La stabilité est vitale pour la région

Plus d’un an après le début des troubles civils au Burkina Faso, les observateurs et les experts indiquent qu’en dépit des progrès accomplis et du soutien sans faille du président Blaise Compaoré, les tensions persistent entre son gouvernement et la population.

La stabilité du Burkina Faso est vitale pour la stabilité régionale, a dit un diplomate occidental, en raison du conflit récent en Côte d’Ivoire et de la situation au Mali.

En avril 2011, le mécontentement des soldats qui réclamaient de meilleurs salaires s’est transformé en mutinerie dans cinq villes – la capitale Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Tenkodogo, Kaya et Po. Les membres de la garde présidentielle de M. Compaoré qui avaient rejoint les mutins ont tiré à l’intérieur du palais présidentiel à Ouagadougou.

Le président Compaoré a répondu avec fermeté : il a pris le contrôle direct du ministère de la Défense ; renvoyé plusieurs officiers de haut rang et nommé un nouveau chef d’État-major de l’armée. Plus de 300 soldats ont été arrêtés et 600 autres ont été radiés de l’armée.

Le Président a également accédé à quelques-unes des demandes des soldats : des primes, dont le montant n’a pas été dévoilé, leur ont été accordées pour le logement et la nourriture. Cependant, tous les problèmes n’ont pas été résolus, indiquent les experts. Les 300 soldats détenus attendent toujours d’être jugés, et un nombre important d’armes saisies lors de la répression militaire sont toujours en libre circulation.

« Cette crise non résolue est une bombe à retardement. Les mutins pourraient à nouveau se manifester si la question n’est pas réglée », selon un diplomate occidental.

En 2011 et 2012, la population civile est descendue dans la rue à plusieurs reprises pour protester contre le coût élevé de la vie, mais aussi contre la corruption et l’impunité qui gangrèneraient le gouvernement. M. Compaoré a essayé de s’attaquer à l’impunité : il a renvoyé plusieurs officiers de haut rang accusés de faits de corruption, dont Ousmane Guiro, le directeur général des Douanes, et Jérôme Traoré, le ministre de la Justice, mais ces décisions n’ont pas suffi à rassurer une population qui doute de l’intégrité du gouvernement, ont dit à IRIN des habitants de Ouagadougou.

Hausse des prix

Les prix des produits de base – riz, huile, lait et carburant – ont sensiblement augmenté au cours de l’année 2008 avant d’enregistrer une légère baisse, mais, en août 2012, ils étaient toujours supérieurs de 20 pour cent à la moyenne des cinq années précédentes, selon le Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWS NET) de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Pendant les trois mois qui ont suivi les affrontements, le gouvernement a augmenté les subventions pour tenter de faire baisser les prix du riz, de l’huile de cuisson, du sucre et des carburants de 25 pour cent, mais les prix ont fini par remonter. Certaines personnes pensent que les commerçants ont tout simplement maintenu leurs prix et profité des subventions pour augmenter leurs bénéfices.

Quelque deux millions de personnes ont reçu de l’aide pour échapper à la famine cette année.

Les prix des carburants ayant été fixés, la SONABHY, la société nationale responsable de l’importation et de la régulation des prix des carburants, devra absorber toute augmentation des coûts, ce qui pourrait entraîner des problèmes de capacité, selon Isabelle Adenauer, représentante du Fonds monétaire international (FMI) au Burkina Faso.

La croissance économique s’est contractée, passant de 7,9 pour cent en 2010 à 4,2 pour cent en 2011, selon le FMI, en partie en raison des prix élevés des produits alimentaires et des carburants, de la sécheresse qui a affecté 11 des 13 régions du pays et de la crise financière internationale.

Cette année, l’économie devrait se redresser : le taux de croissance devrait atteindre 7 pour cent grâce, notamment, à l’augmentation des exportations d’or et à la meilleure récolte attendue, mais les vulnérabilités subsistent. Près de la moitié de la population vit dans la pauvreté, et en raison du manque de diversité économique, une proportion importante de la population burkinabé dépend de l’industrie du coton, une industrie vulnérable à la sécheresse et à d’importantes fluctuations de prix.

Mali

Entretemps, alors que les tensions régionales s’aggravent en raison du projet d’intervention militaire des troupes de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) au Mali, les responsables burkinabés ont décidé de renforcer la sécurité le long de la frontière et de se préparer à l’arrivée éventuelle de nouveaux réfugiés.

Depuis le coup d’État de mai 2012 et la prise de contrôle des territoires du nord du Mali par les rebelles et les groupes islamistes, M. Compaoré a essayé de jouer un rôle de médiation : il a organisé des discussions avec les groupes islamistes installés dans le Nord, les a encouragés à s’éloigner d’Al-Qaïda et a demandé l’établissement d’un calendrier précis pour former un gouvernement stable et unifié dans le sud du pays. Malgré ses efforts, il a dû faire face à des accusations de partialité et d’ingérence – comme lorsqu’il avait endossé un rôle de médiateur en Côte d’Ivoire – mais les experts indiquent qu’il n’a pas fait preuve d’entêtement lors de son intervention dans la crise malienne et qu’il a obtenu quelques succès.

Le gouvernement burkinabé a renforcé sa présence militaire à la frontière malienne. Selon un article du Washington Post, des drones américains participant à l’Opération « Creek Sand » survolent la zone depuis Ouagadougou. Cette information n’a pas été confirmée par les responsables américains.

Alors que des accrochages saisonniers sanglants ont eu lieu cette année (comme presque tous les ans) entre les agro-pasteurs et les pasteurs des deux côtés de la frontière – faisant au moins 25 victimes burkinabaises dans un conflit lié à la terre dans la ville de Sari, à proximité de la frontière malienne, en mai – les plus de 100 000 réfugiés maliens présents au Burkina Faso ont généralement été très bien accueillis, malgré les rumeurs selon lesquelles leur présence aurait entraîné une augmentation de l’insécurité alimentaire dans certaines régions.

La Commission nationale pour les réfugiés du Burkina Faso, ou CONAREF, se prépare désormais à l’arrivée de nouveaux réfugiés. Cet afflux inquiète les agences d’aide humanitaire, car seulement un peu plus de la moitié des 126 millions de dollars nécessaires au financement de l’aide a pour l’instant été versée.

mab/aj/cb-mg/amz