Les veuves exposées au VIH pendant les rites de purification

Lorsque le mari de Mariana Uchandidhora a été fauché dans un accident de la route en Afrique du Sud, il y a un an, selon la tradition, celle-ci devait avoir des rapports sexuels avec le frère de son défunt mari pour être purifiée.



Mme Uchandidhora, 36 ans, a refusé, arguant que son beau-frère était bien plus jeune qu’elle, mais la famille lui a trouvé un homme d’âge mûr, sans lien de parenté avec elle, pour pratiquer le rituel, connu sous le nom de « khupita khufa ».



Deux mois plus tard, la jeune femme a découvert qu’elle était à la fois enceinte et séropositive. La grossesse n’est pas arrivée à son terme, mais Mariana est aujourd’hui patiente à l’hôpital central de Beira, où elle suit un traitement contre le paludisme et le sida.



Cette mère de cinq enfants, sans emploi, qui vit dans le quartier de Marromeu, à Beira, est convaincue qu’elle a contracté le virus au cours du rite de purification. Les veuves qui se soumettent à ce rituel sont obligées d’avoir des rapports sexuels sans protection trois fois par jour sur une période d’une semaine.



On dit que cette pratique purifie la femme et son foyer après le décès de l’époux et elle est couramment observée chez les membres de l’ethnie des Sena, à Sofala, où le taux de prévalence du VIH est de 23 pour cent, un des plus élevés du pays. Des rites de purification semblables sont également pratiqués dans les provinces voisines de Tete et de Zambézie. Bien que l’on ne dispose pas de statistiques précises, les autorités du ministère de la Santé pensent que ces rites de purification contribuent à la propagation du VIH au Mozambique.



Valeurs culturelles



Si les veuves ne se soumettent pas à ces rites de purification, on dit que la malchance frappera leur famille, qui connaîtra alors le chômage, la maladie ou même la mort. Dès lors, les veuves subissent une pression importante pour se soumettre au rituel. La coutume n’est pas non plus sans risque pour les hommes qui l’observent. Si, par exemple, l’homme n’atteint pas l’objectif fixé (avoir des rapports sexuels trois fois par jour), selon des croyances traditionnelles, il tombera malade et mourra peut-être.



Bon nombre d’hommes prennent ce risque moyennant finance ou une part des biens appartenant au défunt. Pour Dique Lampião, 29 ans, qui a participé à la cérémonie de purification de son amie d’enfance Maria*, il ne s’agissait pas uniquement d’une question d’argent. « Je pensais que Dieu m’ouvrait la voie pour que mon rêve romantique se réalise », a-t-il confié à IRIN/PlusNews.









« ...Beaucoup de gens pensent que s’ils mettent un préservatif, la cérémonie ne va pas bien se passer... »

Dique était amoureux de Maria depuis leur enfance, mais celle-ci avait épousé un autre homme avant qu’il ait trouvé le courage de lui déclarer sa flamme. Cinq ans plus tard, le mari de Maria est décédé des suites d’une maladie inconnue et il a fallu engager les services d’un autre homme pour la khupita khufa. Dique a sauté sur l’occasion et a été accepté par la famille de la veuve.



Deux mois plus tard, il a commencé à tousser en crachant du sang et les médecins lui ont diagnostiqué une tuberculose ; pour lui, sa maladie était due au fait qu’il n’était pas parvenu à atteindre l’objectif des trois rapports sexuels par jour. Quelque temps après, il apprenait qu’il était également atteint du VIH. Dique pense avoir contracté le virus au contact de Maria.



Essayer de faire évoluer la tradition



Juvinaldo Amós, coordinateur provincial chargé de maîtriser les épidémies graves à Sofala, a insisté sur la nécessité de faire évoluer les attitudes pour empêcher que la khupita khufa ne favorise la propagation du VIH. « Nous avons besoin d’adopter des stratégies, notamment de sensibilisation, afin que la population comprenne les risques qu’on encourt en ayant des rapports sans protection dans le cadre d’une cérémonie traditionnelle », a-t-il indiqué.



Déjà, a déclaré Leonel Simango, spécialiste de la planification, du suivi et de l’évaluation au Noyau provincial pour la lutte contre le VIH/SIDA à Sofala, moins de familles pratiquent ce rituel depuis que des opérations de sensibilisation sont menées par ses services, en coopération avec plusieurs organisations non-gouvernementales (ONG).



Ses services invitent les chefs des communautés de toutes les régions des différentes provinces à des séminaires annuels sur le lien entre certains rites de purification et le VIH. « Nous savons qu’il reste beaucoup à faire pour sensibiliser les communautés particulièrement superstitieuses, mais nous nous efforçons d’y parvenir de manière concertée », a-t-il indiqué.



Selon Gumapedje José Nhone, secrétaire provincial de l’Association des guérisseurs traditionnels du Mozambique (AMETRAMO) à Sofala, il existe d’autres manières de pratiquer la cérémonie de purification. L’une d’entre elles consiste à sacrifier un animal, mais cette méthode n’est pas populaire en raison de son coût.



« Les gens choisissent les relations sexuelles parce qu’ils ne veulent pas sacrifier leurs chèvres », a expliqué M. Nhone. L’autre méthode de purification, qui consiste à préparer une concoction à base de plantes et à organiser une cérémonie de bénédiction spirituelle en présence de la famille entière, est encore moins populaire.



Les campagnes menées pour souligner la validité de ces méthodes alternatives n’ont pas vraiment réussi à convaincre les populations que celles-ci étaient aussi efficaces que la khupita khufa. C’est pourquoi l’AMETRAMO mène aujourd’hui des campagnes visant à encourager l’utilisation du préservatif dans le cadre des rituels de purification.



Mais cette tâche n’est pas aisée non plus. « Beaucoup de gens pensent que s’ils mettent un préservatif, la cérémonie ne va pas bien se passer », a indiqué M. Nhone. « Mais bien que je reconnaisse l’entêtement de ceux qui la pratiquent, je crois au changement ».



*un nom d’emprunt



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