Le G20 « doit tenir ses engagements en matière d’aide »

Les dirigeants des 20 principaux pays industrialisés et grands marchés émergents seront invités à réaffirmer leurs engagements en faveur de l’aide au développement, le 15 novembre, à l’occasion d’un sommet d’urgence convoqué par le président américain George Bush, en vue de faire face à la crise financière mondiale.

« Au sommet du G20, à Washington, Ban Ki-moon, secrétaire général [des Nations Unies], entend insister sur la nécessité d’assurer que des objectifs à long terme, notamment les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et la lutte contre l’extrême pauvreté, restent au cœur du programme d’action mondial », a déclaré à IRIN Alex Cerniglia, porte-parole des Nations Unies, en allusion aux objectifs de réduction de la pauvreté extrême d’ici à l’an 2015.

« Il attirera aussi l’attention sur le sommet de Doha, qui portera sur les financements en faveur du développement, et notamment sur la nécessité de permettre une large participation, et en particulier, d’assurer que les petits pays pauvres se fassent entendre dans le débat relatif à l’architecture institutionnelle internationale et aux réformes qui seront envisagées », a-t-il ajouté, au sujet de la série de négociations de l’Organisation mondiale du commerce, qui aura lieu dans le courant du mois à Doha et portera sur la réduction des barrières commerciales mondiales.

Avant même que le président Bush n’ait convoqué ce sommet, qui réunira les principaux marchés émergents (la Chine, le Brésil, l’Inde, la Corée du Sud et l’Afrique du Sud) ainsi que les principaux pays industrialisés, les analystes avaient exprimé des préoccupations à l’idée que l’aide au développement, essentielle, puisse être compromise par la crise actuelle.

À en croire certains, l’aide publique au développement (APD) risque de chuter d’un tiers, sinon plus, et Ban Ki-moon et Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale, qui seront tous deux présents au sommet, ont appelé les gouvernements à ne pas revenir sur leur engagement de verser plusieurs milliards de dollars d’aide aux pays pauvres.

« Tandis que les ministres débattent de questions de haute finance, nous ne pouvons pas oublier les pauvres de ce monde », a rappelé à IRIN le bureau de M. Zoellick. « Le milliard le plus pauvre a plus que jamais besoin de notre aide. Le monde doit tenir ses engagements passés en faveur de l’aide, pour lutter contre la pauvreté et promouvoir un développement durable ».

Les acteurs du développement ont été particulièrement frappés par la vitesse à laquelle les gouvernements ont versé des milliards de dollars pour tenter de freiner l’effondrement économique, quand ces mêmes gouvernements tardent à agir ou se rétractent lorsqu’ils doivent s’engager à verser des sommes bien plus négligeables pour lutter contre la pauvreté.

« On est en droit de se poser la question : s’il nous est possible de trouver de telles sommes, on peut sans aucun doute trouver aussi les 100 milliards d’euros [128 milliards de dollars] par an que nous avons promis de verser, à nous tous, pour nous assurer de traiter bel et bien le vrai problème que constitue la réduction de la pauvreté de moitié. Disons que […] nous ne devrions pas laisser cette crise financière se muer en drame humain en oubliant combien il est important de tenir nos engagements en faveur des pays en voie de développement », a déclaré John Clancy, porte-parole de Louis Michel, Commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire.

« Moralement inacceptable »

M. Michel a également noté que ces mêmes pays développés qui se sont précipités à la rescousse du système financier international en versant plus de 2 000 milliards d’euros [2 560 milliards de dollars] avaient rechigné à consacrer la somme de 100 milliards d’euros par an à l’aide au développement, pour lutter contre l’extrême pauvreté et sauver des vies, des propos repris par bon nombre de journaux européens.

« Ce contraste est moralement inacceptable ; il est aussi politiquement dangereux », a-t-il écrit. « Les mesures sans précédent, prises par les dirigeants mondiaux pour assurer une base plus solide au capitalisme financier international sont cruciales. Mais d’autres événements, encore plus dramatiques, sont également en train de se produire. La pauvreté touche deux tiers de la population mondiale, et les changements climatiques menacent l’avenir même de l’humanité et de la planète, et ce à un horizon bien plus rapproché qu’on ne le pense souvent ».

Les organisations non-gouvernementales partagent cet avis. Selon Tom Arnold, président-directeur général de Concern Worldwide, les gouvernements doivent investir les milliards de dollars qu’ils ont promis pour financer les programmes de lutte contre la pauvreté.

« C’est essentiel, mais cela doit également se conjuguer à une restructuration des institutions mondiales pour permettre de lutter efficacement contre la pauvreté au 21e siècle », a-t-il indiqué à IRIN. Une situation qui offre aux Etats-Unis une opportunité exceptionnelle. « En s’appuyant sur la bonne volonté dont jouit [le président élu Barack] Obama sous la nouvelle présidence, les Etats-Unis peuvent endosser un rôle de leader à l’échelle mondiale ».

D’après Louis Bélanger, chargé des relations médias chez Oxfam International, les 700 milliards de dollars versés pour remettre à flot d’urgence les institutions financières américaines représentent plus de 23 fois la somme consacrée par les Etats-Unis à l’aide internationale.

« Ce n’est pas le moment pour les bailleurs de manquer à leurs promesses d’aide. Non seulement les niveaux d’aide doivent être maintenus, mais ils doivent être augmentés, étant donné qu’un grand nombre des pays les plus pauvres du monde commencent à ressentir les effets de la crise de liquidité et de la récession économique mondiales », a-t-il déclaré à IRIN.

Pour Brett House, conseiller politique et macroéconomiste principal au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), aucune logique économique ne justifie une réduction des flux d’APD.

« D’ailleurs, compte tenu des excellents fondamentaux macroéconomiques qu’affichent bon nombre de pays en voie de développement, l’[APD] constituerait probablement un stimulus plus efficace que les sommes dépensées à l’échelle nationale, dans les pays [industrialisés] », a-t-il estimé. « La décision de réduire l’[APD] versée est politique ; ce n’est pas une décision économique ».

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