Darwesh, un réfugié d'Irak : « Je suis reconnaissant que nous soyons vivants. »

Darwesh, 65 ans, et sa famille font partie des milliers de personnes ayant fui la ville essentiellement yézidie de Tel Azer, dans le nord de l'Irak, quelques semaines plus tôt lorsque les forces de l'État islamique (EI, anciennement EIIL) ont attaqué. Ils sont parvenus à passer la frontière et à rejoindre un camp en Syrie.

Avec des centaines d'autres familles, ils se sont réfugiés au mont Sinjar, où ils sont restés pendant huit jours avant qu'une route soit ouverte pour leur permettre de poursuivre leur chemin vers l'ouest et le Rojava voisin, une enclave kurde située dans le nord-est de la Syrie. Comme des milliers d'autres personnes, Darwesh et sa famille avaient décidé de rassembler toutes les forces qu'il leur restait pour emprunter le corridor du Sinjar et atteindre la Syrie.

Il vit maintenant dans le camp de Newroz, dans les plaines arides du Rojava, un pan de territoire contrôlé par les Kurdes qui est resté relativement paisible pendant la guerre civile syrienne. Newroz a d'abord été créé pour abriter les Syriens fuyant la violence qui sévissait plus au sud, mais il accueille maintenant des Irakiens tentant d'échapper aux troubles qui secouent leur pays. Darwesh a parlé à IRIN de son expérience au mont Sinjar :

« J'ai cru que nous allions mourir dans la montagne. Nous ne pensions pas que nous nous en sortirions. Mais nous avons entendu dire qu'ils avaient ouvert un corridor et nous nous sommes dit : "Laissez-nous mourir dans la descente." Nous croyions que ce serait une plus belle mort, mais nous avons maintenant la vie après la mort. »

« Je savais que ma mère [Goze, 85 ans] serait incapable de faire le trajet à pied, mais je ne savais pas si j'aurais la force de la porter. Les distances étaient tellement grandes ; je ne suis plus un jeune homme et ma force n'est plus ce qu'elle était. Mais j'aurais préféré qu'on me tue plutôt que de la laisser mourir seule. Je n'avais pas le choix, alors je l'ai portée. »

Diaporama : La vie après la mort en Irak
Al-Malikiyah (Syrie), 22 septembre 2014 (IRIN) - Près de 1,8 million d'Irakiens auraient fui leur foyer depuis janvier 2014, la plupart afin d'échapper à la progression rapide de l'État islamique (EI, anciennement EIIL) qui s'est emparé d'une bonne partie de l'ouest et du nord de l'Irak en juin, en détruisant les villes, en attaquant les communautés et en semant la terreur chez les groupes confessionnels vulnérables.
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« Je l'ai transportée sur mon dos, là [en pointant son épaule] et dans mes bras. Nous avons marché pendant cinq jours en nous reposant lorsque c'était possible de temps en temps. Nous avons dormi par terre et marché, couverts de poussière. »

« Nombreux sont ceux qui ont laissé leurs mères et leurs pères là-bas. Ils ne pouvaient pas marcher parce qu'ils étaient trop vieux et [leurs enfants] ne pouvaient pas les porter. J'ai vu deux femmes et deux hommes plus âgés abandonnés sur les rochers. Ils étaient en train de mourir, lentement, oui, mais il est évident qu'ils étaient en train de mourir. L'air était comme le soleil là-bas, si chaud et sec que nous ne suions même pas. L'eau s'évaporait presque instantanément.

« Nous avons une nouvelle vie maintenant. C'est un peu comme si nous étions morts au cours des deux semaines qui ont suivi notre départ de notre foyer. Il n'y a plus rien là-bas et la montagne a ensuite pris presque tout ce qu'il restait. Nous avions très peu d'espoir. J'ignore moi aussi ce que sera cette nouvelle vie. Je suis reconnaissant que nous soyons vivants, mais je sais que ce ne sera pas facile. Il n'y a pas de retour possible. »

« L'État islamique ne sera pas défait tant que l'Amérique ne viendra pas sur place pour le combattre. L'État islamique est très puissant. Ils sont amis avec la mort et ne la craignent pas. »

« Nous [les Yazidis] sommes très peu nombreux. Nous sommes entourés de gens qui souhaitent nous tuer. J'espère que cela va changer. J'espère que cela va changer pour tous les Irakiens. J'espère pouvoir me construire un nouveau foyer. J'espère que mes enfants grandiront sans être entourés par la violence et la mort. »

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