Les marais irakiens à nouveau menacés

Au cours des dernières décennies, les fermiers et les pêcheurs des régions marécageuses du sud de l’Irak ont connu des hauts et des bas, mais leurs perspectives de subsistance semblent maintenant de plus en plus sombres.



En 1993, Nasser Shamkhi Dawood, un pêcheur maintenant âgé de 63 ans, avait abandonné la région après que l’ancien leader irakien Saddam Hussein en avait détourné les cours d’eau pour obliger les insurgés chiites qui s’étaient soulevés contre son régime après la guerre du Golfe de 1991 à quitter cette zone.



Après la chute du régime de Saddam Hussein, en 2003, le réseau de barrages, de digues et de canaux utilisé pour détourner l’eau a peu à peu disparu, et la vie a repris son cours dans les marais, permettant à M. Dawood de rentrer chez lui. Mais il se prépare déjà à repartir : une sécheresse débilitante a transformé les marécages en de vastes étendues de terre craquelée.



« Encore une fois, il n’y a plus d’eau. Nous ne pouvons plus pêcher et notre bétail est mort », a raconté ce père de six enfants. « Dans cette situation, nous ne pouvons subvenir aux besoins de nos familles et nous devons trouver un autre endroit pour vivre et un autre moyen de subsistance ».



Autrefois riches en biodiversité, les marécages irakiens, alimentés par le Tigre et l’Euphrate, existaient depuis plus de 5 000 ans et s’étalaient sur trois provinces du sud du pays - Nassiriyah, Missan et Bassora.


« Encore une fois, il n’y a plus d’eau. Nous ne pouvons plus pêcher et notre bétail est mort.  Dans cette situation, nous ne pouvons subvenir aux besoins de nos familles et nous devons trouver un autre endroit pour vivre et un autre moyen de subsistance  »

Caractérisée par ses cabanes de roseaux et de papyrus, construites ici et là, la région pouvait autrefois s’enorgueillir d’accueillir des bisons et des centaines d’espèces de poissons et d’oiseaux migrateurs.



En 1973, les marécages couvraient 8 350 kilomètres carrés. Avec la construction de barrages en amont en Irak, en Turquie et en Iran dans les années 1970 et 1980 et les opérations d’assèchement mises en œuvre par Saddam Hussein au début des années 1990, il n’en restait, en 2003, plus que 10 pour cent, a dit Abbas al-Saidi, conseiller du ministre d’Etat irakien chargé des marécages, à IRIN.



De nombreux habitants ont été contraints de quitter la région pour s’installer dans des villages et des villes voisines, a ajouté M. al-Saidi, mais ils sont revenus après 2003 quand la région a commencé à montrer des signes de renouveau. À l’heure actuelle, on estime la population totale des régions marécageuses à environ 1,2 million de personnes, dont près de la moitié dans des zones rurales, a-t-il indiqué.



« Ça fait peur »



En 2006-2007, environ 75 pour cent seulement des marécages tels qu’ils étaient dans les années 1970 avaient été restaurés. Le reste servait à l’agriculture et à l’exploration pétrolière. Mais aujourd’hui, à cause de la baisse du niveau des eaux du Tigre et de l’Euphrate et de précipitations inférieures à la moyenne, 10 à 12 pour cent seulement de cette surface est recouverte d’eau, a précisé M. al-Saidi.



« Ça fait peur. En deux mots, la situation est tragique et elle se détériore. Des zones autrefois recouvertes d’eau sont asséchées, les bateaux ne servent plus et les habitants souffrent et abandonnent encore une fois la région pour les villes », a-t-il ajouté.



Il a reconnu ne pas disposer de chiffres précis, mais a toutefois estimé à plusieurs « centaines » le nombre de familles déplacées.





Photo: State Ministry for Marshlands
Dans les zones asséchées, les bateaux fabriqués par les habitants des marécages ne servent plus

Quatre défis à relever



D’après Kadhum Lahmoud, directeur général du centre pour la renaissance des marécages [Marshlands Revival Centre] du ministère des Ressources hydrauliques, la renaissance des marécages passe par la résolution de quatre problèmes : la sécheresse, l’absence d’ententes concernant le partage de l’eau avec les pays voisins, la qualité médiocre de l’eau des deux fleuves à cause des polluants industriels et l’infiltration d’eau salée en provenance du Golfe.



« Les marécages en sont revenus au même stade [d’assèchement] qu’à l’époque de Saddam Hussein. Nous espérons que notre message sera entendu par les pays voisins et les organisations internationales qui s’intéressent aux zones humides », a dit M. Lahmoud. « La situation est très critique ».



M. Lahmoud a indiqué que son ministère travaillait actuellement à l’élaboration d’un projet de 120 millions de dollars destiné à augmenter le niveau d’eau dans les marécages en construisant des digues sur les affluents. Grâce à la technologie satellite, les digues permettraient de vérifier, toutes les 15 minutes, la qualité et le niveau de l’eau. L’objectif est de retenir plus longtemps l’eau affluant dans les marécages.



Le système ne sera cependant pas fonctionnel avant 2011.



M. Lahmoud a également critiqué le retour « hâtif et non-planifié » des habitants des régions marécageuses après 2003. Selon lui, des programmes auraient dû être mis en œuvre afin d’aider les habitants à diversifier leurs sources de revenu.



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