Inquiétude quant au sort des veuves irakiennes

Une défenseuse des droits de la femme et un représentant des autorités publiques de Bagdad s’accordent à dire que le gouvernement doit prendre des mesures pour aider les nombreuses veuves d’Irak, mais ne sont pas d’accord sur la manière de procéder.



« Les veuves irakiennes ont des difficultés, surtout les veuves déplacées internes qui vivent dans les camps. La plupart ont plus d’un enfant et ont beaucoup de peine à les nourrir », a expliqué Mazin al-Shihan, président du Comité de déplacement de Bagdad.



« On nous informe que certaines […] se font harceler par des fonctionnaires qui leur font du chantage […] Il faut s’intéresser davantage à ce segment de la population irakienne avant qu’il ne soit trop tard », a prévenu M. al-Shihan.



Citant les statistiques et les estimations des organes publics et des organisations non-gouvernementales (ONG), M. al-Shihan a expliqué que l’Irak comptait environ un million de veuves, en comptant celles dont les maris étaient morts de causes naturelles, mais qu’il n’existait pas de statistiques plus détaillées.



« Un nombre aussi important de veuves mettrait à l’épreuve n’importe quelle société », a-t-il jugé, exprimant sa crainte de voir certaines veuves et leurs enfants sombrer dans la criminalité ou rejoindre les rangs des insurgés, si rien n’était fait pour les aider.



Selon M. Al-Shihan, le comité élabore actuellement un plan destiné à encourager les Irakiens qui n’ont pas les fonds nécessaires pour se marier à déposer une demande de bourse auprès du gouvernement s’ils souhaitent épouser une veuve.



« Dans le cadre de ce projet, nous proposons d’offrir 10 millions de dinars [environ 8 500 dollars] aux hommes âgés de 35-40 ans, ou de 45-50 ans qui ne peuvent pas se marier en raison de la hausse spectaculaire des prix, s’ils décident d’épouser une veuve », a-t-il suggéré.



Idée de projet rejetée



Hanaa Adwar, défenseuse des droits de la femme qui dirige al-Amal, une ONG de Bagdad, a rejeté d’emblée ce projet, estimant qu’il avait des relents de « cruauté, puisque la veuve doit épouser un autre homme pour obtenir l’aide du gouvernement ».



« Ce que nous devons faire, c’est réhabiliter ce segment [de la population] de sorte que ses membres deviennent des éléments indépendants et productifs de la société, faire en sorte que les veuves deviennent plus autonomes, pour pouvoir nourrir leurs enfants par elles-mêmes. Le gouvernement devrait assurer que des programmes sociaux et sanitaires adéquats soient mis en place [pour les veuves] », a-t-elle expliqué.



« Leur dignité est violée lorsqu’elles doivent faire de longues queues pour retirer les maigres sommes d’argent que leur accorde le gouvernement, une aide qui leur suffira à peine pour quelques jours, ou lorsqu’elles sont obligées de dépendre uniquement de leurs proches parents [pour vivre] », a-t-elle ajouté.



Programme d’aide sociale



Après l’invasion du pays, en 2003, par la coalition menée par les Etats-Unis, un programme irakien d’aide sociale a été créé. Il permet aux veuves, aux femmes divorcées, aux orphelins, aux handicapés et aux chômeurs de recevoir une allocation mensuelle de 50 000 à 75 000 dinars (50 à 70 dollars).



Toutefois, de nombreux experts humanitaires estiment que cette somme est insuffisante. Umm Amina, 34 ans, mère de deux enfants, habite le nord de Bagdad ; elle a perdu son mari au cours d’une attaque au mortier dans un des marchés de la ville, en août 2007. Elle vit avec ses deux petites filles dans une chambre de la maison que son mari et elle-même partageaient avec son beau-frère et sa famille.



Après avoir postulé sans succès pour plusieurs postes administratifs au sein des autorités publiques, la jeune femme envisage de travailler comme femme de ménage en dépit de ses solides qualifications. L’aide sociale accordée par le gouvernement ne suffit que pour « quelques jours », a-t-elle confirmé.



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