Gros plan sur le programme de réintégration afghan

Un processus de désarmement volontaire et de réintégration des anciens combattants, le Programme afghan pour la paix et la réintégration, a été lancé en 2010, mais en l’absence d’un accord plus large, ce processus peut-il être aboutir ?

L’APRP a pour objectif de réintégrer les combattants de rang inférieur et de réconcilier les hauts commandants et les autorités gouvernementales par le biais d’un dialogue politique, selon l’Institut américain pour la paix.

Les anciens combattants qui renoncent à la violence et qui reconnaissent la Constitution afghane seront réintégrés dans leur communauté ; ils pourront recevoir une éducation et une formation professionnelle et ils bénéficieront d’un certain degré de protection et de sécurité.

L’APRP et le Haut conseil pour la paix (nommé par le président Hamid Karzai et chargé de mener les négociations avec les talibans) supervisent la mise en œuvre du programme de réintégration. Les organisations non gouvernementales (ONG) et les organismes internationaux apportent leur soutien à l’APRP en assurant le suivi du programme, le développement de la capacité, la réalisation d’études/d’analyses et la mise en œuvre de projet.

Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en mai, 6 840 combattants avaient déjà été réintégrés dans le cadre du programme.

Le guide de l’APRP souligne que le programme « est ancré dans la réalité selon laquelle la majorité des insurgés afghans combattent dans leur communauté ou non loin de leur communauté, et seule une minorité d’entre eux sont motivés par une idéologie ».

Selon le PNUD, le programme s’appuie sur trois approches : communication/négociation, réintégration/démobilisation et relèvement de la communauté.

Tous les « réintégrés » qui ont rejoint le programme bénéficient de différents types d’aide – par exemple, un programme d’aide transitoire leur permet de toucher 120 dollars par mois pendant une durée de trois à six mois. En outre, une majorité des réintégrés participent à des projets communautaires mis en œuvre dans leur district et dans leur village.

Les opportunités de formation et d’emploi varient en fonction des programmes spécifiques mis en œuvre dans la région et des intérêts personnels. Ainsi, dans le district de Chardara (province de Kondôz), région réputée pour la confection de tapis et l’agriculture, les combattants anti-gouvernementaux et les membres de leur famille apprennent le tissage, étudient l’agriculture ou la mécanique. Chaque membre de la famille reçoit 4 900 Afghanis (90 dollars) par mois pour sa participation au projet.

Scepticisme

Le programme laisse certains observateurs sceptiques ; ils se demandent si la fourniture d’un soutien matériel peut faire évoluer les attitudes.

Selon Andrew Garfield et Alicia Boyd, chercheurs à l’Institut de recherche de politique étrangère (Foreign Policy Research Institute, FPRI), la principale motivation des combattants anti-gouvernementaux n’est pas l’argent : les opposants protestent contre « la présence des Occidentaux, contre leurs valeurs et contre leur influence sur le gouvernement afghan, et contre les manquements perçus du gouvernement afghan lui-même ».

« La réintégration s’accompagne d’incitations financières ou matérielles, mais cela n’est pas la principale – ni la seule – motivation de la majorité des insurgés. Je pensais que le "taliban à dix dollars" était une invention psychologique », a dit à IRIN Thomas Ruttig de l’Afghanistan Analysts Network (AAN).

Des incertitudes demeurent sur l’identité des personnes qui rejoignent le processus.

Plusieurs « réintégrés » ont dit à IRIN que les anciens combattants qui rejoignaient l’APRP pour recevoir de l’argent n’étaient pas considérés comme de « vrais talibans ».

« Il semble que la majorité des « réintégrés » soient originaires des provinces périphériques, et souvent, si ce n’est la plupart du temps, ces combattants n’étaient pas des talibans, mais des hezbis ou des membres d’autres groupes armés illégaux indépendants, notamment des personnes qui connaissaient certains des organisateurs », a dit M. Ruttig.

Les problèmes liés au programme

Le processus de réalisation des projets sur le terrain a été un enjeu majeur, selon le rapport de l’AAN. Sur les 176 millions de dollars alloués au programme, seuls 63 millions ont été utilisés pour l’instant.

Les retards importants pris dans la mise en œuvre des projets et l’absence de stratégie de redevabilité des projets professionnels sont deux des problèmes abordés.

Waheedullah Rahmani, porte-parole du Haut conseil pour la paix à Kondôz, a dit que, au niveau provincial, les autorités ont du mal à mettre en œuvre les projets. En conséquence, les bailleurs de fonds refusent les demandes de prolongation.

L’initiative de réintégration, en Afghanistan comme ailleurs dans le monde, a pour objectif de permettre aux anciens combattants de prendre un nouveau départ et de gagner leur vie dans leur communauté.

M. Rahmani a indiqué que le Haut conseil pour la paix avait réussi à offrir des opportunités de travail aux personnes réintégrées. « Le district de Dashti Archi a fourni un travail à 272 combattants qui avaient rejoint le processus de paix. L’année dernière, au moins 1 000 hommes ont participé à des projets agricoles. Certains d’entre eux ont ensuite rejoint les forces de police locales ».

Cependant, le rapport de l’AAN a montré que peu de personnes réintégrées ayant suivi une formation avaient trouvé des sources de revenu durables et que deux tiers des petites entreprises créées avaient connu l’échec.

Menaces

Plusieurs hommes ont dit que, avant de rejoindre le programme de réintégration, leur seul choix était de continuer à se battre. « Aujourd’hui, je comprends qu’il s’agit de mon pays et que je devrais aider les miens », a dit un ancien combattant de 23 ans originaire de Baghlan, qui a préféré garder l’anonymat.

« Mais je ne suis pas satisfait de l’action du gouvernement afghan, car lorsque j’ai décidé de prendre part au processus de paix, ils m’ont arrêté et menacé. Pourquoi font-ils cela ? Je suis venu pour faire la paix, pas pour me battre ».

Bon nombre de combattants de rang inférieur se plaignent de la situation sécuritaire. Dans la province de Nangarhar, située à l’est du pays, un ancien combattant anti-gouvernemental a été obligé d’installer sa famille en ville en raison de menaces de mort répétées.

Le commandant Behru de Kondôz a non seulement été menacé par les talibans, mais aussi par les milices soutenues par le gouvernement, appelées « arbakai ».

« Mes amis me téléphonent ; l’autre soir, [un] mollah m’a appelé. Il m’a dit "Behru, nous étions des amis proches et puis tu es devenu un infidèle". Je sais que nous sommes musulmans, mais aujourd’hui, ils nous considèrent comme des infidèles et ils ne me laissent pas en paix ».

Un impact discutable

L’APRP se poursuivra jusqu’en 2015. Aujourd’hui, 841 combattants attendent de rejoindre le programme et plusieurs groupes anti-gouvernementaux s’y seraient intéressés.

Selon une étude récente du PNUD sur la sensibilisation du public au programme, la majorité des Afghans ont connaissance du processus.

Mais l’impact du programme est encore incertain.

« Le programme de réintégration a peut-être affaibli l’insurrection ici et là dans certaines provinces, mais apparemment pas suffisamment pour faire la différence », a dit M. Ruttig.

Le PNUD a identifié les points du programme qui peuvent être améliorés, comme, par exemple, le recours à un personnel plus expérimenté dans les équipes de supervision et de mise en œuvre du programme et une meilleure coordination entre les organisations partenaires et les parties prenantes.

Mais le défi fondamental dans tout programme de réintégration est la poursuite du conflit.

L’étude réalisée par M. Garfield et Mme Boyd a conclu que les groupes anti-gouvernementaux étaient très investis dans leur combat, et notamment dans leur combat contre le régime actuel.

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