Les inondations s'annoncent dramatiques pour les PDIP de l'État de Rakhine

Avec l'arrivée des pluies de mousson, les conditions de vie risquent d'être encore plus misérables pour les quelque 140 000 personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) des 80 sites et camps de l'État de Rakhine, au Myanmar. Selon les travailleurs humanitaires, les inondations devraient être particulièrement graves dans 13 camps et une intervention d'urgence est nécessaire.

Dans l'État de Rakhine, il tombe habituellement plus de cinq mètres d'eau par an, principalement en juin, juillet et août.

« Il est plus que jamais impératif de prendre des mesures immédiates. Avec l'arrivée des pluies de mousson, le niveau d'urgence ne peut être sous-estimé », a dit à IRIN Barbara Manzi, responsable du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) au Myanmar.

La plupart des PDIP sont des Rohingya musulmans vivant à Sittwe, la capitale de l'État et l'un des neuf cantons touchés par les violences de l'année dernière. À l'extérieur de Sittwe, de nombreux camps des zones côtières de faible altitude sont exposés aux ondes de tempête et ne sont accessibles que par bateau.

Les organisations d'aide humanitaire ont averti que des inondations allaient probablement avoir lieu dans de nombreux camps, notamment dans 13 d’entre eux, situés dans les cantons de Sittwe, Pauktaw et Myebon, où 69 000 PDIP vivent dans des conditions précaires.

Dans les camps de Pauktaw et Myebon, de fortes inondations (au-delà de 40 cm) sont attendues, principalement à marée haute. À Sittwe, selon une évaluation du groupe de responsabilité sectoriel WASH (eau, assainissement et hygiène), les eaux de crue pourraient atteindre 20 à 40 cm dans la plupart des camps et ce pendant plusieurs semaines.

« Si dans certains camps les conditions [de vie] sont satisfaisantes, la plupart soulèvent d'importantes préoccupations », a dit Mme Manzi. « Dans certains lieux, [les conditions] sont absolument affligeantes, notamment dans les camps de fortune. »

Progrès en matière d'abri...

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), sur les 85 000 PDIP de Sittwe, 50 pour cent vivent dans des abris de fortune faits de toiles de tente, de bâches et de bambou.

« Une grande partie de ces [abris] ne résistera pas aux fortes précipitations », a dit Richard Tracey, coordonnateur d'abris pour le HCR à Sittwe, qui a également fait part de ses inquiétudes concernant l'évacuation des eaux dans de nombreux secteurs.

D'ici fin mai, le gouvernement aura cependant terminé la construction de 607 nouveaux abris temporaires de huit unités en bois et bambou. Cela fera alors 1 569 abris complétés au total, suffisamment pour loger 80 000 personnes. « C'est une réalisation majeure de la part du gouvernement », a dit M. Tracey.

… mais inquiétudes concernant l'eau, l'assainissement et l'hygiène

Selon la section néerlandaise de Médecins Sans Frontières (MSF), la situation sur le plan de l'approvisionnement en eau, de l'assainissement et de l'hygiène est particulièrement déplorable dans cinq camps de PDIP rohingya de Pauktaw et Myebon, où elle est « bien en deçà » des standards Sphère.

« Les PDIP vivent toujours dans des tentes montées dans des rizières ou dorment à même le sol dans des abris de fortune entourés d'eau stagnante et inondés par les pluies torrentielles », a dit Ingrid Maria Johansen, coordinatrice de projet pour MSF à Sittwe.

Après l'arrivée de près de 7 000 PDIP provenant du camp de Nget Chaung, à Pauktaw, avant le passage de la tempête tropicale Mahasen plus tôt ce mois-ci, la situation dans le camp de Sin Tet Maw camp (à Pauktaw) est particulièrement invivable. Les PDIP sont entassés dans un espace relativement réduit sans aucune latrine.

Selon les travailleurs humanitaires, la défécation à l'air libre est courante dans les cinq camps.

L'eau potable, dont la plus grande partie arrive par bateau, est limitée. La situation en matière d'eau, d'assainissement et d'hygiène est donc inacceptable, d'autant plus que la plupart des PDIP sont là depuis plus de six mois.

« Ces pénuries sont principalement dues aux difficultés d'accès [seulement par la mer et dépendamment des conditions météorologiques], à la lenteur de la réaction du gouvernement, des bailleurs de fonds et des acteurs du secteur WASH, aux difficultés techniques [nappes phréatiques élevées, p. ex.] et aux restrictions imposées par le gouvernement sur les interventions des ONG [organisations non gouvernementales] », a dit Mme Johansen.

Les PDIP, composés d'une majorité de Rohingya musulmans et de plus de 5 000 Rakhines (principalement bouddhistes), ont été déplacés en 2012 par deux séries de violences interethniques.

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