Les marécages renaissent de leurs cendres

Le 12 mars, le gouvernement irakien et plusieurs agences des Nations Unies ont lancé une initiative visant à retirer les digues et les canaux construits sous le régime de l’ancien président Saddam Hussein afin que l’eau rejaillisse dans les zones marécageuses, un projet doté d’un budget de 47 millions de dollars.



L’objectif est d’aider le gouvernement à renforcer ses services, à créer de meilleurs systèmes de gouvernance, et à développer l’agriculture et les services publics dans ces régions.



« Les populations des régions marécageuses comptent parmi les plus pauvres et les moins pourvues en services de base », a déclaré David Shearer, adjoint au représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, le 12 mars.



La renaissance des marécages irakiens, le plus grand écosystème humide du Moyen-Orient, est une tâche environnementale et humanitaire urgente, qui exigera des efforts nationaux, régionaux et internationaux, selon un responsable local, qui n’a pas souhaité être nommé.



Ces marécages, autrefois riches en biodiversité, ont été gravement endommagés depuis les années 1970, par la construction de barrages en amont et les opérations d’assèchement menées sous le régime de Saddam.



Déplacements de population



La détérioration de la qualité de l’eau par les eaux usées, la forte salinité, et la pollution provoquée par les pesticides et les effluents industriels non-traités figurent également parmi les problèmes rencontrés ; bon nombre d’habitants ont été contraints de quitter la région.



Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Initiative Nations Unies/Banque mondiale d’évaluation des besoins pour la reconstruction de l’Irak ont qualifié de catastrophe majeure les dégâts causés aux marécages et les déplacements de population qui en ont résulté.



« Des milliards de dollars doivent être consacrés à la mise en œuvre des projets nécessaires pour préserver les moyens de subsistance des habitants [des régions marécageuses]. La coopération à la fois de la Turquie et de l’Iran sera également nécessaire pour fournir [davantage d’eau] à l’Irak », selon Hamid al-Dhalimi, membre du Conseil provincial de Bassora et président du Comité de protection des marécages.



« Le faible niveau d’eau entraîne une forte salinité et cela se répercute sur le papyrus, les roseaux, les poissons, les oiseaux et le bétail, qui sont essentiels pour la vie des habitants… Le niveau d’eau a presque diminué de moitié par rapport à 2003 », a-t-il averti.



Depuis 2006, le gouvernement consacre 50 millions de dollars par an au développement des moyens de subsistance dans les régions marécageuses, mais la diminution récente du niveau d’eau a forcé les habitants retournés dans la région à partir de nouveau, a-t-il dit.



Le ministère irakien de la Protection des marécages a alloué cinq millions de dollars à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour lancer un programme de développement agricole durable. « Le gouvernement irakien aide les habitants à retourner dans les zones abandonnées des régions marécageuses », a indiqué Hassan al-Sari, ministre étatique de la Protection des marécages.



Cette nouvelle initiative Nations Unies/Irak risque toutefois de ne pas suffire à tenter certaines personnes comme Radhi Mohammed Khayon, 44 ans, un habitant des marécages de Bassora, à rester sur place.



« Je vais attendre jusqu’à juin », a-t-il déclaré. « Si on a de nouveau de l’eau et si les travaux commencent dans le cadre des projets, je resterai. Sinon, on pliera bagage et on ira trouver un endroit où nous installer près de la ville ».



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