Les agences de l’ONU exhortent à amplifier la réponse à la sécheresse

Les agences des Nations Unies présentes au Kenya ont réclamé l’intensification de la réponse à la sécheresse et des interventions visant à en atténuer les conséquences, car de plus en plus de personnes risquent de souffrir d’insécurité alimentaire en raison des déficits de financement.



« Nous sommes confrontés à une crise humanitaire majeure », a dit Aeneas Chuma, le Coordinateur humanitaire des Nations Unies. « Des vies sont en danger, en particulier celles des personnes les plus vulnérables. Les moyens de subsistance sont également menacés et il faut donc également les protéger.



« Les capacités opérationnelles disponibles sur le terrain sont considérables ; nous avons besoin de ressources supplémentaires afin d’intensifier la réponse ».



Au 26 juillet, l’appel humanitaire du Kenya était financé à 54 pour cent.



« Aujourd’hui, 2,4 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire et ce chiffre devrait augmenter, une fois pris en compte les résultats de l’évaluation des longues pluies [mars-mai] », a indiqué Pippa Bradford, la directrice de pays du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, ajoutant qu’environ 3,5 millions de personnes pourraient être touchées par l’insécurité alimentaire d’ici à août.



Outre les régions du nord et du nord-est, qui sont les plus affectées, les conditions de sécheresse dans les régions du centre-sud du Kenya devraient également se détériorer.



Mme Bradford a indiqué que le PAM allait organiser des distributions ciblées de nourriture dans les districts les plus gravement touchés au cours des six prochains mois ; les enfants âgés de moins de trois ans recevront des rations de mélange maïs-soja afin de prévenir et de combattre les carences nutritionnelles.



Malnutrition



Selon les dernières évaluations du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA), le PAM et ses partenaires n’ont pu venir en aide qu’à 21 pour cent des enfants ayant besoin d’une alimentation de complément.



Les études ont montré que les taux de malnutrition dépassent 30 pour cent – soit deux fois plus que le seuil d’urgence – dans les régions de Mandera et de Turkana qui sont situées au nord du pays.



« Dans la grande ceinture nord du Kenya, on compte quelque 385 000 enfants, ainsi que 90 000 femmes enceintes et des femmes allaitantes souffrant de malnutrition », a dit Olivia Yambi, la représentante du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).



L’UNICEF a fourni 525 millions de tonnes d’aliments prêts à consommer, ce qui ne couvre que 34 pour cent des besoins : « Ce qui manque est énorme », a dit Mme Yambi.



Mme Yambi a dit que la sécheresse poussait les jeunes à quitter Turkana, par exemple, pour rejoindre les centres urbains comme Eldoret, en utilisant des moyens de transport dangereux qui les exposaient au risque d’exploitation sexuelle.



« [La sécheresse] sape les avancées en matière de survie et d’éducation des enfants. Les régions déjà touchées présentent des indicateurs de développement très médiocres », a-t-elle noté. « Dans les situations les plus favorables, les enfants et les femmes restent extrêmement vulnérables ; en situation de crise, les enfants et les femmes sont les plus affectés.



« La mort d’une seule personne est synonyme d’échec ; tout le monde est responsable ».





Photo: John Ndiku/OCHA
Les
Nations Unies estiment que 2,4 millions de Kenyans souffrent
d’insécurité alimentaire et que ce chiffre devrait augmenter (photo
d’archives)

L’afflux des Somaliens



Dans les camps de réfugiés de Dadaab, situés au nord-est, le nombre d’enfants de moins de cinq ans traités pour malnutrition aiguë sévère (MAS), qui est une cause importante de mortalité, a dépassé le chiffre de 100 par mois, selon l’Inter-Agency Standing Committee on nutrition (comité permanent inter-organisations sur la nutrition).



« Le nombre de réfugiés morts à Dadaab a été multiplié par quatre ou cinq, car ceux-ci arrivent dans des conditions épouvantables », a dit Elike Segbor, le Représentant régional de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR).



En moyenne, Dadaab a accueilli 1 300 nouveaux réfugiés chaque jour, ce qui pose des problèmes de santé publique et de sécurité pour  la communauté d’accueil.



L’insuffisance de l’accès à l’eau, des sanitaires et des centres de santé amplifie la menace d’épidémies de rougeole et de polio.



Selon l’OCHA, une campagne de vaccination systématique contre la rougeole et la polio sera organisée dans le nord à partir du 1er août ; 462 cas confirmés de rougeole sont en cours de traitement.



L’UNICEF participe à la réparation des puits et fournit une formation dans les districts vulnérables au choléra.



Atténuation



Des voix s’élèvent pour demander que les investissements visent la résilience à long terme, car la sécheresse est un phénomène récurrent dans la région de la Corne de l’Afrique.



Selon Nick Nuttall, le porte-parole du programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), des efforts de planification à long terme sont nécessaires.



« Est-ce un résultat du changement climatique ? Nous n’avons tout simplement pas de réponse … nous devons penser à l’adaptation – comment se fait-il que nous ayons suffisamment de pluie [en Afrique] pour subvenir aux besoins de 13 millions de personnes, mais que nous n’en profitions pas ? Comment se fait-il que nous ne puissions pas accélérer et améliorer les choses ? », a-t-il demandé. « Nous pouvons vivre en situation de crise, mais il doit y avoir un moyen plus judicieux de mettre en place le développement ».



aw/mw mg