Protéger le personnel humanitaire contre les violences sexuelles

Ben Parker

Responsable de la section Projets d'entreprise  

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Selon un nouveau rapport, 16 pour cent seulement des organisations d’aide humanitaire ont des politiques appropriées pour gérer les affaires d’agressions sexuelles contre leur personnel et un cas de sévices sexuels sur 10 est rapporté et correctement traité.

Le rapport, réalisé dans le cadre de la campagne Report the Abuse, est le fruit d’une enquête menée auprès de 92 organisations d’aide humanitaire, incluant des agences des Nations Unies et des ONG. Il a recueilli des témoignages au sujet de 77 cas de violences sexuelles, commises pour la plupart par des membres du personnel sur leurs collègues.

Megan Nobert, l’auteure du rapport, a dit à IRIN que les violences sexuelles étaient « répandues » dans le secteur de l’humanitaire et du développement. Trop souvent, a-t-elle dit, les victimes « font face à une forme de punition ou de représailles de la part de la personne qu’ils accusent. » Il est « extrêmement difficile » de faire en sorte que les coupables soient punis, car il n’est pas sûr ni réaliste de compter sur les organismes locaux d’application de la loi dans les pays en proie à des troubles et les cadres supérieurs ont une grande marge de manœuvre sur le terrain.

Selon Mme Nobert, la culture du travail humanitaire et de maintien de la paix contribue également à augmenter le risque. Elle soutient en effet que les violences sexuelles contre les humanitaires surviennent dans « un environnement de travail façonné par les masculinités traditionnelles » ainsi que dans une culture qui encourage toujours — implicitement et explicitement — une approche téméraire du travail, notamment en valorisant les comportements de mise en danger. »

Le rapport conclut que les organisations d’aide humanitaire ont un éventail de politiques, de lignes directrices et de codes de conduite qui traitent du problème. Cependant, rares sont celles qui ont une approche véritablement globale qui mise sur la prévention, gère les cas de violences, offre des soins aux victimes et punit les auteurs de sévices faisant partie du personnel.

Un haut responsable d’une ONG a dit à IRIN qu’il était « très surpris » par le chiffre de 16 pour cent. Selon Jamie Munn, directeur du bureau de Genève du Conseil norvégien pour les réfugiés (Norwegian Refugee Council, NRC), les politiques liées au « devoir de diligence » [« duty of care »] ont été renforcées au cours des dernières années dans le cadre d’une tendance générale de « professionnalisation » des organisations d’aide humanitaire. Il a par ailleurs fait remarquer que des initiatives de normalisation comme la CHS Alliance couvrent déjà les violences sexuelles et le harcèlement sur le lieu de travail.

Les résultats du sondage réalisé dans le cadre de la campagne Report the Abuse ont été publiés à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire. Les auteurs de l’enquête recommandent la mise en place d’un ensemble « global » de politiques et de procédures pour s’attaquer au problème et soutiennent que les mesures fragmentaires sont insuffisantes. Ils disent par exemple qu’« en l’absence de procédures de déclaration, les formations de prévention ne répondent que partiellement et superficiellement au problème ».

Les informations dont nous disposons sur les agressions sexuelles commises à l’encontre d’humanitaires sont limitées et incomplètes. Les répondants au sondage volontaire de Report the Abuse étaient presque tous des employés internationaux. Mme Nobert a dit que son organisation tiendrait des groupes de discussion dans six pays afin d’examiner de plus près les besoins du personnel national.

Une autre initiative, la Base de données sur la sécurité des travailleurs humanitaires, a enregistré 26 cas de viols ou d’« agressions sexuelles graves » seulement depuis 2004. Des 77 actes rapportés volontairement à Report the Abuse depuis 1995, environ 14 étaient des cas de viols ou d’agressions sexuelles.

La question est au cœur des discussions depuis l’annonce des viols et des abus sexuels commis contre des humanitaires étrangères à Juba le mois dernier. Dans un billet de blogue, Sarah Martin, qui étudie les violences sexuelles, a écrit : « Les travailleurs humanitaires de sexe féminin du monde entier sont particulièrement ébranlés par cet événement. En privé, certaines ont dit qu’elles avaient peur, mais qu’elles se sentaient encore plus mal d’abandonner les femmes sud-soudanaises, car ce sont elles qui souffrent le plus des violences sexuelles. Leur situation empirera-t-elle si nous partons ? »

L’indignation soulevée par les attaques ayant eu lieu à Juba a poussé un groupe d’humanitaires à lancer une pétition demandant l’amélioration de la protection et de la surveillance. « Nous sommes des travailleurs humanitaires professionnels, pas des martyrs, et nous demandons la protection et la justice que nous méritons », ont-ils écrit dans la pétition, lancée le 19 août. Les auteurs appellent les Nations Unies à mettre sur pied un mécanisme de surveillance spécialisé, à créer un statut légal pour les humanitaires dans le droit international et à obliger l’ensemble de l’industrie à adopter un code de conduite visant l’amélioration des normes pour la protection et les soins offerts aux victimes.

Mme Nobert, qui a elle-même été victime de violences sexuelles, est devenue une personne-ressource pour les survivants. Elle répond aux appels et aux courriels des victimes qui ont besoin de se confier et assure la gestion de son ONG. En dépit du soutien dont elle a bénéficié de la part de sa famille et de ses amis, elle a dit, après l’attaque dont elle a été victime : « Je me sentais si seule [...] Personne ne pouvait réellement comprendre. » Elle a aidé des victimes à vivre avec leur traumatisme et en a accompagné d’autres qui ont porté plainte contre leur employeur. « C’est très difficile, mais ça en vaut vraiment la peine », a-t-elle dit.

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