Manque de services publics pour les déplacés rapatriés - ONG

Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) qui retournent chez elles n’ont pas accès à des services publics adéquats ni aux ressources nécessaires pour réparer les dégâts causés à leurs habitations, selon les organisations non-gouvernementales (ONG) locales et internationales.



« Le gouvernement et les ministères ont de toute évidence des difficultés à pourvoir aux besoins des PDIP, notamment de ceux qui sont rentrés dans leurs régions d’origine, et qui y ont trouvé des services publics en déliquescence et des habitations démolies », a expliqué à IRIN Basil al-Azawi, activiste irakien.



« Certaines de ces familles ont épuisé leurs ressources et trouvé leurs domiciles démolis et leurs meubles pillés. Et elles n’ont pas reçu d’aide de la part du gouvernement », a ajouté M. Al-Azawi, président de la Commission des entreprises de la société civile de Bagdad, un organisme de coordination qui chapeaute plus de 1 000 ONG irakiennes.



M. Al-Azawi a appelé le gouvernement et les organisations internationales, y compris les agences des Nations Unies, à s’efforcer de répondre à leurs besoins.



Hamid Sultan al-Shuaili, directeur d’al-Jawhar, une ONG de Bagdad qui aide les PDIP de la capitale et des provinces centrales, a pour sa part déclaré à IRIN que la piètre qualité des services publics pénalisait particulièrement les PDIP ou les réfugiés rapatriés, et que la bureaucratie, notamment, était problématique : « le principal problème, c’est la bureaucratie à laquelle ces rapatriés se trouvent confrontés lorsqu’ils déposent une demande d’aide financière … Il leur faut compter plusieurs semaines pour obtenir leur argent, s’ils ont de la chance ».



Evaluation de l’OIM 



Dans sa dernière évaluation des besoins des PDIP, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a indiqué que bon nombre d’entre eux n’avaient pas de moyen d’hébergement, qu’ils n’avaient pas accès aux services de santé, ni à l’eau, et vivaient dans des conditions d’hygiène déplorables.



« A leur retour, de nombreux rapatriés trouvent leurs logements détruits et les infrastructures délabrées. Les bâtiments, les réseaux de canalisations, les réseaux électriques et les services publics de base, notamment les centres de santé, ont tous besoin d’être réhabilités pour satisfaire aux besoins des PDIP et des familles de réfugiés rapatriés », pouvait-on lire dans le rapport, daté du 16 janvier.



Selon les estimations de l’OIM, le pays compte 2,8 millions de PDIP (dont 1,6 million sont déplacés depuis la vague de violence de février 2006). Et 2,4 millions d’Irakiens sont réfugiés, essentiellement dans les pays voisins.



Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) situe quant à lui le nombre de réfugiés irakiens à environ deux millions ; selon l’agence, « le gouvernement irakien encourage les rapatriements en accordant des aides financières et des subventions à la location, en dépêchant des convois de rapatriement organisés et en assurant aux déplacés la restitution de leurs biens. Par le biais des Ordres 101 et 262, émis récemment, le gouvernement irakien entend donner des moyens de restituer les biens des populations et d’expulser les squatters, dont certains risquent d’être déplacés une deuxième fois ». 



Témoignage personnel



Fadhil Khalaf Mahmoud est retourné à Bagdad le 19 janvier pour savoir s’il pouvait faire revenir sa famille d’Amman, où ils se sont réfugiés en 2005.



« Ma maison [dans le quartier d’al-Dakhiliya] a subi des dégâts. Les forces irakiennes et américaines y ont fait plusieurs descentes, en défonçant les portes sur leur passage, pour y chercher des militants », a raconté Mahmoud, 55 ans, à IRIN.



« Le quartier n’a du courant que pendant huit heures par jour, environ, dans le meilleur des cas, et n’a qu’un seul générateur privé. Le propriétaire du générateur a été assez courageux pour être le premier à offrir de l’électricité aux habitants … mais il ne peut pas répondre à la demande, de plus en plus forte », a-t-il déploré.



« Aujourd’hui, je séjourne chez un membre de ma famille, j’évalue la situation, je répare ce que je peux chez moi. Après, je déciderai de faire revenir ou non ma famille », a-t-il déclaré.



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