacé, d’après les estimations, 40 000 personnes. Le 25 janvier, les combats continuaient à faire rage 24 heures après avoir éclaté à Tabit, 45 kilomètres au sud d’El Fasher, au Nord Darfour.



Mise à l’écart de la MINUAD

 

« Les forces de maintien de la paix de la MINUAD [Mission des Nations Unies et de l’Union africaine au Darfour] ont été empêchées de pénétrer dans la zone par des officiers des FAS [Forces armées soudanaises] qui ont invoqué des raisons de sécurité, » ont rapporté les Nations Unies.



Une mission de vérification venant de Shangil Tobaya n’a pas pu être menée à bien à Tabit au Nord Darfour le 27 janvier, car des bombardements aériens ont commencé. Selon la MINUAD, quelque 200 soldats du gouvernement répartis dans 40 véhicules ont ensuite encerclé l’équipe et le camp de fortune voisin, qui abrite des milliers de civils déplacés par les combats de décembre.



Attaquer des civils et les empêcher de chercher un abri est une violation du droit international humanitaire, et bloquer leur entrée dans le camp de la MINUAD enfreint également l’Accord sur le statut des forces passé entre le gouvernement soudanais et l’ONU.



Deux jours auparavant, deux patrouilles de Graida, 100 kilomètres au sud de Nyala, au Sud Darfour, avaient été bloquées par des forces gouvernementales à deux postes de contrôle. L’un était dans le village d’Assafaya Sufa, à 32 kilomètres au nord-ouest de Graida, et le second à Dito, à 41 kilomètres au sud-ouest de Graida.



« La détérioration de la sécurité au Sud Darfour a provoqué un déplacement continu de civils et entravé les activités et les mouvements des missions humanitaires, a dit le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (le PAM).



A Khor Abeche et Muhajeria, au Sud Darfour, des milliers de personnes ont été déplacées par les affrontements qui ont opposé les forces gouvernementales aux rebelles de l’ALS et du MJE.














Photo: Wikimedia Commons
Carte du Darfour

« A la fin du mois, plus de 10 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays (DPI) avaient cherché refuge aux abords d’un camp de la MINUAD à Khor Abeche et avaient désespérément besoin de soins médicaux, de nourriture et de protection, » a noté le PAM, ajoutant que des rations alimentaires avaient été fournies à quelque 2 000 personnes à Khor Abeche et à 7 000 personnes à Jakhara.



Au Sud Darfour également, le camp de DPI de Shearia a été incendié. D’autres affrontements ont eu lieu à Shangil Tobaya et Dar el Salam au Nord Darfour. Les zones où se sont déroulées les violences sont interdites aux agences des Nations Unies et aux organisations non-gouvernementales (ONG) internationales, a dit le PAM.



« Accroissement des souffrances »



« Le Représentant spécial conjoint pour la MINUAD, Ibrahim Gambari, est très préoccupé de cette récente flambée de violence, » a dit la Mission. « M. Gambari rappelle aux belligérants que le conflit du Darfour ne peut pas être résolu par la force militaire et que la paix ne peut être obtenue qu’à travers un processus politi que inclusif, et non par l’usage de la force. » 



A New York, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a exprimé sa profonde inquiétude face à la reprise des combats. « L’emploi de la force armée n’est pas un moyen de régler le conflit et ne peut que prolonger et aggraver les souffrances de la population du Darfour, » a t-il dit dans un rapport.



M. Minnawi a rompu avec le gouvernement, quand le ministre de la Défense, Ibrahim Mohammed Hussein, a dit que les combattants de l’ASL étaient « des cibles militaires légitimes ». Plusieurs cadres au Nord et au Sud Darfour ont été arrêtés, avant que M. Bashir ne le limoge. Ces événements ont affecté les discussions entre les groupes darfouris et le gouvernement.



eo/mw – og/amz